Olivier Culmann, commissaire de l'exposition de selfies au festival Portrait(s) de Vichy
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Festival Portrait(s) de Vichy : Rencontre avec Olivier Culmann, Selfies

Olivier Culmann décrypte « selfies, égaux / égos » au festival Portrait(s) de Vichy

Pour la 7ᵉ édition du festival Portrait(s) de Vichy, le photographe Olivier Culmann, membre du collectif Tendance Floue, signe une exposition de selfies pas comme les autres. Au micro de Pascal Therme, il explique comment ce projet de curation révèle les mécanismes sociaux, politiques et parfois mortels de cette image-message qui a envahi notre quotidien.

Olivier Culmann décrypte « selfies, égaux / égos » au festival Portrait(s) de Vichy

L’exposition naît d’une proposition de Fany Dupêchez, directrice artistique du festival, qui connaissait une série réalisée par Culmann à Séoul en 2014. À l’époque, le photographe s’était pris au jeu de la perche à selfie alors en pleine explosion en Corée du Sud, visitant la ville selon un mode inversé où « l’appareil photo s’est retourné des autres vers soi-même ». En novembre dernier, Fany Dupêchez lui confie le commissariat sur le thème du selfie.

Culmann pose d’emblée un parti pris fort : ne pas faire une exposition sur le selfie, mais une exposition de selfies. Là où d’autres montrent des photographies de gens en train de se prendre en photo, lui ne présente que les selfies eux-mêmes.

Une recherche méthodique sur les réseaux sociaux

Assisté de Jeanne Viguier, le commissaire a mené une recherche conséquente sur Internet et les réseaux sociaux pour identifier des pratiques, des plus évidentes aux plus marginales. Le résultat se déploie en 22 chapitres qui rangent autant d’attitudes face au selfie. L’exposition s’ouvre en se débarrassant des selfies les plus classiques : la tour Eiffel, monument au monde le plus photographié en selfie, et la Joconde, devant laquelle les visiteurs n’ont en moyenne que 15 secondes pour voir l’œuvre — temps qu’ils consacrent en partie à se photographier. Culmann resserre alors sur les femmes seules devant la Joconde, clin d’œil au portrait d’une femme seule peint il y a plusieurs siècles.

Le selfie comme message adressé à l’autre

La clé de lecture de Culmann tient en une nuance avec l’autoportrait classique : le selfie est un autoportrait destiné à être transmis. C’est un moyen de communication, comme un texto ou une lettre qu’on envoie pour recevoir une réponse. On fait un selfie pour l’adresser à d’autres et obtenir un retour. Cette logique explique la diversité des registres : l’humour, qui vise le partage le plus large, comme dans les détournements du fameux selfie de campagne de Macron, à ce point viral qu’un site permet de télécharger sa silhouette détourée pour la coller sur n’importe quelle image.

Du jeu absurde à l’arme politique

L’exposition oscille entre déconnade et engagement. La série Olympics, née d’un homme accroché par ses vêtements à la porte de sa salle de bain, déclenche une réaction en chaîne de mises en scène délirantes face au miroir. À l’opposé, la série Poubellas, réalisée en Tunisie, est ouvertement politique : des habitants se photographient devant des tas de poubelles et envoient ces images aux responsables de la ville comme preuve, à l’instant T, de promesses de propreté non tenues. Une jeune Hollandaise, elle, a fait un selfie au visage de pierre avec chaque homme l’ayant draguée lourdement dans la rue — 24 selfies en un mois — avant d’inviter d’autres femmes à reproduire le geste sous un hashtag commun.

One Finger Challenge et selfies mortels

Deux séries frappent particulièrement. Le One Finger Challenge répond à la pudibonderie des réseaux sociaux américains, où téton et pubis sont interdits : face à un miroir, l’index tendu cache le sein, et son reflet le pubis. Un seul doigt masque ainsi les deux zones censurées — parfois le majeur, façon de dire « je vous emmerde » tout en restant dans les clous. L’autre série rassemble une vingtaine de cas de personnes mortes en faisant un selfie, répertoriés sur une page Wikipédia, phénomène pris au sérieux notamment en Inde et en Russie : chutes de falaise, trains percutés, accidents d’arme à feu, attaques d’animaux sauvages. Des morts absurdes pour une image.

Quand le selfie devient un métier

Culmann clôt sur les roofers, ces jeunes, souvent russes, qui grimpent illégalement au sommet de buildings en construction pour se photographier à 400 mètres de haut. Leurs selfies, spectaculaires et travaillés, sont parfois sponsorisés et leur rapportent de l’argent. Une polémique a éclaté après la mort d’un jeune homme tombé en réalisant un tel cliché, payé environ 13 000 euros par une marque restée anonyme. Pour le commissaire, le selfie n’est pas vraiment une photographie : c’est une image-instant destinée à quelqu’un, qui n’a pas la nécessité d’esthétisme du travail photographique. L’écoute de l’entretien complet permet de saisir tout le relief de cette analyse, série par série.

Foire aux questions

Qui est le commissaire de l’exposition de selfies du festival Portrait(s) de Vichy ?

Le commissaire de l’exposition « selfies, égaux / égos » est Olivier Culmann, photographe membre du collectif Tendance Floue. La curation lui a été confiée par Fany Dupêchez, directrice artistique du festival Portrait(s) de Vichy, pour sa 7ᵉ édition.

Quelle est la différence entre une exposition « sur » le selfie et une exposition « de » selfies ?

Une exposition de selfies, choix d’Olivier Culmann, ne montre que les selfies eux-mêmes, tels qu’ils circulent sur les réseaux. Une exposition sur le selfie présenterait plutôt des photographies de gens en train de se prendre en photo, vus de loin. Culmann a écarté cette seconde approche.

Pourquoi Olivier Culmann considère-t-il que le selfie n’est pas vraiment une photographie ?

Pour Olivier Culmann, le selfie est avant tout un message : un autoportrait destiné à être transmis à autrui pour obtenir un retour, comme un texto. Il n’a pas la nécessité de composition, d’esthétique et de propos qui définit un véritable travail photographique. C’est une image-instant adressée à quelqu’un.

Qu’est-ce que le One Finger Challenge dans l’exposition selfies de Vichy ?

Le One Finger Challenge est une série où des femmes se photographient nues face à un miroir : l’index tendu cache le sein, et son reflet dans le miroir masque le pubis. Avec un seul doigt, elles dissimulent les deux zones interdites par les réseaux sociaux, contournant ainsi la censure tout en s’y conformant.

Que dit l’exposition sur les morts liées aux selfies ?

L’exposition consacre une série à une vingtaine de cas de personnes décédées en faisant un selfie, répertoriés sur Wikipédia. Le phénomène est pris au sérieux notamment en Inde et en Russie : chutes de falaise, trains, armes à feu ou animaux sauvages. Culmann y voit des morts absurdes prises pour une simple image.

Qui sont les roofers évoqués par Olivier Culmann ?

Les roofers sont des personnes, souvent de jeunes Russes, qui escaladent illégalement des buildings en construction pour se photographier à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Leurs selfies spectaculaires sont parfois sponsorisés et rémunérés, une pratique qui a provoqué des polémiques après des accidents mortels.

Les chiffres de l’épisode

  • 7ᵉ édition du festival Portrait(s) de Vichy
  • 22 chapitres structurant l’exposition de selfies
  • 15 secondes de temps moyen pour voir la Joconde au Louvre
  • 24 selfies réalisés en un mois par une jeune Hollandaise face à ses dragueurs
  • série Séoul réalisée en 2014
  • roofers se photographiant jusqu’à 400 mètres de hauteur
  • 13 000 euros proposés à un roofer mort en réalisant un selfie

Références

  • Olivier Culmann
  • Tendance Floue
  • Fany Dupêchez
  • Festival Portrait(s) de Vichy
  • Jeanne Viguier
  • Pascal Therme
  • Emmanuel Macron
  • La Joconde
  • Tour Eiffel
  • Wikipédia

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