Portrait d'un grand mammifère sauvage en noir et blanc, illustrant le parcours de photographe animalier de Laurent Baheux
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070 – Je ne me sens pas autant animalier que portraitiste – Laurent Baheux

Laurent Baheux : du photojournalisme sportif au portrait animalier en noir et blanc

Comment passe-t-on du photojournalisme sportif au portrait animalier ? Laurent Baheux raconte son parcours de photographe animalier : 20 ans à photographier les grands mammifères en noir et blanc, l’école du sport, le taux d’échec, l’art de saisir l’instant et de construire un message engagé au fil du temps.

Laurent Baheux : du photojournalisme sportif au portrait animalier en noir et blanc

Invité de Julien Pasternak, Laurent Baheux retrace une trajectoire qui n’a rien d’une ligne droite. Né et grandi à la campagne dans la région de Poitiers, il voulait d’abord être rédacteur sportif. C’est un petit quotidien départemental, Centre Presse, qui lui met un appareil entre les mains faute de moyens pour engager des photographes. Autodidacte, il apprend tout très vite, sous la pression de voir ses images publiées le lundi matin, signées de son nom. De cette « école du terrain sportif », il garde l’essentiel : l’adaptation permanente aux conditions de lumière changeantes et l’obsession de l’instant décisif.

Lassé du rythme parisien et de la foule des grands stades, il se tourne il y a 20 ans vers la grande faune. Tout se joue en 2002, lors d’un premier voyage en Tanzanie : un coup de foudre qui décide des dix années suivantes. Il a alors 32 ans et continue pourtant de vivre du sport, ne s’autorisant ces voyages que comme des « respirations ».

L’école du sport au service de l’animalier

Pour Baheux, le sport reste sa grande matrice technique. Il y a appris à ne jamais rater l’instant décisif, comme cette action de Sylvain Wiltord lors de France-Italie à l’Euro 2002 : si l’on n’est pas prêt, le moment ne revient pas. D’où sa pratique de la rafale, même en animalier, qu’il assume contre les puristes : la différence entre une bonne photo et une photo d’exception se joue à une fraction de seconde. Ce bagage technique, répété des milliers de fois, est devenu automatisme — ce qui lui libère l’esprit pour se concentrer sur l’émotion, le cadrage et la lumière.

Son credo : ne rien anticiper. Là où beaucoup de photographes prennent des notes et planifient l’heure dorée, lui se déclare opportuniste, à l’instinct, laissant une place au hasard. Cette liberté lui vient de son mentor, Michel Birot, créateur du magazine Attitude Rugby, qui lui répétait : « surprends-toi, surprends-moi ». Une leçon qui conditionne encore aujourd’hui son approche en milieu naturel.

Photographier les animaux comme des individus

Le cœur de sa démarche tient en une phrase : il ne se sent pas tant animalier que portraitiste. Il photographie les animaux comme on photographie des humains, cherchant le caractère et la personnalité de chaque individu — un parti pris qui rapproche ses images de portraits de famille ou de mariage. Pour lui, l’être humain est « le seul animal à penser qu’il n’est pas un animal » : il refuse l’anthropomorphisme tout en invitant à sortir de l’anthropocentrisme.

Le noir et blanc est indissociable de son histoire. Il a appris au labo argentique sur de l’Ilford HP5 36 poses, quand le journal n’imprimait en couleur que sa une (12 poses, où il ne fallait pas se rater). La latitude du film, poussé jusqu’à 3200 ISO, faisait monter le contraste — sans doute l’origine de son goût pour des noirs profonds et des blancs francs. Aujourd’hui, grâce aux viseurs électroniques de son hybride Sony, il shoote directement en noir et blanc dans le viseur, comme lors de ses 15 jours au Spitzberg « dans un pays en noir et blanc ».

Construire son message plutôt que le trouver

Baheux livre une leçon précieuse sur le sens en photographie : au départ, il n’avait aucun message. Ses premiers voyages étaient « égoïstes », pour le plaisir des belles images. Le sens s’est construit en chemin, au fil de l’accumulation des images, des voyages et d’une prise de conscience écologique. Né en 1970, il mesure un demi-siècle d’« accélération phénoménale » de la destruction du vivant. Son engagement passe aujourd’hui par l’adhésion au 1% pour la planète et par la défense de la liberté des animaux, premier mot de son site.

Cette transition vers la photo de nature a pris dix ans, en douceur, sécurisée par ses revenus du sport. Le déclic vient d’un ami qui lui propose d’exposer : il découvre alors que son travail touche les gens, et que le noir et blanc fait entrer dans son univers même ceux que la photo naturaliste n’attire pas. Le basculement coïncide avec un choix de vie — quitter Paris pour la province, en 2013, année de son mariage et de sa pente ascendante.

Savoir-faire, faire-savoir et le travail de l’ombre

Baheux insiste sur une vérité que peu de photographes intègrent : le faire-savoir est au moins aussi important que le savoir-faire. On peut être le meilleur photographe du monde, personne ne viendra si l’on ne montre pas son travail. N’étant pas commercial dans l’âme, il a la chance de travailler avec Marilyn, qui gère toute cette part essentielle « plus vite et mieux » que lui, à 100% dans l’ombre. Il rend hommage à ce travail invisible, dont le public ne voit que la partie émergée de l’iceberg.

Côté économie, ses revenus viennent surtout des tirages vendus en galerie et sur son site, des livres et, en complément, des workshops. Il gagne aujourd’hui mieux sa vie en photographe de nature qu’en photographe de sport, avec une liberté nouvelle : choisir où, quand, comment et combien de temps — et travailler sans commande, à l’inverse du sport. Pour entrer pleinement dans la richesse de ses anecdotes, comme cette traque de quatre jours par moins 50 degrés à Baffin Island avant de tomber sur une ourse polaire et ses oursons, l’écoute de l’épisode reste irremplaçable.

Foire aux questions

Qui est Laurent Baheux et quel est son parcours de photographe ?

Laurent Baheux est un photographe français né en 1970 à la campagne près de Poitiers. Autodidacte, il a débuté dans le photojournalisme sportif pour le quotidien Centre Presse, avant de se tourner il y a 20 ans vers la photographie animalière des grands mammifères, qu’il pratique exclusivement en noir et blanc.

Pourquoi Laurent Baheux dit-il être plus portraitiste qu’animalier ?

Laurent Baheux se considère davantage comme portraitiste car il photographie les animaux comme des individus à part entière, en cherchant leur caractère et leur personnalité, exactement comme on photographie des humains. Ses images de famille d’animaux rappellent des portraits de mariage ou de famille, par leur composition et leur dimension intime.

Pourquoi Laurent Baheux photographie-t-il uniquement en noir et blanc ?

Laurent Baheux photographie en noir et blanc parce que cela fait partie de son histoire avec la photo : il a appris au labo argentique sur du film Ilford HP5 noir et blanc, à l’époque où les journaux n’imprimaient en couleur que leur une. Le noir et blanc aide aussi à faire entrer le public dans son univers, même ceux peu attirés par la photo naturaliste.

Faut-il avoir un message pour faire des photos qui ont du sens, selon Laurent Baheux ?

Selon Laurent Baheux, le message n’est pas nécessaire au départ : il se construit en chemin. Lui-même a commencé sans message, pour le simple plaisir des images, et le sens s’est imposé au fil des voyages et d’une prise de conscience écologique. Il conseille donc de faire d’abord des photos et de laisser le message émerger.

Comment Laurent Baheux saisit-il l’instant décisif en photographie animalière ?

Laurent Baheux saisit l’instant décisif en restant toujours prêt sans rien anticiper : il se décrit comme un opportuniste qui laisse place au hasard. Héritée du sport, sa technique consiste à déclencher en rafale lors d’un moment imprévu, car la différence entre une bonne photo et une photo d’exception se joue à une fraction de seconde.

Quel matériel utilise Laurent Baheux pour ses photos animalières ?

Laurent Baheux est ambassadeur Sony et utilise un appareil hybride dont il exploite le viseur électronique pour visualiser ses images directement en noir et blanc, avec ses réglages de contraste, dès la prise de vue. Il rappelle toutefois que le bon matériel aide mais ne suffit pas : la pratique et la maîtrise des bases priment.

De quoi vit Laurent Baheux comme photographe de nature ?

Laurent Baheux tire ses revenus principalement de la vente de tirages en galerie et sur son site internet, ainsi que de l’édition de livres photo, complétés par des workshops d’accompagnement sur le terrain. Il gagne aujourd’hui mieux sa vie en photographe animalier qu’à l’époque où il couvrait le sport.

Pourquoi le faire-savoir est-il aussi important que le savoir-faire en photographie ?

Pour Laurent Baheux, le faire-savoir est au moins aussi important que le savoir-faire : on peut être un excellent photographe, personne ne viendra si l’on ne montre pas et ne communique pas son travail. Il cite des photographes moyens techniquement mais excellents en communication qui ont devancé de meilleurs photographes restés invisibles.

Les chiffres de l’épisode

  • Environ 20 ans de pratique de la photographie animalière des grands mammifères.
  • Une transition du sport vers la nature étalée sur 10 ans.
  • Film argentique Ilford HP5, 36 poses, 400 ISO poussé jusqu’à 3200 ISO (+3 diaphragmes).
  • Premier voyage en Tanzanie en 2002, à l’âge de 32 ans.
  • Basculement définitif et mariage en 2013.
  • 15 jours dans l’Arctique au Spitzberg.
  • 4 jours de traque par moins 50 degrés à Baffin Island avant de trouver l’ourse polaire et ses oursons.
  • Adhésion au 1% pour la planète.

Références

  • Laurent Baheux
  • Julien Pasternak
  • Christophe Brachet
  • Sylvain Wiltord
  • Michel Birot (magazine Attitude Rugby)
  • Peter Beard, « The End of the Game »
  • Karen Blixen, « La Ferme africaine » (Out of Africa)
  • Henri Cartier-Bresson
  • Sony
  • Ilford (film HP5)
  • 1% pour la planète
  • Reporters sans frontières
  • Rencontres d’Arles
  • Mathieu Forger (Forget Matt)

Le lien de l’épisode

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