Rouen, une révélation photographique
Arrivée à Rouen il y a quelques années, Louise Brunnodottir a un véritable coup de cœur pour cette ville chargée d’histoire. Elle décide alors d’y transposer sa pratique photographique, jusqu’alors centrée sur le paysage. Sa série Rotomagus naît de longues marches et d’une volonté de capter l’esprit de la ville, son atmosphère médiévale, sombre et pluvieuse. Pour y parvenir, elle délaisse la représentation frontale et explore des dispositifs comme le format vertical, hérité de son intérêt pour l’art asiatique, ou encore le reflet dans les flaques d’eau.
C’est en cherchant à traduire la vibration et les « 3000 ans d’histoire » de la ville qu’elle se tourne vers la multi-exposition, une technique qui lui permet de superposer les temporalités et de créer des images floues, vibrantes, qui évoquent plus qu’elles ne montrent.
La recherche comme moteur
Formée aux arts plastiques et à la théorie esthétique à l’université, Louise Brunnodottir insiste sur le rôle central de la recherche dans son processus créatif. Pour elle, une pratique personnelle et cohérente se nourrit de lectures, de références et d’expérimentations consignées dans des carnets. Ces derniers sont des laboratoires où se mêlent photos, collages et notes, et où les idées germent, parfois des années avant de se concrétiser dans une série. Elle raconte comment une double impression accidentelle d’une photo d’archive lui a ouvert la voie de la multi-exposition.
Son univers visuel est marqué par des influences variées, allant de la peinture de Soulages pour son travail sur le noir, à l’œuvre du photographe Hiroshi Sugimoto, dont la capacité à photographier le temps dans sa série Theaters l’a profondément marquée. Ces références ne sont pas des modèles à imiter, mais des points de départ pour développer son propre langage.
De la matière à l’intime
L’aboutissement du travail de Louise Brunnodottir est le tirage, qu’elle conçoit comme un objet à part entière. Rejetant le papier photo traditionnel, elle a choisi, avec son imprimeur Thierry Morin, un papier aquarelle qui confère à ses images une matérialité et une profondeur uniques. La texture du papier est telle que ses photographies sont parfois confondues avec des dessins au fusain, brouillant ainsi les frontières entre les médiums. C’est cette approche qui la conduit à se définir comme « artiste plasticienne » plutôt que simplement photographe : l’outil photographique est au service d’une exploration plus large.
Récemment, son travail a pris un tournant plus personnel et engagé. Elle a abordé la couleur à travers des séries sur les reflets dans l’eau, avant de créer Thératoma, un projet né de son expérience d’un cancer. Plus récemment, sa série Demain utilise un filtre rouge pour évoquer la « solastagie », l’angoisse liée aux changements environnementaux, marquant une nouvelle étape dans sa quête d’une photographie qui fait sens.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de Louise Brunnodottir
- Le site de la photographe Corinne Vionnet
- Le site de la photographe Estelle Lagarde
Les références de l’épisode
- Rotomagus, série photographique de Louise Brunnodottir sur la ville de Rouen.
- Hiroshi Sugimoto, photographe japonais.
- Theaters et Seascapes, séries photographiques de Hiroshi Sugimoto.
- Corinne Vionnet, photographe.
- Estelle Lagarde, photographe plasticienne.
- Pierre Soulages, peintre.
- Thierry Morin, imprimeur à l’Atelier Digital de Rouen.
- Thératoma, série photographique de Louise Brunnodottir.
- Demain, série photographique de Louise Brunnodottir.
- La solastagie, forme d’angoisse liée aux changements environnementaux.
- Château de Chaumont-sur-Loire.
- Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Au fil de l’épisode
- L’arrivée de Louise Brunnodottir à Rouen et son coup de cœur pour la ville.
- La genèse de sa série Rotomagus pour capter l’esprit de la ville.
- Son travail sur le paysage en format vertical, inspiré par l’art asiatique.
- L’exploration de la multi-exposition pour traduire les couches d’histoire de Rouen.
- L’importance cruciale des carnets de recherche dans sa pratique artistique.
- Comment une erreur d’impression est devenue une révélation créative.
- Ses influences majeures, notamment le photographe Hiroshi Sugimoto et le peintre Soulages.
- Le choix du papier aquarelle pour ses tirages, afin d’obtenir une texture proche du dessin.
- Sa collaboration avec l’imprimeur rouennais Thierry Morin.
- Sa transition vers la photographie en couleur avec une série sur les reflets aquatiques.
- La découverte de paréidolies (formes familières dans des images abstraites) dans son travail.
- La série Thératoma, une œuvre intime liée à son expérience de la maladie.
- La manière dont le sens de son travail émerge souvent de manière inconsciente, après la création.
- Son nouveau projet Demain, qui utilise un filtre rouge pour parler de l’angoisse écologique (solastagie).
- Pourquoi elle se définit comme une artiste plasticienne qui utilise la photo comme un outil.
- Son activité de médiation culturelle pour transmettre l’art à différents publics.
- Ses conseils pour développer un travail personnel : faire des recherches, être patient et ne pas chercher un thème avant de commencer à créer.
FAQ
Qui est Louise Brunnodottir ?
Louise Brunnodottir est une artiste et photographe plasticienne basée à Rouen. Formée en arts plastiques et en théorie esthétique, elle utilise la photographie comme un outil de recherche personnel. Son travail explore des thèmes comme le paysage, la mémoire, l’histoire des lieux et, plus récemment, des sujets intimes et écologiques, avec une attention particulière portée à la matérialité du tirage final.
Quelle est la particularité de sa série sur Rouen ?
Sa série sur Rouen, intitulée Rotomagus, se distingue par son approche sensible et non documentaire. Plutôt que de simplement montrer la ville, Louise Brunnodottir cherche à en traduire l’atmosphère et la profondeur historique. Pour cela, elle emploie des techniques comme le format vertical, le flou et surtout la multi-exposition, qui superpose plusieurs vues pour créer une image vibrante, évoquant le passage du temps.
Comment Louise Brunnodottir imprime-t-elle ses photos ?
Elle accorde une grande importance au tirage comme objet final. Elle travaille en étroite collaboration avec un imprimeur, Thierry Morin, et utilise un papier aquarelle d’art (papier Arche) plutôt qu’un papier photographique classique. Ce choix confère à ses œuvres une texture et une profondeur uniques, si bien qu’elles peuvent être perçues comme des dessins au fusain, brouillant la frontière entre les médiums.
Pourquoi se définit-elle comme une artiste plasticienne ?
Louise Brunnodottir se considère comme une artiste plasticienne car son travail ne se limite pas à la prise de vue. Sa démarche intègre une phase de recherche théorique et visuelle très importante, une expérimentation constante des dispositifs et une réflexion sur l’image comme objet. La photographie est son médium principal, mais c’est un outil au service d’une exploration artistique plus large, ce qui lui donne la liberté de mêler les approches.

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