Le photographe animalier David Greyo en repérage, illustrant comment vivre de la photographie nature
| |

Interview du photographe David Greyo

David Greyo, photographe animalier : diversifier ses revenus pour vivre de la photo nature

Peut-on réellement vivre de la photographie animalière ? Dans cet entretien, le photographe naturaliste David Greyo répond sans détour : la vente directe d’images ne suffit plus. Il détaille les leviers concrets — concours, stages, collectif, commandes — qui lui permettent depuis cinq ans de faire de la photo nature son métier à plein temps.

David Greyo, photographe animalier : diversifier ses revenus pour vivre de la photo nature

David Greyo n’est pas venu à la photographie par l’image, mais par la nature. Pendant quinze ans, il travaille dans un conservatoire d’espaces naturels comme biologiste, et l’appareil photo n’est alors qu’un outil : illustrer des rapports, documenter une espèce, justifier une observation de terrain. C’est en réalisant que ses images pouvaient « avoir un poids » pour sensibiliser le public à la protection de la nature qu’il prend goût à leur dimension artistique. Le basculement prend du temps : passer d’une photo documentaire, purement descriptive, à une image porteuse d’émotion lui a d’abord coûté. Depuis cinq ans, la photographie a pris le pas sur tout le reste.

Un photographe naturaliste généraliste, sans terrain de jeu unique

Contrairement à beaucoup de photographes animaliers attachés à un habitat (la forêt) ou à une saison (l’hiver, la neige), David Greyo revendique de ne pas avoir de terrain de jeu favori. Hérité de son passé de naturaliste généraliste, ce refus de s’enfermer dans une thématique guide sa pratique : il fonctionne à l’inspiration et à l’opportunité, en cherchant souvent ce que les autres font moins. Il garde malgré tout des sujets de prédilection, au premier rang desquels les orchidées sauvages, qui étaient déjà sa spécialité de biologiste.

Côté matériel, son discours détonne : il n’a jamais été un passionné d’équipement et observe, un brin critique, des photographes « plus passionnés de matériel que de photos ». Chez Canon, il a constitué son parc au fil des besoins, sur plus de vingt ans — son téléobjectif 300 f/2.8 l’accompagne depuis quinze ans. S’il ne devait garder qu’un objectif, ce serait son objectif macro : non pour sa valeur, mais parce que la macro se pratique partout, n’importe quand, à dix mètres de chez soi, sans préparation.

Vivre de la photo : la diversification comme seule issue

C’est le cœur de l’épisode, et David Greyo y est d’une honnêteté frappante. La vente directe d’images ne représente quasiment rien dans ses revenus annuels. Là où, il y a vingt ans, un photographe professionnel pouvait se faire un salaire avec un stock de diapositives, l’explosion du numérique a multiplié le nombre de photographes capables de vendre, et dévalorisé l’image aux yeux du public, qui la croit facile à produire et rechigne à la payer.

Sa réponse tient en un mot : la diversification. Les concours photo, dont sa liste de prix est impressionnante, ne flattent pas son ego — il l’assume crûment — mais constituent des revenus directs (les gains) et des lignes de CV. Les stages photo, le voyage, l’encadrement et la formation représentent une grosse demande qu’il honore d’autant plus volontiers que cela prolonge son ancien métier d’animateur nature : il préfère emmener les gens sur le terrain et leur apprendre à respecter les espèces protégées plutôt que de les laisser dégrader le milieu. Son conseil aux photographes qui veulent en faire leur métier est sans ambiguïté : ne jamais compter sur la seule vente d’images.

Le collectif Eresus Nature : la force du groupe

David Greyo est le moteur du collectif Eresus Nature, qui réunit six photographes dont Christophe Salin, Olivier Simon et Nicolas (installé au Canada). L’origine est pragmatique : une bande de potes qui, ne disposant pas toujours des images demandées par les magazines et agences, s’appelaient pour se passer les commandes. En groupant leurs banques d’images, ils répondent mieux à la demande — une collectivité qui commande une liste d’espèces a alors le choix parmi les photos de six photographes plutôt qu’un seul. Le statut associatif (loi 1901) a officialisé cette démarche et ouvert la porte aux expos collectives et aux actions de sensibilisation. Le nom vient d’une petite araignée méditerranéenne rouge et noir, découverte ensemble lors d’un week-end dans la Drôme provençale — ces couleurs ont donné la charte graphique du site.

Du naturalisme au portrait : quand la technique devient universelle

S’il a commencé en ne sachant photographier que la nature, David Greyo couvre aujourd’hui mariages, portraits et reportages. Sa conviction : une fois maîtrisées la gestion de la lumière et la captation de l’instant, le sujet importe peu. Qu’on remplace une fleur par un soldat de plomb, une assiette de spaghettis ou un visage, la démarche reste la même. Il y voit un moyen de se remettre en question et un nouveau challenge à chaque fois, et cite Vincent Munier, photographe nature ayant lui aussi shooté une chanteuse française, comme exemple de ce décloisonnement.

La Norvège, les écureuils d’Inde et la photo au service du vivant

Son récent voyage en Norvège pour les aurores boréales était un pur plaisir, sans objectif de rentabilité — un sujet déjà tant photographié qu’il n’espérait pas faire mieux. Bilan en demi-teinte côté météo (et un objectif éclaté resté sur place), mais une découverte : les aurores sont souvent à peine perceptibles à l’œil nu, et c’est la pose lente qui en révèle couleurs et formes. Pour une fois, la photo apporte un plus par rapport à l’œil humain. Il raconte aussi le making-of d’une de ses images favorites — un écureuil de Corée photographié dans un temple du Rajasthan, en Inde, où la faune sacrée et nourrie par une population à 99 % végétarienne se laisse approcher facilement —, saisi à la rafale, sa femme servant d’appât.

Au-delà des belles images, David Greyo n’a jamais cessé son combat de naturaliste : administrateur d’une association de protection des primates, il a contribué par la vente de ses photos à financer l’opération d’une jeune chimpanzée orpheline en Guinée, blessée par un reliquat de plomb. C’est cette idée de « petite goutte d’eau » au service de la préservation de la nature qui donne sens à son métier. Pour saisir toute la sincérité de ce parcours et les anecdotes de terrain, l’écoute de l’épisode vaut le détour.

Foire aux questions

Peut-on vivre uniquement de la vente de photos animalières ?

Non, vivre uniquement de la vente de photos animalières n’est plus possible selon David Greyo : cette vente directe ne représente quasiment rien dans ses revenus annuels. Il explique que la diversification est la seule issue, via les concours, les stages, la formation et les commandes via son collectif.

Comment David Greyo diversifie-t-il ses revenus de photographe ?

David Greyo diversifie ses revenus de photographe par plusieurs sources complémentaires : les gains des concours photo, l’animation de stages photo et de voyages, l’encadrement et la formation, ainsi que les commandes de magazines et d’agences mutualisées au sein de son collectif. Il déconseille de compter sur la seule vente d’images.

Pourquoi participer à des concours photo quand on est professionnel ?

Participer à des concours photo permet, pour David Greyo, deux choses très concrètes : encaisser les gains des prix, qui constituent un revenu complémentaire non négligeable, et étoffer son CV pour montrer son savoir-faire. Il assume que la démarche n’a rien à voir avec l’ego mais répond à une logique économique.

Quel objectif David Greyo garderait-il s’il ne devait en conserver qu’un ?

David Greyo garderait son objectif macro s’il ne devait en conserver qu’un seul. Son choix tient moins à la valeur de l’objectif qu’aux possibilités qu’il offre : la macro se pratique partout, n’importe quand, sans préparation, à dix mètres de chez soi, ce qui en fait pour lui la discipline la plus libre.

Qu’est-ce que le collectif Eresus Nature et à quoi sert-il ?

Eresus Nature est un collectif associatif de six photographes nature, dont David Greyo est le moteur. Il sert à mutualiser leurs banques d’images pour mieux répondre aux commandes de magazines, agences et collectivités, et à mener des expositions collectives ainsi que des actions de sensibilisation à la protection de la nature.

Un photographe animalier peut-il photographier d’autres sujets comme des mariages ou des portraits ?

Oui, un photographe animalier peut tout à fait photographier d’autres sujets. David Greyo, qui couvre mariages, portraits et reportages, explique qu’une fois maîtrisées la gestion de la lumière et la captation de l’instant, le sujet importe peu : la démarche technique et artistique reste la même quel que soit ce qu’on place devant l’objectif.

Pourquoi les aurores boréales sont-elles plus belles en photo qu’à l’œil nu ?

Les aurores boréales paraissent souvent plus photogéniques que dans la réalité car la plupart sont à peine perceptibles à l’œil nu, hors grandes explosions solaires. C’est la pose lente de la photographie qui révèle leur couleur et leur forme, l’œil humain trop perfectionné desservant ici l’observation directe.

Les chiffres de l’épisode

  • 5 ans que la photographie a pris le pas sur ses autres activités
  • 15 ans de carrière dans un conservatoire d’espaces naturels comme biologiste
  • Plus de 20 ans de pratique photographique
  • Téléobjectif 300 f/2.8 conservé depuis 15 ans
  • 6 photographes au sein du collectif Eresus Nature
  • Population du Rajasthan végétarienne à 99 %, où la faune sacrée se laisse approcher

Références

  • David Greyo
  • Canon
  • 500px
  • Eresus Nature
  • Christophe Salin
  • Olivier Simon
  • Philippe Moës
  • Fabien Gréban
  • Vincent Munier
  • Festival Salamandre

Publications similaires