Portrait du photographe Frédéric Cornu, invité du podcast La Photo Aujourd'hui

Des PORTRAITS et plus encore avec Frédéric Cornu – La Photo Aujourd’hui #11

De la Coupe de France à la culture photographique

Frédéric Cornu retrace ses débuts en photographie, marqués par la découverte de la magie de la chambre noire dans une maison de jeunes. Autodidacte, il se prend d’abord au jeu des concours et des photo-clubs, jusqu’à remporter une Coupe de France. Une rencontre avec Jean-Claude Le Mani, alors figure tutélaire de la photographie à la BNF, va pourtant tout changer. D’une phrase, ce dernier balaye son travail et le pousse à sortir de ce milieu pour s’abreuver de culture photographique à travers les livres et les expositions. Cette prise de conscience, accompagnée par le mentorat du photographe Didier Vivien, l’amène à comprendre que la photographie est avant tout une écriture et une réflexion, bien loin de la simple compétition technique.

Cette expérience fondatrice le conduit à développer une approche d’auteur, où le « pourquoi » précède toujours le « comment ».

Le portrait comme une typologie humaine

Portraitiste dans l’âme, Frédéric Cornu explique sa méthode de travail, largement inspirée de l’école de Düsseldorf et de sa rigueur typologique. Pour chaque projet, il identifie un groupe humain précis, met en place un protocole de prise de vue strict et s’y tient du début à la fin. Il illustre cette démarche avec deux séries emblématiques. Pour « Frères d’Humains », il a passé plus d’un an à convaincre une abbaye de le laisser photographier les moines, les yeux fermés en prière. Pour « Balnéaire », un travail qui s’est étalé sur vingt ans, il a photographié des baigneurs sur la plage de Bray-Dunes, en pied et en maillot de bain, pour documenter sans fard le corps marqué par les épreuves de la vie. Il raconte la difficulté d’aborder des inconnus, avec un taux d’acceptation d’une personne sur trois, et insiste sur l’honnêteté et le respect comme seules règles d’or.

« Quand vous avez fait une bonne photo, ce n’est pas vous qui le dites, c’est elle qui vient vous le lire », confie-t-il pour résumer son intuition.

Du visage au territoire

Son projet « Dans l’Ombre » pousse sa démarche encore plus loin. En photographiant sur fond noir et avec une cape identique les personnes aidées et les aidants d’une association caritative, il efface tout marqueur social pour interroger nos préjugés. Le spectateur est incapable de distinguer les uns des autres, seul le visage et son histoire restent. Parallèlement à ce travail de portraitiste, Frédéric Cornu a développé une seconde branche dans son œuvre : la photographie de territoire. Déclenchée par une discussion à Dakar, cette quête le pousse à regarder ce qui l’entoure. Il passe ainsi huit ans à documenter son environnement immédiat dans la série « IGN 2605S ». Son exposition « La Ligne d’Eau » est l’aboutissement de cette exploration, dont il raconte la genèse et la complexité de l’éditing, partagé entre la vision de l’éditeur Éric Lebrun pour le livre et celle de la commissaire Anne Lacoste pour l’exposition.

Cette double lecture d’un même corpus d’images lui a beaucoup appris sur son propre travail et sur la manière dont il peut être perçu.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Jean-Claude Le Mani, Josef Koudelka, Lewis Bols, Pierre Devain, Didier Vivien, Walker Evans, Eugène Atget, August Sander, Henri Cartier-Bresson, Anne Lacoste, Éric Lebrun.
  • Œuvres et séries de Frédéric Cornu : « Dans l’Ombre », « La Ligne d’Eau », « Frères d’Humains », « Balnéaire », « Multiple », « Chronique Partagée », « IGN 2605S ».
  • Institutions et lieux : Centre Régional de la Photographie, BNF (Bibliothèque Nationale de France), Rencontres d’Arles, Institut pour la Photographie (Lille), Château de Lunéville, Espace 36 (Saint-Omer).
  • Éditeur : Éditions Light Motiv.
  • Courants : École de Düsseldorf, photographie documentaire.

Au fil de l’épisode

  • Les débuts de Frédéric Cornu dans un club photo et la découverte de la chambre noire.
  • L’anecdote de sa rencontre avec Jean-Claude Le Mani à Arles, qui a réorienté sa pratique.
  • Le conseil reçu : arrêter la photo pendant un an pour se construire une culture photographique.
  • L’importance de son mentor, le photographe Didier Vivien.
  • Sa critique de l’esprit de compétition des concours photo, qu’il qualifie de « bête à concours ».
  • Son approche pédagogique dans les ateliers : se concentrer sur le « travail d’auteur ».
  • La présentation de sa démarche de portraitiste, basée sur la typologie et un protocole strict.
  • La genèse du projet « Frères d’Humains » et le long travail pour obtenir l’autorisation de photographier les moines.
  • Le projet au long cours « Balnéaire », mené pendant 20 ans sur la plage de Bray-Dunes.
  • La réflexion derrière « Balnéaire » : montrer le corps comme le réceptacle des traumatismes de la vie.
  • La difficulté d’aborder les gens sur la plage et le taux de refus.
  • L’honnêteté et le respect comme clés pour photographier des inconnus.
  • Sa fascination pour la diversité humaine, explorée dans son projet « Multiple » sur les jumeaux.
  • Le projet « Dans l’Ombre », réalisé au sein d’une association caritative.
  • La méthode pour éviter le voyeurisme : gommer tous les signes distinctifs sociaux.
  • Le rôle de la direction de modèle, très précise pour assurer la cohérence de la série.
  • Le début de son travail sur le territoire, initié avec l’arrivée du numérique.
  • Le déclic lors d’un voyage en Afrique : « pour moi l’exotisme, c’est la porte de Pantin ».
  • Le projet « IGN 2605S », où il photographie son environnement immédiat pendant huit ans.
  • Sa conception du portrait, appliquée aussi bien aux humains qu’aux bâtiments ou aux paysages.
  • La présentation de son exposition « La Ligne d’Eau ».
  • Les regards croisés de l’éditeur et de la commissaire d’exposition sur son travail.
  • L’importance et la « violence » de l’éditing pour un photographe.
  • Ce que la collaboration avec la commissaire Anne Lacoste lui a appris sur son propre travail.
  • La différence entre l’émotion du photographe à la prise de vue et la perception du spectateur.
  • Le livre comme support privilégié pour un travail photographique.
  • Ses trois conseils aux photographes : se cultiver, trouver un mentor et travailler sa réflexion.
  • La créativité vue comme la capacité à connecter des points qu’on a d’abord collectés.
  • Être photographe, c’est faire des photos en permanence, même sans appareil.

FAQ

Qui est Frédéric Cornu ?

Frédéric Cornu est un photographe français reconnu pour son approche documentaire et ses séries de portraits typologiques. Autodidacte, il s’est formé au contact des livres et des expositions. Son travail se caractérise par des protocoles de prise de vue stricts appliqués à des groupes humains spécifiques, comme dans ses projets « Balnéaire » ou « Dans l’Ombre ». Il explore également la photographie de territoire, toujours avec une grande rigueur formelle.

Qu’est-ce que l’approche typologique en photographie selon Frédéric Cornu ?

Pour Frédéric Cornu, l’approche typologique est une méthode de travail consistant à photographier un ensemble de sujets (personnes, objets) de manière systématique, en utilisant toujours le même cadrage, la même lumière et le même fond. L’objectif est de neutraliser les éléments anecdotiques pour mettre en évidence les variations subtiles et les points communs au sein du groupe, créant ainsi une sorte d’inventaire visuel qui invite à la comparaison.

Pourquoi le projet « Dans l’Ombre » est-il si particulier ?

Ce projet photographie des personnes en difficulté sociale, des bénévoles et des professionnels au sein d’une même association. Sa force réside dans le fait de gommer tous les signes sociaux distinctifs en utilisant un fond noir et une cape noire pour chaque personne. Le spectateur est ainsi incapable de savoir qui est « aidant » ou « aidé », ce qui l’oblige à abandonner ses préjugés pour se concentrer sur l’humanité de chaque visage.

Quels conseils Frédéric Cornu donne-t-il aux photographes ?

Il insiste sur trois points fondamentaux. Premièrement, développer une solide culture photographique en consultant des livres et en visitant des expositions. Deuxièmement, trouver un mentor, une personne capable de guider et de questionner sa pratique. Enfin, il recommande de privilégier une réflexion sur l’écriture photographique et le sens de ses images (le « pourquoi ») plutôt que de se focaliser uniquement sur la technique (le « comment »).


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *