Portrait de l'historien de la photographie Michel Poivert pour l'épisode du podcast Vision(s)

FOCUS #5 – Michel Poivert (historien de la photographie)

Un parcours d’historien

Michel Poivert raconte comment sa vocation d’historien de la photographie est née dans les années 1980. Alors étudiant en histoire de l’art, il hésite entre l’art contemporain et la photographie, un médium alors en pleine reconnaissance. Au contact d’autres étudiants qui pratiquent et étudient la discipline, notamment à l’École nationale de la photographie de Harle, son intérêt se confirme. Après une maîtrise sur le peintre Sid Wombly, il décide de consacrer sa thèse à la photographie pictorialiste du début du XXe siècle, un champ encore peu exploré. Ce travail sur les archives et les œuvres hybrides, à la croisée de la peinture et de la photographie, fonde sa démarche : créer un dialogue constant entre le patrimoine photographique et la création la plus contemporaine.

Cette dynamique lui permettra de développer l’un des premiers enseignements universitaires dédiés à l’histoire de la photographie en France, dès 1996.

Cinquante ans de création française

Dans son ouvrage « 50 ans de photographie française », Michel Poivert dresse le portrait d’une scène foisonnante et complexe, loin de se réduire à une seule école. Il analyse la mutation la plus spectaculaire de cette période : le déclin du modèle du reportage, qui dominait dans les années 1970. À l’époque, la consécration passait par la publication dans la presse. Aujourd’hui, elle se joue dans les musées d’art contemporain. Selon lui, ce basculement s’est accompagné en France d’une affirmation du statut d’« auteur », une position intermédiaire permettant aux photographes de naviguer entre la commande et un travail plus personnel, exposé en galerie.

Contrairement à une idée reçue, il estime que la photographie française est bien visible, occupant une part importante de la programmation des festivals et des centres d’art sur tout le territoire.

La post-photographie et le retour à la matière

Face à la dématérialisation de l’image à l’ère numérique, Michel Poivert observe une double tendance. D’un côté, le concept de « post-photographie » décrit une culture où les potentialités technologiques reconfigurent les métiers et les pratiques. De l’autre, il constate une fascination d’une nouvelle génération pour ce qu’il nomme la photographie « antinumérique ». Cet intérêt pour les procédés anciens, comme le collodion humide ou les tirages sur des supports variés (tissu, pierre, bois), traduit un besoin de matérialité. « Les artistes photographes mettent de plus en plus l’accent sur la matérialité », explique-t-il. Cette quête passe par l’expérimentation, la redécouverte de savoir-faire artisanaux et même la recherche de l’accident, impossible à trouver dans le monde calibré des algorithmes.

Pour lui, les talents les plus originaux d’aujourd’hui sont ceux qui maîtrisent cette double culture, alliant la langue mondialisée du numérique au « latin » de la photographie.

Transmettre les savoir-faire

Conscient de la fragilité de cet héritage technique, Michel Poivert porte un projet ambitieux pour 2026 : la création du Collège international de photographie du Grand Paris. Située à Ivry-sur-Seine, cette nouvelle institution a pour vocation de devenir un « conservatoire pour la photographie ». L’objectif n’est pas de créer une école ou un lieu d’exposition de plus, mais un lieu de production et de transmission centré sur les ateliers et les laboratoires. Il s’agit de préserver le patrimoine immatériel des savoir-faire, comme celui du métier de tireur, et de permettre aux nouvelles générations d’apprendre et d’expérimenter les techniques, qu’elles soient historiques ou contemporaines.

Ce projet vise à combler un vide et à offrir un lieu de référence pour la mémoire technique et la vitalité créative de la photographie.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Livre : « 50 ans de photographie française » de Michel Poivert, publié aux éditions Textuel.
  • Personnes : Juan Fancuberta, Sid Wombly, Eleanor Chaline, Marguerite Bornhouser.
  • Institutions et lieux : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, École nationale de la photographie de Harle, Musée de l’Élysée (Lausanne), Rencontres d’Arles, la MEP, Collège international de photographie du Grand Paris (projet 2026), Manufacture sur Seine (Ivry-sur-Seine).
  • Événements : Salon Approche.
  • Concepts et techniques : photographie pictorialiste, post-photographie, photographie antinumérique, photographie argentique, papier Sibachrome, collodion humide, plaques daguerriennes.
  • Marques : Kodak.
  • Médias : Paris Match.

Au fil de l’épisode

  • Le parcours de Michel Poivert, de ses études d’histoire de l’art dans les années 1980 à sa spécialisation en photographie.
  • L’importance de sa thèse sur la photographie pictorialiste dans la construction de sa pensée.
  • La création d’un enseignement d’histoire de la photographie à l’université dès 1996.
  • La genèse de son livre « 50 ans de photographie française » et sa vision de la scène actuelle.
  • Le dynamisme et la visibilité de la création photographique en France.
  • L’analyse du grand basculement du modèle du reportage vers celui de l’art contemporain.
  • La spécificité française de la notion de « photographe d’auteur ».
  • Réflexion sur l’idée que « tout le monde est photographe », en la replaçant dans l’histoire de la photographie amateur.
  • L’évolution des rituels sociaux liés à la photographie, comme la photo de mariage ou de classe.
  • L’hybridation croissante de la photographie avec d’autres médiums (vidéo, 3D, installations).
  • Le phénomène du retour aux techniques « antinumériques » par la jeune génération.
  • La liberté des artistes contemporains de naviguer entre les différentes pratiques photographiques.
  • L’accent mis sur la matérialité de l’œuvre comme une réponse à la virtualité des écrans.
  • Le concept de « post-photographie » pour décrire la nouvelle ère culturelle et technologique.
  • Les nouvelles possibilités de tirages et d’impression sur tous types de supports.
  • La redécouverte des procédés anciens comme une démarche alternative et non nostalgique.
  • L’importance de l’expérimentation et de la recherche de l’« accident » dans les processus artisanaux.
  • Le projet de création du Collège international de photographie du Grand Paris pour 2026.
  • L’ambition de ce lieu : devenir un « conservatoire » des savoir-faire photographiques.
  • Le besoin d’un grand récit commun pour que la photographie française se reconnaisse.

FAQ

Qui est Michel Poivert ?

Michel Poivert est un historien de la photographie français, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Reconnu comme l’un des plus grands spécialistes du domaine, il est également commissaire d’exposition et auteur de nombreux ouvrages, dont « 50 ans de photographie française ». Son travail se caractérise par un dialogue constant entre l’histoire du médium et la création contemporaine.

De quoi parle le livre « 50 ans de photographie française » ?

Cet ouvrage retrace l’histoire de la création photographique en France de 1970 à nos jours. Michel Poivert y analyse les grandes évolutions du médium, notamment le passage d’une culture dominée par le photojournalisme à une reconnaissance de la photographie comme un art contemporain. Il met en lumière la vitalité de la scène française et l’importance de la figure du « photographe d’auteur ».

Qu’est-ce que la « post-photographie » ?

La « post-photographie » est un concept utilisé par Michel Poivert pour décrire l’ère ouverte par la culture numérique. Elle se caractérise par la dématérialisation et la circulation massive des images. Cependant, ce terme englobe aussi la réaction des artistes à ce phénomène : un retour à la matérialité, l’exploration de procédés anciens et l’hybridation de la photographie avec d’autres formes d’art comme la sculpture ou l’installation.

Pourquoi les jeunes photographes s’intéressent-ils aux techniques anciennes ?

Selon Michel Poivert, cet intérêt pour la photographie « antinumérique » (argentique, collodion, etc.) répond à un besoin de matérialité face à l’omniprésence des écrans. C’est une manière pour les artistes de reprendre la main sur la fabrication de l’image, d’expérimenter, de la toucher et même de provoquer l’accident. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’une démarche de création alternative au standard numérique.

Quel est le projet du Collège international de photographie du Grand Paris ?

Prévu pour 2026 à Ivry-sur-Seine, ce projet porté par Michel Poivert vise à créer une institution dédiée à la production et à la transmission des savoir-faire photographiques. Conçu comme un « conservatoire », ce lieu abritera des ateliers et des laboratoires pour préserver les techniques (notamment le métier de tireur), tout en encourageant l’expérimentation. Il a pour but de devenir un pôle de référence pour la mémoire et la création photographique.


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