035 – Développer un style photographique bien à soi – Pauline Petit
Pauline Petit : portraits graphiques en noir et blanc et la recette pour trouver son propre style photographique
Comment trouver son style photographique ? La photographe Pauline Petit livre une réponse désarmante : faire des photos pour soi, sans contrainte ni attente. Ses portraits graphiques en noir et blanc, nés en 2019, racontent une réinvention artistique guidée par l’instinct, où l’esthétique prime sur le message.
Pauline Petit : portraits graphiques en noir et blanc et la recette pour trouver son propre style photographique
Pauline Petit a commencé la photographie en 2004, d’abord comme photographe sociale et de mariage. Depuis trois ans, elle a réorienté son entreprise sur deux axes : la formation à la photographie et son travail d’artiste photographe personnel, fait de portraits graphiques en noir et blanc. Cet épisode part de ce travail singulier — il faut l’avoir vu pour comprendre l’entretien — pour remonter jusqu’à une question que se posent beaucoup de photographes : comment développer un univers reconnaissable entre tous.
Elle assume un mot que la plupart des photographes esquivent : artiste. Là où d’autres se disent « auteurs photographes », elle revendique le terme parce que tout chez elle est création. Elle confectionne ses accessoires, réalise ses maquillages, compose une œuvre sur chaque visage. « Je n’écris pas, je crée », résume-t-elle. Son inspiration vient de partout sauf de la seule photographie : une lumière de fin de journée, une émotion dans une conversation, des codes de l’illustration jeunesse hérités de son passé d’autrice de livres pour enfants.
Un style qui lui est tombé dessus
Pauline Petit a lancé son travail personnel en janvier 2019 et a été repérée pour sa première grande exposition quatre mois plus tard, alors qu’elle n’avait réalisé qu’une dizaine de photos. Détail révélateur : elle n’avait jamais vraiment photographié en noir et blanc auparavant, étant une amoureuse de la couleur. Elle ignore encore pourquoi elle a choisi le noir et blanc — un choix qui « lui est tombé dessus ». Cette absence de calcul est au cœur de son message : c’est en faisant des photos uniquement pour soi, sans répondre à une demande, qu’on devient unique.
La fabrication de ses images surprend par sa simplicité. La préparation est longue — définition du concept, recherche ou confection d’accessoires, maquillage —, mais la prise de vue elle-même est « quasiment insignifiante » : 15 à 20 déclenchements en trois ou quatre minutes. Reine du système D, elle fabrique des yeux avec des balles de ping-pong, une couronne avec des boules de Noël. Le geste photographique compte peu ; c’est la retouche qui pèse, jusqu’à une dizaine d’heures sur une seule image récente, pour sublimer chaque pixel sans aucun montage.
Collectionneuse d’hommes : un ras-le-bol transformé en série
La série Collectionneuse d’hommes est plus dense que ses premiers portraits. Elle est née d’un ras-le-bol : celui d’être une femme dans le monde de la photographie, où Pauline Petit reçoit des commentaires comme « ton travail est très original pour une femme » et où on ne la prend pas au sérieux, y compris comme jury de concours. Sa réponse : prendre le contre-pied du cliché du photographe homme qui photographie des femmes, en devenant une femme qui photographie les hommes en leur appliquant les codes de retouche habituellement réservés aux femmes.
Mais la série dépasse la revendication. C’est aussi un travail sur la collection — elle photographie comme elle collectionne — et un inventaire des représentations possibles des hommes : uniformes, morphologies, coiffures. Loin d’être une attaque, c’est presque un message d’amour, porté avec humour. Pauline Petit assume une dénonciation subtile plutôt que frontale, convaincue qu’on ne convainc pas les gens en leur criant dessus. Au moment de l’enregistrement, elle a réalisé 25 portraits de cette série, dont six seulement publiés.
Formation, business et photos qui voyagent seules
Son entreprise, créée en 2007, se divise en deux : Pauline la formatrice et Pauline l’artiste, avec deux communications distinctes. Sa source de revenus principale reste la formation : elle accompagne une centaine de personnes vers la photographie de portrait jusqu’à la professionnalisation, forte d’un passé de photographe sociale (120 mariages, plus de 300 photos de famille). Il lui a fallu cinq à six ans pour vivre correctement de son activité, en constante progression sauf l’année du Covid.
Ses photos artistiques, elles, « vivent leur vie toutes seules ». Repérée par le magazine américain Photographize (suivi par deux millions de personnes) sans même en être informée, elle a ensuite été publiée en Chine dans le magazine Photoman, diffusé à 350 000 exemplaires — un message qu’elle a d’abord pris pour une arnaque. Paradoxe révélateur : aucun magazine français, hormis Open Eye, ne lui a répondu, signe que son style trouve un public plus naturel à l’étranger. Elle prépare un livre par série, dès qu’elle aura réuni les 40 à 50 visuels nécessaires.
L’épisode aborde aussi le moment le plus dur de son parcours : un burn-out en 2013, déclenché par le cumul de son entreprise et d’un emploi salarié, qui lui a provoqué des troubles paniques. Elle a tenu grâce à un ami photographe qui l’a accompagnée sur ses premiers mariages. Pour saisir la voix, l’humour et les anecdotes de Pauline Petit, l’écoute apporte ce que le texte ne peut transmettre.
Foire aux questions
Comment trouver son style photographique selon Pauline Petit ?
Pauline Petit estime qu’on trouve son style photographique en faisant des photos pour soi, sans contrainte ni attente client. Selon elle, beaucoup cherchent leur style sans déclencher : regarder des vidéos ou écouter des podcasts ne remplace pas la pratique. Il faut sortir et photographier ce qui plaît vraiment.
Pourquoi Pauline Petit se dit-elle artiste plutôt qu’auteure photographe ?
Pauline Petit se revendique artiste parce que tout dans ses portraits relève de la création : elle confectionne ses accessoires, réalise ses maquillages et compose une œuvre sur chaque visage. Le terme « auteur » suppose un message narratif, alors que chez elle l’esthétique prime. « Je n’écris pas, je crée », résume-t-elle.
Que raconte la série Collectionneuse d’hommes de Pauline Petit ?
La série Collectionneuse d’hommes est née du ras-le-bol d’être une femme dans le milieu photographique. Pauline Petit inverse le cliché du photographe homme photographiant des femmes : elle photographie des hommes en leur appliquant les codes de retouche féminins. La série inventorie aussi, avec humour, les représentations masculines.
Combien de temps Pauline Petit passe-t-elle sur la retouche d’une photo ?
Pauline Petit passe jusqu’à une dizaine d’heures de retouche sur ses images les plus récentes. Comme elle ne fait aucun montage et compose tout à la prise de vue, la retouche sert à sublimer le maquillage, les accessoires et chaque pixel pour atteindre un résultat extrêmement précis.
Comment Pauline Petit a-t-elle été publiée à l’international ?
Pauline Petit a été repérée à l’international sans démarche de sa part. Le magazine américain Photographize, suivi par deux millions de personnes, a publié ses photos récupérées sur Instagram sans la prévenir. Le magazine chinois Photoman, diffusé à 350 000 exemplaires, l’a ensuite contactée après l’avoir vue dans Photographize.
Quelle est la source de revenus principale de Pauline Petit ?
La source de revenus principale de Pauline Petit est la formation. Elle accompagne une centaine de personnes vers l’apprentissage de la photographie de portrait jusqu’à la professionnalisation, en s’appuyant sur son expérience de photographe sociale : 120 mariages et plus de 300 photos de famille réalisés au fil des ans.
Comment Pauline Petit a-t-elle surmonté son burn-out de 2013 ?
Pauline Petit a surmonté le burn-out de 2013 — déclenché par le cumul de son entreprise et d’un emploi salarié, avec troubles paniques à la clé — en faisant appel à un ami photographe. Il l’a accompagnée sur ses premiers mariages le temps que les traitements agissent et qu’elle retrouve confiance.
Les chiffres de l’épisode
- 2004 : Pauline Petit commence la photographie
- Janvier 2019 : lancement de son travail personnel de portraits graphiques
- 4 mois après ses débuts artistiques : première grande exposition, après seulement une dizaine de photos
- 10 heures de retouche jusqu’à sur une image récente
- 15 à 20 déclenchements par séance, en 3 à 4 minutes
- 25 portraits réalisés pour la série Collectionneuse d’hommes, dont 6 publiés
- 350 000 exemplaires de diffusion du magazine chinois Photoman
- 2 millions d’abonnés Facebook pour le magazine américain Photographize
- 120 mariages et plus de 300 photos de famille réalisés comme photographe sociale
- 5 à 6 ans avant de gagner un salaire confortable de son activité (entreprise créée en 2007)
Références
- Pauline Petit
- Nikos Aliagas
- Henri Cartier-Bresson
- Vincennes Images Festival
- Magazine Photographize
- Magazine Photoman
- Magazine Open Eye