Les Femmes s’exposent – Houlgate 2019 : Présentation Jane Evelyn Atwood
Jane Evelyn Atwood raconte « Darya, Badante », son reportage sur les aides à domicile ukrainiennes en Italie, présenté aux Femmes s’exposent à Houlgate
Aux Femmes s’exposent à Houlgate en 2019, Jane Evelyn Atwood présente « Darya, Badante », sa série photographique sur les Badanti en Italie : ces aides à domicile, souvent ukrainiennes et sans papiers, qui s’occupent 24h/24 de personnes âgées. Voici le récit complet de ce reportage.
Que documente la série « Darya, Badante » de Jane Evelyn Atwood ?
La série suit Darya, une aide à domicile ukrainienne installée en Italie, présentée par Jane Evelyn Atwood au Jardin des roses dans une scénographie pleine de poésie. La photographe s’est intéressée au phénomène des « Badanti » : des femmes venues de l’étranger qui travaillent sans relâche au domicile de personnes âgées dépendantes. Atwood espère réunir ce travail dans un ouvrage à paraître.
Qui sont les Badanti et pourquoi ce phénomène a-t-il été documenté ?
Les Badanti sont des aides à domicile, souvent sans papiers, qui travaillent 24h/24 et 7j/7 chez des personnes âgées. Lorsque la personne dont elles s’occupent vient à décéder, elles se retrouvent à la rue du jour au lendemain, et cherchent aussitôt une nouvelle place. Selon Atwood, la ville de Bolzano a voulu que ce phénomène, devenu massif, soit documenté : il fallait que quelqu’un en témoigne.
Une recherche de deux ans pour trouver le bon sujet
Trouver une badante acceptant d’être photographiée a pris deux ans : une femme sans papiers prend des risques considérables en se laissant photographier. Il a aussi fallu obtenir l’accord d’une famille acceptant la présence d’un photographe auprès de ses personnes âgées. Darya, décrite comme « la star de ce reportage », a finalement accepté.
Quelles étaient les conditions de travail de Darya ?
Darya s’occupait seule de quatre sœurs âgées, chacune gravement malade : Parkinson, cancer du sein, Alzheimer. Trois ne pouvaient plus se nourrir seules, deux portaient des couches, certaines ne marchaient plus. Faute de place dans le petit appartement, Darya dormait sur un divan dans le salon. Ses journées commençaient très tôt : toilette, repas à la petite cuillère, changes, en boucle. Ses rares deux heures de repos quotidiennes, elle les passait à travailler au noir chez une personne riche pour envoyer encore plus d’argent à sa famille restée en Ukraine.
Une femme d’une force exceptionnelle
Atwood décrit Darya comme la personne la plus forte et la plus humaine qu’elle ait jamais rencontrée. Très croyante, elle priait constamment, pour la photographe comme pour les quatre sœurs. Elle gardait un lien étroit avec ses deux filles et son mari Igor restés en Ukraine — à la différence d’autres badante qui abandonnent leur famille, se remarient en Italie et disparaissent, au sein d’un réseau ancien et bien organisé.
Comment Jane Evelyn Atwood a-t-elle suivi son sujet jusqu’en Ukraine ?
Après dix jours de prises de vue auprès de Darya et des quatre sœurs en Italie, Atwood a embarqué dans un van de « la connexion ukrainienne » pour un voyage de 38 heures jusqu’en Ukraine, afin de comprendre la famille à qui Darya envoie tout son argent. La veille du départ, de nombreuses badante sont venues confier de l’argent liquide à transporter : le van est parti avec 12 000 euros en cash, dissimulés dans une poche secrète du sac à appareil photo de la photographe.
Ce que l’argent change dans un village ukrainien
Sur place, dans un village d’environ 150 personnes, Atwood a constaté que seules huit maisons disposaient de la plomberie — précisément les huit familles ayant une badante en Italie qui leur envoyait son argent. Elle qualifie cette commande de l’une des plus belles de sa carrière et espère en faire un livre. Le récit détaillé de cette immersion, raconté par la photographe elle-même, vaut largement l’écoute de l’épisode.
Questions fréquentes sur la série « Darya, Badante » de Jane Evelyn Atwood
Qu’est-ce qu’une « Badante » en Italie ?
Une « badante » est une aide à domicile, souvent venue de l’étranger et sans papiers, qui s’occupe d’une personne âgée 24h/24 et 7j/7. Le terme désigne un phénomène social massif en Italie. Quand la personne aidée décède, la badante se retrouve à la rue immédiatement et doit chercher aussitôt une nouvelle place.
Qui est Darya, le sujet de la série de Jane Evelyn Atwood ?
Darya est une aide à domicile ukrainienne, sujet central du reportage. En Italie, elle s’occupait seule de quatre sœurs âgées gravement malades. Très croyante et d’une force décrite comme exceptionnelle, elle envoyait tout son argent à sa famille restée en Ukraine, avec qui elle maintenait un lien étroit, notamment ses deux filles et son mari Igor.
Pourquoi le phénomène des Badanti a-t-il été documenté ?
Selon Jane Evelyn Atwood, la ville de Bolzano a souhaité que ce phénomène soit documenté car il était devenu massif au point que quelqu’un devait en témoigner. La difficulté principale fut de trouver une badante acceptant d’être photographiée — une femme sans papiers prenant de gros risques — ainsi qu’une famille acceptant la présence d’un photographe.
Combien de temps a duré le reportage de Jane Evelyn Atwood ?
La recherche d’un sujet acceptant d’être photographié a pris deux ans. Les prises de vue ont ensuite duré dix jours auprès de Darya et des quatre sœurs en Italie, suivis d’un voyage de 38 heures en van jusqu’en Ukraine et d’une semaine passée dans le village familial de Darya pour comprendre sa situation.
Pourquoi Darya travaillait-elle autant ?
Darya envoyait l’intégralité de son argent à sa famille restée en Ukraine. Au-delà de son travail 24h/24 auprès des quatre sœurs, elle utilisait ses deux heures de repos quotidiennes pour travailler au noir chez une personne riche, afin de gagner davantage. Cet argent transformait concrètement la vie de son village d’origine.
La série « Darya, Badante » va-t-elle devenir un livre ?
Jane Evelyn Atwood espère réunir ce travail dans un ouvrage. Elle considère cette commande comme l’une des plus belles de sa carrière. Au moment de la présentation à Houlgate en 2019, le projet de livre restait un souhait qu’elle exprimait, sans publication encore confirmée.