Photographe animalier en affût pratiquant la photographie animalière à l'affût face à la faune sauvage
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Interview du photographe Julien Séré

Affûts aux cervidés, voyages nature et Drinking Station : la méthode du photographe animalier Julien Séré

Comment approcher des animaux aussi farouches que le cerf ou le chevreuil sans les faire fuir ? Le photographe animalier Julien Séré livre sa méthode entière fondée sur la photographie animalière à l’affût : repérage naturaliste, connaissance du vivant, confort de l’affût et patience. Il raconte aussi ses voyages en Norvège et en Hongrie, et sa Drinking Station.

Affûts aux cervidés, voyages nature et Drinking Station : la méthode du photographe animalier Julien Séré

Né en 1984, Julien Séré incarne une trajectoire singulière : la nature avant la photo. Titulaire d’une formation de gestion de la faune sauvage (BTA), il observe d’abord les animaux à la jumelle, par pure passion naturaliste. C’est presque par hasard qu’il prend l’appareil, au départ pour prouver à ses proches la réalité de ses observations, puis pour ramener des souvenirs de ses sorties. De fil en aiguille, l’exigence monte : on soigne le cadrage, on cherche la qualité, et la photographie animalière devient l’une de ses principales activités depuis 2008. Son atout maître, répète-t-il, n’est pas le matériel mais le bagage naturaliste — connaître la biologie des espèces pour savoir où et comment les rencontrer.

Ce point est central dans tout l’entretien : sans connaissance du vivant, pas de photo. Celui qui veut photographier le chevreuil sans se renseigner un minimum sur sa biologie ne le rencontrera, dit-il, que par grand coup de chance.

L’affût, et seulement l’affût

Julien Séré le tranche d’emblée : il ne pratique jamais l’approche, uniquement l’affût. Pour lui, l’être humain, debout sur ses deux jambes, est trop peu discret et trop peu souple pour s’approcher d’animaux farouches sans se faire repérer, surtout en forêt où une branche ou une feuille finit toujours par trahir le photographe. L’approche peut marcher, mais les chances d’échec sont trop importantes. À l’inverse, en identifiant les passages obligés des animaux et en s’y postant, on multiplie mécaniquement les contacts. Réussir un affût suppose quelques règles : tenir compte du sens du vent et être bien camouflé naturellement, pour mettre toutes les chances de son côté.

Il insiste aussi sur un détail souvent négligé : le confort de l’affût. Un photographe mal installé gigote, fait du bruit, et rate l’animal au pire moment. S’asseoir sur un caillou ne tient pas plus de quelques minutes avant les fourmis dans les jambes. Soigner son installation, quitte à passer plus de temps à la préparer, permet d’attendre longtemps dans le silence — un facteur direct de réussite.

Le bœuf musqué en Norvège, animal d’outre-temps

Julien Séré raconte deux voyages marquants. Le premier, en Norvège, dans le parc national du Dovre au nord d’Oslo, accompagné du photographe Christophe Doucet, à la rencontre du bœuf musqué — un animal rendu célèbre par les images de Vincent Munier. Il décrit une rencontre « d’outre-temps », l’impression d’être face à un animal préhistorique au long pelage retombant comme une cape. Le groupe a vu les animaux quasiment tous les jours, ce qui n’a pas été le cas de tous les visiteurs. Il y était début septembre, en fin de rut, et compte bien y retourner en hiver pour les photographier sous la neige. Surprise pour ce naturaliste à l’œil affûté : il a eu du mal à repérer les bêtes, contrairement au guide. Sur place, il faut aussi rester prudent face à des mâles de plusieurs centaines de kilos qui chargent en période de rut, leurs combats tête baissée produisant un fracas violent.

La Hongrie chez Bence Máté et la Drinking Station

Le second séjour s’est déroulé en Hongrie, chez le photographe Bence Máté, plusieurs fois primé, réputé pour ses affûts d’un grand confort où l’on peut rester 10 à 15 heures d’affilée. Julien Séré y a découvert une technique qui l’a aussitôt convaincu : la Drinking Station, une plateforme d’eau peu profonde (20 à 30 cm suffisent) où les oiseaux viennent naturellement boire et se rafraîchir. Le procédé est, selon lui, à la portée de tous et reproductible en France — rien n’oblige à être hongrois pour l’installer. À son retour, il a justement construit sa propre Drinking Station avec des collègues, ce qui fait de lui l’un des rares photographes nature en France à en posséder une.

Chez Bence Máté, il a aussi vu l’usage de miroirs pour ramener de la lumière dans l’affût et créer un contre-jour artificiel, comme en studio mais en milieu naturel, le tout contrôlé à distance. Côté préparation, son conseil est clair : maîtriser le mode d’emploi de son boîtier pour ne pas rater les premières images — lui a jeté toutes celles de son premier affût — et savoir gérer contre-jours et lumières fortes lors d’affûts continus du lever au coucher du soleil. Le séjour, ouvert à tous niveaux, coûtait environ 250 euros par jour, l’anglais servant de langue commune.

Conseils de terrain pour débutants

Interrogé par des lecteurs, Julien Séré livre des méthodes concrètes. Pour les oiseaux en vol au téléobjectif : repérer d’abord le sujet à l’œil nu, orienter l’objectif à la main dans sa direction, puis seulement porter l’œil au viseur. Pour les passages répétés (comme le martin-pêcheur le long d’un cours d’eau), il débraye l’objectif en mise au point manuelle, fixe le point de passage, ferme suffisamment le diaphragme et déclenche en rafale, parfois à la télécommande. Pour trouver les bons spots, il décrit une méthode en trois temps : sortir en balade avec une simple paire de jumelles pour repérer les sorties d’animaux, poser un premier affût à distance pour observer les allées et venues, puis rapprocher progressivement l’affût. Certains lieux, comme une prairie fraîchement fauchée, sont des points de passage quasi assurés pour le renard, le lièvre ou le chevreuil. Sur le matériel, il évoque son Canon 500 mm, acheté au Luxembourg à un prix très compétitif pour cette qualité optique. L’écoute de l’épisode complète ces conseils par le ton vivant et les anecdotes de terrain du photographe.

Foire aux questions

Pourquoi Julien Séré privilégie-t-il l’affût plutôt que l’approche en photographie animalière ?

Julien Séré privilégie l’affût parce que l’être humain, debout sur ses deux jambes, est trop peu discret et trop peu souple pour approcher des animaux farouches sans se faire repérer, surtout en forêt où branches et feuilles trahissent vite le photographe. En se postant sur les passages obligés des animaux, il multiplie les chances de contact.

Quelle est la formation initiale de Julien Séré et en quoi l’aide-t-elle ?

Julien Séré a suivi une formation de gestion de la faune sauvage (BTA). Ce bagage naturaliste est, selon lui, son atout principal : il donne les clés sur la biologie des espèces et la façon de les rencontrer. Tout photographe animalier doit acquérir ces connaissances, à l’école ou par la lecture, sous peine de ne croiser les animaux que par chance.

Qu’est-ce qu’une Drinking Station en photographie animalière ?

Une Drinking Station est une plateforme d’eau peu profonde, de 20 à 30 cm, où les oiseaux viennent naturellement boire et se rafraîchir, ce qui permet de les photographier depuis un affût. Découverte par Julien Séré chez le photographe hongrois Bence Máté, cette technique est à la portée de tous et reproductible en France.

Comment réussir une photo d’oiseau en vol au téléobjectif selon Julien Séré ?

Pour photographier un oiseau en vol, Julien Séré conseille de repérer d’abord le sujet à l’œil nu, d’orienter l’objectif à la main dans sa direction, puis seulement de porter l’œil au viseur. Pour les passages répétés, il débraye en mise au point manuelle, fixe le point de passage et déclenche en rafale.

Comment trouver les bons endroits pour photographier la faune sauvage ?

Julien Séré recommande une méthode en trois étapes : sortir en balade avec une simple paire de jumelles pour repérer les sorties d’animaux, poser un premier affût à distance afin d’observer les allées et venues, puis rapprocher progressivement l’affût. Une prairie fraîchement fauchée est un point de passage quasi assuré.

Pourquoi le confort de l’affût est-il important en photographie animalière ?

Le confort de l’affût est essentiel car un photographe mal installé finit par gigoter et faire du bruit, ruinant l’attente au moment où l’animal arrive. S’asseoir sur un caillou ne tient pas plus de quelques minutes. Soigner son installation permet d’attendre longtemps dans le silence, condition directe de réussite.

Combien coûte un séjour photo chez Bence Máté en Hongrie ?

D’après Julien Séré, un séjour chez le photographe hongrois Bence Máté coûtait environ 250 euros par jour. Le séjour est ouvert à tous, y compris aux novices, et la maîtrise de l’anglais est utile pour communiquer, le hongrois étant la langue du pays.

Les chiffres de l’épisode

  • 1984 : année de naissance de Julien Séré, à Chaumont.
  • 2008 : début de sa pratique de la photographie au réflexe.
  • 10 à 15 heures : durée passée dans les affûts de Bence Máté en Hongrie.
  • 20 à 30 cm : profondeur d’eau suffisante pour une Drinking Station.
  • 250 euros par jour : tarif approximatif d’un séjour chez Bence Máté.
  • 500 mm : focale de son téléobjectif Canon, acheté au Luxembourg.

Références

  • Julien Séré
  • Christophe Doucet
  • Vincent Munier
  • Bence Máté
  • Parc national du Dovre (Norvège)
  • Canon
  • Nikon
  • Sigma 120-300 mm f/2.8

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