6 – Le féminisme – LaPartDesFemmes
Le collectif La Part des Femmes et le combat féministe dans le milieu de la photographie et de l’art
Cet épisode explore le féminisme dans la photographie et l’art contemporain à travers le collectif La Part des Femmes. Comment un mouvement militant se construit-il à partir d’expériences vécues plutôt que d’une doctrine ? Et pourquoi la question du genre a-t-elle tardé à entrer dans le milieu artistique ?
Pourquoi la question du genre est-elle arrivée tardivement dans l’art ?
L’épisode rappelle un paradoxe : le combat féministe a d’abord porté ses fruits dans l’entreprise. C’est là que des chercheuses et sociologues ont travaillé sur les inégalités hommes-femmes, et que des résultats concrets ont été obtenus — sur les écarts de salaire, sur les quotas. L’art, lui, est longtemps resté en dehors de ce débat.
La raison tient à une croyance tenace : l’art se voulant anticonformiste et tourné vers la liberté et la création, on estimait que la question du genre n’avait pas à s’y poser. Le milieu artistique se pensait comme l’inverse de l’entreprise, un autre monde. Ce n’est que depuis quelques années que des sociologues du travail et de l’art se sont penchées sur le genre dans ce champ.
Quelles sont les inspirations théoriques du collectif ?
La parole recueillie distingue deux générations de références. Du côté du féminisme matérialiste, le choc fondateur évoqué est King Kong Théorie de Virginie Despentes. La rencontre avec la chercheuse Odile Fillod, autour d’un projet de clitoris en 3D, a ensuite conduit à découvrir des théoriciennes de la génération précédente : Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig.
S’ajoutent les sociologues et historiennes de l’art et de la photographie, citées comme des figures inspirantes du quotidien : Marie Buscatto, Fabienne Dumont, Pascale Obolo, Mathilde Provansal. L’intervenante décrit ce réseau comme un maillage : le collectif agit, dans une posture activiste, mais cette action est nourrie par celles et ceux qui réfléchissent, théorisent et écrivent l’histoire.
Comment La Part des Femmes définit-elle son féminisme ?
Le collectif assume de ne se rattacher à aucune école du féminisme. Il existe bien un bagage théorique partagé, complété par des lectures sur les études postcoloniales, mais ce qui rassemble le groupe est ailleurs : parler des expériences vécues et savoir se situer dans le milieu professionnel.
Les membres ne forment pas une « bande de copines » : elles occupent des positions différentes dans la société et portent, pour certaines, des engagements féministes en dehors du collectif. Ce qui fait l’unité, c’est de réfléchir à partir de ce que l’on vit, éprouve et expérimente — pas d’une consigne venue d’en haut. C’est, dit l’intervenante, ce qu’est un groupe militant : ça parle de nos vies.
Quel rôle joue la représentation des femmes dans la pratique personnelle ?
L’échange se termine sur une prise de conscience par l’expérience. À l’occasion d’un numéro consacré à la représentation des femmes dans l’art, l’une des intervenantes a réalisé que près des deux tiers des livres de sa bibliothèque, en littérature comme en photographie, étaient signés par des femmes — sans qu’elle l’ait jamais décidé consciemment.
Cette accumulation s’expliquait par un constat : les expositions de femmes étaient alors moins nombreuses, donc le monde qui l’intéressait était moins accessible. Son attrait pour des regards moins représentés, pour appréhender le monde autrement, l’a conduite à acheter ces ouvrages presque par nécessité. L’écoute de l’épisode restitue toute la nuance de ce cheminement intime.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le collectif La Part des Femmes ?
La Part des Femmes est un collectif ouvertement féministe et activiste qui agit sur la place des femmes dans le milieu de la photographie et de l’art. Ses membres, à des positions différentes dans la société, ne se rattachent à aucune école du féminisme mais partagent un combat fondé sur leurs expériences professionnelles vécues.
Pourquoi le féminisme est-il arrivé tardivement dans le milieu de l’art ?
Parce que l’art se pensait comme anticonformiste, voué à la liberté et à la création, on estimait que la question du genre n’avait pas à s’y poser. Le combat féministe a d’abord progressé dans l’entreprise, sur les salaires et les quotas, tandis que le milieu artistique restait longtemps en dehors de ce débat.
Quelles théoriciennes féministes inspirent le collectif ?
Les références citées relèvent du féminisme matérialiste : Virginie Despentes et sa King Kong Théorie comme choc fondateur, puis Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Monique Wittig. S’y ajoutent sociologues et historiennes de l’art telles que Marie Buscatto, Fabienne Dumont, Pascale Obolo et Mathilde Provansal.
Qu’est-ce que le féminisme matérialiste ?
Dans l’épisode, le féminisme matérialiste désigne le courant porté par des théoriciennes comme Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Monique Wittig, découvert via la chercheuse Odile Fillod. Il a fortement influencé la pensée de l’intervenante, aux côtés de lectures sur les études postcoloniales nourrissant son analyse du milieu artistique.
Les femmes sont-elles sous-représentées dans les expositions photographiques ?
L’épisode témoigne qu’à l’époque, les expositions consacrées à des femmes étaient nettement moins nombreuses. Une intervenante raconte avoir constitué une bibliothèque composée aux deux tiers d’ouvrages de femmes, presque par nécessité, le monde artistique qui l’intéressait étant moins accessible et ces regards moins représentés.
Comment se construit la pensée militante de La Part des Femmes ?
Elle ne descend pas d’une doctrine imposée d’en haut. Le collectif réfléchit à partir du vécu, de ce que ses membres éprouvent et expérimentent dans le milieu professionnel. Cette parole activiste s’appuie sur un maillage avec les théoriciennes et historiennes qui pensent et écrivent l’histoire de l’art.