Détail intime du quotidien évoquant la photographie poétique d'Aure-Elise Laforgue
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La Chambre Noire – S01E04 – Aure-Elise Laforgue

Aure-Elise Laforgue : une photographie des petites choses, entre poésie et nostalgie

Aure-Elise Laforgue photographie les petites choses du quotidien : un évier propre, une boule à thé cassée, une silhouette de dos. Dans ce quatrième épisode de La Chambre Noire, elle raconte son BTS photo, son rapport à la nostalgie, sa série autoportrait Selfish et la façon dont son évolution personnelle redessine son identité photographique.

Aure-Elise Laforgue : une photographie des petites choses, entre poésie et nostalgie

Invitée du quatrième épisode de La Chambre Noire, la photographe Aure-Elise Laforgue revient sur une vocation née très tôt, presque par tradition familiale. Son souvenir le plus ancien lié à la photo, ce sont les Kodak jetables glissés dans ses mains par un grand-père postier et membre du club photo de la Poste. Très jeune, elle photographiait déjà les petites fleurs et les insectes pendant que son frère traquait les avions dans le ciel. Le déclic professionnel viendra plus tard, par un contact rencontré en soirée qui lui propose un poste de photographe de plateau sur deux courts-métrages.

De cette trajectoire, elle garde une pratique singulière : photographier ce que l’animateur du podcast appelle « les petites choses de la vie ». Nature morte, urbex, photo de rue, portrait, voyage — son travail échappe aux catégories, mais une constante demeure : la nostalgie, qu’elle décrit comme une « tristesse heureuse ».

Le BTS photo et la révélation de la lumière

Aure-Elise Laforgue a suivi un BTS photo à Toulouse, un parcours scolaire dont elle revendique pleinement l’utilité : elle dit ne pas savoir apprendre seule et avoir eu besoin de ce cadre. Ce qu’elle retient de cette formation, c’est qu’elle apprend à maîtriser tous les métiers de la photo — assistante lumière, retoucheuse, travail en laboratoire d’impression — et donc à fabriquer une image de A à Z, du déclenchement au tirage. Un TP consacré aux portraits Harcourt, qui consistait à recréer exactement la lumière d’un portrait existant, lui révèle sa passion pour la photo de studio et la direction de la lumière. Elle rêvera même d’intégrer l’école Louis-Lumière pour devenir directrice de la photo, projet abandonné faute de culture cinématographique suffisante et à cause d’une limite d’âge, ayant repris ses études tard. Le BTS incluait encore un module argentique, principalement en noir et blanc.

Une présence humaine minimaliste et des objets qui racontent

« J’aime pas les gens », lance-t-elle en assumant le paradoxe. Ses portraits sont organisés, réfléchis, parce qu’elle peine à pratiquer la photo de rue spontanée. Quand elle photographie des passants, ils sont presque toujours de dos, en silhouette, le visage caché — par pudeur, pour ne pas s’immiscer dans une intimité, et parce que, selon elle, la gestuelle d’une personne raconte plus de vérité que ses mots. Les objets, eux, sont saisis « au feeling », dans ce déclic où elle sait qu’elle tient sa photo. Côté matériel, elle travaille avec un Olympus en micro 4/3, le plus souvent au zoom 14-42 mm (équivalent 28-85 mm en plein format), très souvent à 28 mm, quitte à coller l’objectif au nez de ses sujets pour les portraits.

Selfish, une série autoportrait cathartique

La série Selfish mêle autoportraits en noir et blanc et textes très personnels, à la manière d’un journal intime. Née d’un besoin de catharsis, cette démarche thérapeutique a touché de nombreux lecteurs qui s’y sont reconnus. C’est, dit-elle, sa seule série terminée — toutes ses autres séries, comme « les petites choses » (environ 25 lieux sur quatre ou cinq ans), sont des fils rouges destinés à ne jamais finir. Chaque texte de Selfish part d’une chanson, le matériau artistique (films, musiques, peintures) irriguant toute sa pratique.

Évolution personnelle, évolution photographique

Un an avant l’enregistrement, Aure-Elise Laforgue s’interrogeait sérieusement sur le sens de ses images. Cette période coïncide avec la fin de ses deuils, la clôture de sa dépression et un sentiment de passage à l’âge adulte. Or la nostalgie était jusque-là un élément fondamental de son travail : elle se demande désormais comment cette évolution humaine va impacter sa photographie. Le confinement a été pour elle, à rebours de beaucoup, une période très productive : photographier son évier ou son chat lui suffisait, sans besoin du monde extérieur. C’est d’ailleurs là qu’elle réalise une de ses photos les plus marquantes, la boule à thé cassée dans l’évier, instant minuscule devenu image. Elle évoque aussi cette dimension mémorielle de la photo — « des encres de notre passé » — après avoir perdu trois ans de souvenirs sur un disque dur externe en panne.

Le monde de la photo, les réseaux et les jugements sur le matériel

Sur la scène photographique actuelle, elle déplore une uniformisation des images sur les réseaux : mêmes presets, mêmes retouches, identités devenues indiscernables. Elle oppose à cela les grands auteurs reconnaissables à leur patte — Steve McCurry, son « dieu de la photo », ainsi que Stephen Shore ou Arnaud Montagard. Coloriste assumée, elle a plus de mal avec le noir et blanc et les portraits de Lindbergh ou Roversy, dont elle reconnaît la maîtrise sans y adhérer. Elle raconte enfin les remarques essuyées comme « petite minette » débarquant avec son hybride de poche dans des apéros photo peuplés de gros reflex — un milieu qui juge sur le matériel, alors qu’une série prise au Kodak jetable peut être sublime. Pour comprendre l’épisode au-delà des faits, c’est dans le ton et les digressions — du chat photographié 72 000 fois aux références ciné — que se loge toute la sensibilité de cette conversation, à écouter pour la voix d’une photographe en pleine mue.

Foire aux questions

Qui est Aure-Elise Laforgue et quel type de photographie pratique-t-elle ?

Aure-Elise Laforgue est une photographe qui se consacre aux petites choses du quotidien et aux détails de tous les jours. Son travail mêle nature morte, urbex, photo de rue, portrait et autoportrait, traversé par la nostalgie qu’elle qualifie de « tristesse heureuse ». Elle a suivi un BTS photo à Toulouse.

Quel est l’intérêt d’un BTS photo selon Aure-Elise Laforgue ?

Le BTS photo apporte selon Aure-Elise Laforgue un cadre d’apprentissage scolaire et une polyvalence précieuse : on y apprend tous les métiers de la photo (assistante lumière, retouche, laboratoire d’impression) et à fabriquer une image de A à Z, de la prise de vue jusqu’au tirage. Il donne aussi accès à beaucoup de matériel.

Quel matériel photo utilise Aure-Elise Laforgue ?

Aure-Elise Laforgue travaille avec un Olympus en micro 4/3, équipé d’un zoom 14-42 mm (équivalent 28-85 mm en plein format). Elle photographie très souvent à 28 mm, ce qui l’oblige à se tenir très proche de ses sujets. Tout son matériel tient dans son sac à main, un choix de discrétion et de praticité.

Qu’est-ce que la série Selfish d’Aure-Elise Laforgue ?

Selfish est une série autoportrait d’Aure-Elise Laforgue qui associe des photos en noir et blanc à des textes très personnels, à la manière d’un journal intime. Née d’un besoin cathartique et thérapeutique, chaque texte part d’une chanson. C’est la seule série qu’elle ait terminée, toutes les autres étant des fils rouges ouverts.

Pourquoi Aure-Elise Laforgue photographie-t-elle souvent les gens de dos ?

Aure-Elise Laforgue photographie les gens de dos ou en silhouette par pudeur, pour ne pas s’immiscer dans leur intimité, même dans la rue. Elle estime aussi que la gestuelle et la façon de se tenir d’une personne racontent plus de vérité que ses mots, ce qui rend ces présences discrètes plus expressives qu’un visage.

Quels photographes inspirent Aure-Elise Laforgue ?

Aure-Elise Laforgue cite Steve McCurry comme son « dieu de la photo », ainsi que Stephen Shore pour ses ambiances, ses détails et sa colorimétrie, et le contemporain Arnaud Montagard. Coloriste assumée, elle reconnaît la maîtrise de portraitistes comme Lindbergh ou Roversy sans y être sensible, notamment car ils travaillent en noir et blanc.

Faut-il avoir une culture photographique pour être un bon photographe ?

Avoir une culture photographique n’est pas obligatoire pour être un bon photographe, mais cela aide énormément, à l’image d’un réalisateur qui connaît les grandes références de son genre. Connaître l’histoire de la photo et nourrir sa culture artistique enrichit la pratique et permet de comprendre les symboliques et les démarches.

Les chiffres de l’épisode

  • 4ᵉ épisode de la saison 1 de La Chambre Noire
  • Un BTS photo suivi à Toulouse
  • Objectif principal : zoom 14-42 mm, équivalent 28-85 mm en plein format, utilisé surtout à 28 mm
  • Série « les petites choses » : environ 25 lieux sur 4 à 5 ans
  • 3 ans de photos perdues à cause d’un disque dur externe en panne
  • Environ 72 000 photos de son chat en train de dormir
  • Projet sur les prostituées en tête depuis plus de 10 ans

Références

  • Aure-Elise Laforgue
  • La Chambre Noire
  • Photo Synthèse
  • Portraits Harcourt
  • École Louis-Lumière
  • Steve McCurry
  • Stephen Shore
  • Arnaud Montagard
  • Peter Lindbergh
  • Paolo Roversi
  • Vivian Maier
  • La La Land
  • Juste la fin du monde
  • Gaspard Ulliel

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