Elles font la Culture : Carole Kvasnevski
Carole Kvasnevski, galeriste, raconte son parcours et présente Hélène Amouzou au parcours Elles x Paris Photo
Comment une galeriste de photographie contemporaine africaine prépare sa première participation à Paris Photo ? Carole Kvasnevski raconte son parcours, de Bois-Colombes à Manhattan, et présente sur son stand les autoportraits d’exil d’Hélène Amouzou, sélectionnée au parcours Elles x Paris Photo.
Qui est Carole Kvasnevski et quel est son parcours de galeriste ?
Carole Onambélé Kvasnevski est galeriste d’art et commissaire d’exposition indépendante, membre du collectif et de la revue d’art Afrikadaa. Avant de devenir galeriste, elle a été artiste plasticienne pendant plus de vingt-quatre ans, menant les deux activités en parallèle. Elle commence par exposer des amis artistes dans un lieu associatif à Bois-Colombes, en banlieue parisienne, où le bouche-à-oreille fait grossir l’activité.
En 2010, elle ouvre sa galerie à Paris, dans le 17e arrondissement, la rue même où elle habitait. C’est le moment où elle décide de se professionnaliser : quitter le modèle associatif pour créer une entreprise et apprendre le métier sur le tas. Dès 2016, elle engage son identité africaine et oriente sa ligne curatoriale vers la promotion d’artistes émergents et confirmés du continent africain et de ses diasporas, en privilégiant les créations qui soulèvent des interrogations environnementales et sociétales.
Une galerie qui s’est construite sur les rencontres
Pour Carole Kvasnevski, l’évolution de la galerie repose avant tout sur l’humain et la relation. Les artistes arrivent par différents canaux : des découvertes lors d’événements, des présentations par des amis, le bouche-à-oreille. La collaboration se construit ensuite à partir de cette relation. Elle représente en France l’artiste activiste sud-africaine Zanele Muholi, qu’elle compte parmi les figures qu’elle défend.
Qui est Hélène Amouzou et que raconte son travail photographique ?
Hélène Amouzou est une photographe née en 1960 au Togo, qui vit et travaille à Bruxelles. Elle prend le chemin de l’exil à vingt-trois ans, passe par l’Allemagne où naît sa fille, puis arrive en Belgique en octobre 1997. Commence alors une vie de luttes administratives, jusqu’à l’obtention de sa carte de séjour en 2009 et l’acquisition de la nationalité belge en 2015.
Son travail se concentre sur l’autoportrait, un thème qui lui inspire d’abord un malaise avant qu’elle ne s’y consacre pleinement. La rencontre entre la galerie et l’artiste s’est faite par l’intermédiaire de Pascale Obolo, fondatrice du magazine et collectif Afrikadaa, qui avait filmé des artistes invisibilisés à Bruxelles. Carole Kvasnevski est ensuite allée découvrir le travail d’Hélène Amouzou sur place, après l’interruption due au Covid.
Les autoportraits de l’exil : ombres, transparences et métamorphoses
Les images présentées sont essentiellement en noir et blanc : ombres, lumières, mouvements, vêtements suspendus, corps en transparence. Les clichés ont été pris dans deux lieux — une vieille maison abandonnée à Molenbeek, reconnaissable à ses fonds de papier peint déchiré, et un grenier squatté à Liège. Par des doubles expositions et la manipulation de la pellicule, l’artiste crée des images fantomatiques, presque flottantes, qui traduisent la sensation d’être là sans être là, d’exister physiquement sans avoir de papiers ni de numéro.
L’installation Nye Nonometata, un carnet intime d’exil
La série présentée porte le titre Nye Nonometata en éwé, la langue maternelle d’Hélène Amouzou au Togo, ce qui ancre l’œuvre dans son identité. La scénographie du stand reconstitue une chambre ou un salon : un petit secrétaire, une chaise avec un vêtement posé dessus, une robe accrochée — autant d’objets qui marquent la présence de l’artiste sans que son visage apparaisse. La valise, récurrente, symbolise l’exil et le mouvement permanent, ces déménagements répétés vécus pendant des années. La signature visuelle est si forte que plusieurs visiteurs reconnaissaient le travail d’emblée.
Que représente le parcours Elles x Paris Photo pour une galerie ?
Hélène Amouzou est incluse dans le parcours Elles x Paris Photo, initié par le ministère de la Culture et, cette année, sous le commissariat de Raphaël Stopin. Pour Carole Kvasnevski, ce parcours est une mise en lumière de l’artiste et, par ricochet, de la galerie. Là où l’on parlait d’invisibilité, le parcours apporte une visibilité concrète : les clichés d’Hélène Amouzou ont circulé dans plusieurs magazines pendant la semaine du salon.
Les foires d’art sont-elles incontournables pour une galerie ?
La galerie participe activement aux foires depuis 2016, d’abord en France puis à l’international. Carole Kvasnevski insiste : ces participations comportent des risques financiers et la galerie s’autofinance, sans sponsor permanent. Le choix des foires se fait en fonction de la discipline des artistes — Paris Photo s’imposait pour une photographe comme Hélène Amouzou.
La galerie a pourtant fonctionné sans foires de 2010 à 2016 environ, en s’appuyant sur une clientèle de quartier et un carnet d’adresses. Le 17e, sans être un quartier artistique, est un quartier passant où vivent des collectionneurs. Les foires sont venues d’un désir d’aller plus loin : sortir du quartier, de Paris, de France et d’Europe.
L’ouverture d’un espace à New York
En septembre, la galerie a ouvert un espace à Manhattan, dans le quartier de Chelsea, après avoir commencé un an plus tôt par un lieu de stockage et un showroom à Long Island City. Être présent à New York, premier marché mondial de l’art, est jugé essentiel pour se confronter à l’Amérique et accompagner les collectionneurs. L’équipe, composée de cinq personnes à l’année, s’élargit avec des freelances et des stagiaires lors des événements, et travaille beaucoup en visioconférence entre Paris et New York.
Quelle est l’actualité de la galerie Carole Kvasnevski ?
À Paris, la galerie présente l’exposition d’Arlette Couchignon, qui rassemble des photographies inédites de la scène musicale des années 1970 à 1990 — Gainsbourg, France Gall, Mick Jagger, Miles Davis, James Brown — visible jusqu’au 7 décembre. À New York, l’exposition collective « Empire State of Mind » réunit plusieurs médiums et des artistes émergents soutenus par la galerie, dont Zanele Muholi, jusqu’au début décembre. Au-delà de cette synthèse, l’épisode vaut surtout pour la voix de la galeriste qui décrypte, devant ses œuvres, la portée intime du travail d’Hélène Amouzou.
Références citées dans l’épisode
- Carole Kvasnevski, galeriste et commissaire d’exposition indépendante
- Hélène Amouzou, photographe née au Togo en 1960
- Véronique Prugnaud, voix du podcast Elles font la Culture
- Paris Photo (secteur Émergence)
- Parcours Elles x Paris Photo
- Raphaël Stopin, commissaire du parcours Elles x Paris Photo
- Zanele Muholi, artiste activiste sud-africaine
- Pascale Obolo, fondatrice du magazine et collectif Afrikadaa
- Afrikadaa, revue et collectif d’art
- Galerie Carole Kvasnevski (Paris, 17e, et Chelsea, New York)
- Nye Nonometata, série d’autoportraits d’Hélène Amouzou
- Arlette Couchignon, photographe de la scène musicale
FAQ
Qui est Carole Kvasnevski et quelle galerie a-t-elle fondée ?
Carole Onambélé Kvasnevski est galeriste et commissaire d’exposition indépendante, ancienne artiste plasticienne. Elle fonde sa galerie à Paris en 2010, dans le 17e arrondissement. Depuis 2016, elle promeut des artistes émergents et confirmés du continent africain et de ses diasporas, autour de créations soulevant des questions environnementales et sociétales.
Qui est la photographe Hélène Amouzou ?
Hélène Amouzou est une photographe née en 1960 au Togo, qui vit et travaille à Bruxelles. Exilée à vingt-trois ans, elle obtient sa carte de séjour belge en 2009 et la nationalité en 2015. Son travail, centré sur l’autoportrait en noir et blanc, explore l’exil, l’absence et l’identité par des images fantomatiques.
Que représente la série Nye Nonometata d’Hélène Amouzou ?
Nye Nonometata est une série d’autoportraits dont le titre est en éwé, la langue maternelle togolaise de l’artiste. Réalisés à Molenbeek et dans un grenier de Liège, ces clichés en noir et blanc, obtenus par double exposition, traduisent son parcours d’exilée. La valise et les vêtements suspendus y symbolisent le déracinement et le mouvement permanent.
Qu’est-ce que le parcours Elles x Paris Photo ?
Elles x Paris Photo est un parcours initié par le ministère de la Culture pour mettre en lumière des artistes femmes au sein du salon Paris Photo. En 2025, il est placé sous le commissariat de Raphaël Stopin. Pour les galeries concernées, il apporte une visibilité presse et institutionnelle concrète aux artistes sélectionnées.
Pourquoi une galerie participe-t-elle à des foires comme Paris Photo ?
Les foires offrent une visibilité majeure mais comportent des risques financiers : la galerie Carole Kvasnevski s’autofinance, sans sponsor permanent. Le choix se fait selon la discipline des artistes. Paris Photo s’imposait pour présenter une photographe comme Hélène Amouzou. La galerie a néanmoins fonctionné sans foires de 2010 à 2016, grâce à une clientèle de quartier.
Pourquoi la galerie Carole Kvasnevski s’est-elle implantée à New York ?
La galerie a ouvert un espace à Manhattan, dans le quartier de Chelsea, en septembre, après un lieu de stockage et un showroom à Long Island City. New York étant le premier marché mondial de l’art, cette présence permet à la galerie de se confronter à l’Amérique et d’accompagner ses collectionneurs au plus près du système.
Quelles artistes Carole Kvasnevski représente-t-elle ?
La galerie défend des artistes émergents et confirmés des diasporas africaines et de terrains de lutte. Carole Kvasnevski représente en France l’artiste activiste sud-africaine Zanele Muholi. Elle soutient aussi des artistes comme Hélène Amouzou et présente, dans son exposition new-yorkaise, des créateurs venus d’Afrique du Sud, d’Iran et d’ailleurs, autour d’enjeux sociétaux et d’exil.
Quelle est l’actualité de la galerie Carole Kvasnevski ?
À Paris, la galerie présente jusqu’au 7 décembre les photographies inédites d’Arlette Couchignon sur la scène musicale des années 1970 à 1990. À New York, l’exposition collective « Empire State of Mind », pluridisciplinaire, réunit jusqu’au début décembre des artistes émergents soutenus par la galerie, dont Zanele Muholi.