Victor Cord’homme, les Grandes Serres de Pantin
Sculptures mobiles, recyclage urbain et collectif d’artistes aux Grandes Serres de Pantin
Le sculpteur Victor Cord’homme ouvre son atelier des Grandes Serres de Pantin à l’occasion des Portes Ouvertes 2021. Membre fondateur du collectif depuis 2017, il revient sur sa pratique de sculptures mobiles inspirées de l’urbain, le recyclage de matériaux glanés et un projet de vitrines pour Hermès à Tokyo. Plongée dans un atelier collectif menacé de fermeture.
Sculptures mobiles, recyclage urbain et collectif d’artistes aux Grandes Serres de Pantin
L’épisode est enregistré sur place, dans l’atelier des Grandes Serres de Pantin, à l’occasion des Portes Ouvertes annuelles qui marquent la réouverture du lieu après un an de fermeture liée au Covid. Victor Cord’homme tient à le préciser d’emblée : la fermeture n’a pas été un arrêt de la production. Les artistes ont continué à travailler en interne, et ces Portes Ouvertes sont l’occasion de montrer au public à la fois ce qui a été réalisé pendant cette période et les nouvelles installations imaginées dans l’intervalle. Le lieu, habituellement fermé, s’ouvre trois jours durant, de 11h à 21h, pour donner à voir le travail de tous ses occupants.
Victor Cord’homme participe en parallèle à l’exposition collective Faut-il une raison ?. Il y présente La Parade, une œuvre déjà montrée à La Villette en 2019, construite autour de deux pigeons d’acier qui dialoguent.
La Parade : deux pigeons d’acier qui se répondent
L’œuvre s’inspire d’une parade nuptiale de pigeons, un animal que l’artiste considère comme un emblème de l’urbanisme. Les deux sculptures, l’une rouge, l’autre verte, sont posées face à face et se soufflent dessus : elles sont fabriquées à partir de deux ventilateurs récupérés dans l’usine et réutilisés. En se renvoyant de l’air, elles communiquent, se mettent en mouvement et exécutent une sorte de danse. Victor Cord’homme y voit aussi une réflexion sur la peinture, à travers le travail des couleurs. La démarche illustre son goût du recyclage : il vient glaner sur place des matériaux pour en faire des œuvres.
Entre peinture et sculpture : une pratique des allers-retours
Formé pendant cinq ans aux Beaux-Arts de Paris, Victor Cord’homme a étudié dans deux ateliers à la fois : celui de Tadashi Kawamata, orienté sculpture, et celui de Dominique Gauthier, orienté peinture. De cette double formation naît un va-et-vient permanent entre les deux disciplines. Son ambition est d’envoyer la sculpture dans l’univers de la peinture pour aboutir à des installations immersives, où le spectateur entrerait physiquement dans un espace pictural. À ce travail s’ajoute une idée récurrente de suspension et de vol : beaucoup de ses sculptures sont accrochées en l’air.
Ces sculptures mobiles réagissent au vent. Suspendues à un fil ou à un point d’ancrage, elles se mettent en mouvement dès qu’un souffle les touche, et celles qui produisent du vent interagissent entre elles. L’artiste aime les comparer à de petits organismes qui se parlent. Il revendique pleinement une dimension de bricolage : bidouiller, apprendre en faisant, utiliser la matière sans recherche excessive de perfection. Cette année, il a expérimenté de nouveaux médiums, mêlant céramique, bois taillé et métal sur une même pièce. Chaque matériau apporte sa qualité propre : la céramique la main, le métal la structure, le bois une chaleur, la peinture l’énergie et la couleur.
Le projet de vitrines pour Hermès à Tokyo
Devant les plans étalés, Victor Cord’homme détaille une commande de Hermès. Après un premier projet de vitrine à Shanghai l’année précédente, il travaille sur une vitrine pour Tokyo, prévue pour juillet 2021. Il y propose un catalogue de chaises pensé comme une typologie des étapes de la vie : chaises pour bébés pour l’enfance, tabourets pour le travail, transats pour les vacances, bancs pour la rencontre, chaises de réalisateurs ou d’astronautes. L’idée est que chaque être humain puisse être transposé dans un objet. La maison l’avait repéré lors de l’exposition 100% Beaux-Arts à La Villette en 2019, où il présentait quatre mobiles suspendus.
Push Manifesto et un collectif à un tournant
Victor Cord’homme évoque aussi une exposition monographique d’une semaine chez Push Manifesto, dans un espace situé au 13e étage d’une tour face au périphérique parisien, à l’invitation de son ami Elio de Coss. Profitant de la vue sur des kilomètres de périphérique, il a conçu un espace dystopique en vis-à-vis du réel, présentant de nouvelles sculptures équipées de panneaux solaires qui s’allument le jour et reprennent son idée d’animalisation de l’œuvre. Installé aux Grandes Serres depuis septembre 2017, juste après son diplôme, il y a passé quatre ans au sein d’un collectif d’une vingtaine d’artistes aux disciplines variées (céramique, sérigraphie, métal, bois). Mais le lieu doit fermer, comme de nombreux ateliers parisiens : le collectif compte poursuivre ensemble, sans savoir encore où, quitte à faire évoluer la pratique vers de plus petites sculptures. Pour saisir l’énergie de ce lieu et la voix de l’artiste, l’écoute de l’entretien complète utilement cette lecture.
Foire aux questions
Qui est Victor Cord’homme ?
Victor Cord’homme est un sculpteur et plasticien français formé aux Beaux-Arts de Paris, dans les ateliers de Tadashi Kawamata (sculpture) et Dominique Gauthier (peinture). Il fait de l’urbain son champ d’investigation et travaille à la croisée de la peinture, de la sculpture et de l’installation immersive, avec un fort goût du recyclage de matériaux.
Que représente l’œuvre La Parade de Victor Cord’homme ?
La Parade est une sculpture de Victor Cord’homme composée de deux pigeons d’acier, l’un rouge, l’autre vert, posés face à face. Inspirée d’une parade nuptiale, l’œuvre est fabriquée à partir de deux ventilateurs récupérés : les sculptures se soufflent de l’air, communiquent et dansent ensemble. Elle a été montrée à La Villette en 2019.
Que sont les Grandes Serres de Pantin ?
Les Grandes Serres de Pantin sont un lieu d’ateliers partagés réunissant un collectif d’une vingtaine d’artistes aux disciplines variées : céramique, sérigraphie, métal, bois. Victor Cord’homme en est membre fondateur depuis 2017. Le lieu, fermé au public pendant un an à cause du Covid, organise des Portes Ouvertes annuelles pour montrer le travail de ses occupants.
Comment fonctionnent les sculptures mobiles de Victor Cord’homme ?
Les sculptures mobiles de Victor Cord’homme sont suspendues à un fil ou à un point d’ancrage et réagissent au vent : elles se mettent en mouvement dès qu’un souffle les touche. Certaines produisent elles-mêmes du vent et interagissent entre elles. L’artiste les compare à de petits organismes vivants qui se parlent et se répondent.
Quel projet Victor Cord’homme réalise-t-il pour Hermès ?
Victor Cord’homme conçoit pour Hermès une vitrine à Tokyo, prévue pour juillet 2021, après un premier projet à Shanghai. Il y propose un catalogue de chaises pensé comme une typologie des étapes de la vie : chaises pour bébés, tabourets, transats, bancs, chaises de réalisateurs ou d’astronautes, transposant chaque humain dans un objet.
Pourquoi les Grandes Serres de Pantin vont-elles fermer ?
Les Grandes Serres de Pantin doivent fermer dans un contexte où de nombreux ateliers d’artistes ferment à Paris. Victor Cord’homme indique que le collectif d’une vingtaine d’artistes compte rester ensemble, sans savoir encore où s’installer, et que la pratique évoluera sans doute vers de plus petites sculptures faute d’espace équivalent.
Références
- Victor Cord’homme
- Grandes Serres de Pantin
- Exposition « Faut-il une raison ? »
- La Parade (sculpture)
- La Villette
- Beaux-Arts de Paris
- Tadashi Kawamata
- Dominique Gauthier
- Hermès
- Push Manifesto
- Elio de Coss