La photographie en montagne avec Sandra-Berenice Michel
Débuter la photographie animalière en montagne et photographier la faune sauvage dans le respect de l’éthique
Comment débuter en photographie animalière en montagne ? La photographe et formatrice Sandra-Bérénice Michel livre ses conseils concrets : quelles espèces viser, comment approcher la faune sans la déranger, quel matériel emporter et pourquoi l’éthique doit guider chaque sortie. Un épisode où la passion du vivant prime toujours sur la photo.
Débuter la photographie animalière en montagne et photographier la faune sauvage dans le respect de l’éthique
Dans ce 55ᵉ épisode d’« Interview de Photographe Nature », Régis Moscardini reçoit Sandra-Bérénice Michel, photographe animalière et formatrice professionnelle qui partage sa vie entre les Alpes et l’Occitanie pour animer ses stages photo-nature d’avril à octobre. Née en Côte d’Ivoire où elle a vécu ses six premières années avant d’y retourner chaque été jusqu’à 14 ans, elle raconte comment cette enfance africaine — faite de pêche et de chasse pour se nourrir aux côtés de son père — a profondément façonné son rapport actuel au vivant. Une anecdote la marque à vie : son père lui désignant un rapace protégé qu’il renonce à tirer, lui apprenant le respect des limites.
De cet héritage, elle tire une conviction centrale : la photographie est devenue son « trophée de chasse » apaisé, une façon d’être témoin du vivant plutôt que de le tuer. Un fil rouge traverse tout l’entretien — le respect absolu de la faune.
Apprendre la technique en une demi-journée, la nature en une vie entière
Sur l’apprentissage, Sandra-Bérénice Michel est catégorique. Autodidacte, elle a débuté vers 14 ans avec un bridge, en tout testant seule, et estime avoir « perdu trois ans » à patauger faute de formation. Son message : les bases techniques (exposition, mode manuel, trépied) s’acquièrent en une demi-journée auprès d’un formateur, alors que les connaissances naturalistes demandent une vie entière. Elle a d’ailleurs commencé la photo pour photographier les orages, ce qui l’a forcée à maîtriser le mode manuel.
Pour se former à la nature, elle recommande les documentaires (BBC, Arte, « Ushuaïa Nature » de Nicolas Hulot), les chaînes YouTube comme celle de Marie Wild, et des ouvrages de référence : « Faune sauvage de France » de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, ainsi que les livres du photographe Erwan Balança. Ses stages collectifs (5 stagiaires maximum, 7 heures) consacrent la matinée à la technique et l’après-midi à la pratique de terrain. Elle souligne aussi qu’elle ne constate aucun déséquilibre hommes-femmes dans ses formations, alors que ses abonnés Instagram sont à 70 % des hommes.
Les spécificités du terrain : physique, météo et sécurité
La grande différence entre la photo de plaine et la photographie animalière en montagne tient au terrain : le physique et la rigueur. Il faut s’entraîner davantage, supporter le poids du matériel, le dénivelé et les kilomètres. Côté sécurité, le danger ne vient pas de la faune mais des aléas : Sandra-Bérénice Michel insiste sur le sac toujours équipé — deux litres d’eau, téléphone chargé, trousse de secours, couverture de survie, lampe frontale, carte avec groupe sanguin. La consultation de la météo est impérative, l’orage et la foudre restant sous-estimés et dangereux, même à quelques mètres.
Elle aborde aussi, sans détour, le sentiment d’insécurité que ressentent les femmes seules en nature : plus jeune, elle se cachait des hommes croisés sur son chemin, redoutant davantage l’humain que la faune.
Approche de la faune : relief, vent et choix de l’espèce
Le choix entre affût et approche (la « billebaude ») dépend avant tout de l’animal visé. Le grand atout de la montagne, c’est le relief : en connaissant les habitudes des animaux et les horaires de passage, on peut se poster derrière une butte et avoir un chevreuil à 5 mètres sans être vu ni senti — à condition de surveiller le vent, et notamment les vents ascendants qui « tournent ». Pour débuter, elle conseille le chevreuil en affût, jamais en hiver (période critique où le dérangement épuise des animaux aux réserves déjà faibles), de préférence au printemps ou en été. Le chevreuil se trouve jusqu’à environ 2 000 mètres l’été selon les versants et l’étage forestier. L’hiver reste utile pour le repérage et la lecture des traces dans la neige fraîche, en sortant plutôt en pleine journée.
L’éthique au cœur de la pratique et la polémique Romain Doucelin
L’éthique structure tout le travail de Sandra-Bérénice Michel, bénévole dans un centre de sauvegarde de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Elle refuse d’emmener des débutants en affût animalier, préférant des stages plus généraux de photo de nature où elle peut jauger la motivation réelle des participants. Elle met en garde contre la photo au terrier (renardeaux), très délicate, qui peut pousser une mère à abandonner ses petits.
L’épisode revient sur la polémique de novembre 2018 autour du photographe Romain Doucelin, accusé d’avoir congelé des souris mortes pour les mettre en scène. Pour Sandra-Bérénice Michel, cette dérive vient de la pression des réseaux sociaux et des magazines, qui fait perdre la passion de la nature au profit du like. Elle invite à l’honnêteté et au mea culpa plutôt qu’au déni. Régis Moscardini renvoie pour approfondir vers un article d’éthique d’Adrien Coquel (Pause Nature). Pour saisir toute la sensibilité de l’invitée et le ton de cet échange d’une heure, l’écoute apporte bien plus que ce résumé ne peut en restituer.
Foire aux questions
Comment débuter en photographie animalière en montagne ?
Pour débuter en photographie animalière en montagne, Sandra-Bérénice Michel conseille de viser le chevreuil en affût, jamais en hiver mais au printemps ou en été, en respectant toutes les règles de base (vent, distance, discrétion). Il faut d’abord se former à la technique et bien connaître la faune avant d’aller sur le terrain.
Quelle est la principale différence entre la photo de plaine et la photo de montagne ?
La principale différence tient au terrain et donc au physique. N’importe qui peut photographier en plaine, mais la montagne exige beaucoup plus de rigueur et d’entraînement à cause du dénivelé, du poids du matériel et des kilomètres. Le relief offre toutefois de réelles facilités d’approche absentes en plaine.
Quelle espèce photographier quand on débute la photo animalière en montagne ?
Le chevreuil est l’espèce recommandée par Sandra-Bérénice Michel pour débuter, photographié en affût hors période hivernale. C’est une espèce abordable où d’éventuelles petites erreurs de débutant restent peu lourdes de conséquences, à condition de respecter le vent et la distance d’approche.
Faut-il consulter la météo avant une sortie photo en montagne ?
Consulter la météo avant une sortie photo en montagne est impératif. L’orage est particulièrement dangereux : un impact de foudre arrive très vite et peut causer de graves séquelles même à quelques mètres. Il faut aussi vérifier les risques d’avalanche en hiver et partir uniquement par conditions sûres.
Que doit contenir le sac d’un photographe animalier en montagne ?
Le sac doit contenir deux litres d’eau, un téléphone chargé, une trousse de secours complète avec couverture de survie, de l’alimentation, une lampe frontale, une doudoune et une carte mentionnant le groupe sanguin. Côté photo : trépied, boîtiers, objectifs (grand-angle, macro, téléobjectif), filtres et accessoires.
Comment l’éthique guide-t-elle la photographie animalière selon Sandra-Bérénice Michel ?
L’éthique impose de ne jamais déranger la faune : éviter l’hiver, période où les animaux épuisent leurs réserves, ne pas photographier au terrier qui peut faire fuir ou abandonner une portée, et respecter chaque espèce. Sandra-Bérénice Michel refuse d’ailleurs d’emmener des débutants en affût animalier pour cette raison.
Pourquoi ne pas photographier les animaux au terrier ?
Photographier au terrier, comme pour les renardeaux, est fortement déconseillé car cela peut déranger la mère au point qu’elle déplace ses petits dans un autre terrier, voire les abandonne par stress. Sandra-Bérénice Michel recommande de poser des questions aux photographes expérimentés avant de tenter ce type d’image.
Qu’est-ce que la polémique Romain Doucelin dans la photo animalière ?
En novembre 2018, le photographe Romain Doucelin a été accusé d’avoir congelé des souris mortes pour les mettre en scène dans des positions non naturelles. Cette pratique, dénoncée sur les réseaux sociaux, illustre selon Sandra-Bérénice Michel la dérive d’une recherche de likes au détriment du respect du vivant.
Les chiffres de l’épisode
- 55ᵉ épisode du podcast Interview de Photographe Nature
- Enfance africaine jusqu’à 6 ans, puis 2 mois par an jusqu’à 14 ans
- Stages collectifs limités à 5 stagiaires sur 7 heures
- Une mésange fait 250 à 500 allers-retours par jour pour nourrir sa progéniture
- Abonnés Instagram à environ 70 % d’hommes
- Chevreuil observable jusqu’à 2 000 mètres d’altitude l’été
- Boîtiers utilisés : Nikon D500 et D850
- Sac terrain : 2 litres d’eau minimum
Références
- Sandra-Bérénice Michel (Atmosphère Sauvage)
- Régis Moscardini (Auxois Nature)
- Nikon (D500, D850)
- Marie Wild
- Nicolas Hulot (Ushuaïa Nature)
- Erwan Balança
- Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
- LPO (Ligue de Protection des Oiseaux)
- Romain Doucelin
- Adrien Coquel (Pause Nature)
- Fabien Gréban