Mise en scène colorée de cosmétiques par une photographe de produit créative, jeu d'ombres et de couleurs ton sur ton en studio
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076 – Même si le projet n’est pas toujours sexy, c’est à nous de le sublimer – Camille Goter/Noushka Studio

Camille Goter (Noushka Studio) : le métier de photographe still life, du mood board à la vente

Et si la photographie de produit n’était pas qu’une histoire de fond blanc ? Camille Goter, alias Noushka Studio, raconte son métier de photographe de produit créative spécialisée en cosmétiques : penser une image comme une toile à peindre, du mood board aux jeux d’ombres, jusqu’à la vente. Une plongée dans le still life, à l’opposé du packshot.

Camille Goter (Noushka Studio) : le métier de photographe still life, du mood board à la vente

L’épisode démarre sur un malentendu assumé. En recevant le mail de Camille Goter se présentant comme photographe produit, l’animateur a d’abord tiqué : ce terme évoque pour lui les chaussures et lunettes posées sur fond blanc, un exercice purement technique qu’il a lui-même détesté à ses débuts. C’est en découvrant le portfolio coloré et graphique de l’invitée qu’il change d’avis. Toute la conversation joue sur cette bascule : le bon mot change tout. Camille préfère d’ailleurs parler de still life ou de photographie créative, bien plus engageant que « photographe produit ».

Directrice artistique et photographe de 28 ans installée à Paris, originaire de la région nantaise, elle s’est spécialisée dans la photographie de cosmétiques. Son point de départ n’a rien à voir avec ce métier : elle vient de la photographie de mariage, donc de l’instant spontané. Le contraste est total avec sa pratique actuelle.

Une photo pensée comme une toile blanche

Là où beaucoup de photographes déclenchent au feeling, Camille travaille à l’inverse. Une image se réfléchit parfois une semaine à l’avance, via un mood board, et il faut souvent une dizaine de prises avant la bonne. La photo n’est que le dernier geste d’une longue séquence : direction artistique, achats d’accessoires, set design, prise de vue, puis retouche. Elle compare sa démarche à celle d’un peintre face à une toile blanche, qu’elle remplit coup de pinceau après coup de pinceau — décors, ombres, jeux de lumière.

Être créatif, pour elle, c’est aussi regarder les objets autrement : un pot à crayon retourné devient un piédestal, un miroir sert à renvoyer de la lumière sur le produit. L’image du chef qui compose un plat avec ce qu’il trouve dans le frigo revient plusieurs fois. Le bricolage — patafix, fil de pêche, tissus, couettes — fait partie du plaisir manuel du métier.

Couleurs ton sur ton, ombres et retouche lourde

Son univers est très coloré et graphique. Plutôt que de chercher le contraste, elle joue le ton sur ton : un produit rose sur un fond rose, des rappels de couleur par une fleur ou un tissu. Comme on ne trouve pas tous les fonds dans toutes les nuances, une grande partie du travail consiste à ajuster les couleurs en post-production sur Capture One, Lightroom ou Photoshop. Le relief, perdu faute de contraste, se regagne par les ombres, l’eau, la matière et le mouvement. Le choix entre ombre dure (lumière de soleil) et ombre douce (effet nuages, soft box) dépend des valeurs que la marque veut transmettre.

La retouche est bien plus lourde qu’en mariage. Camille passe environ une journée pour retoucher une dizaine d’images finales — à comparer aux milliers de clichés triés par un photographe de mariage. On enlève poussières et défauts en zoomant fortement, on corrige lumières et couleurs, et on assemble parfois deux à quatre images (des bulles soufflées une à une, des fleurs ajoutées dans du vernis qui coule). Son obsession : que la retouche ne se voie pas, ne sombre jamais dans le « fake ».

Vendre plus que photographier

Le cœur du discours bascule vers le commercial. Camille assume une phrase forte tirée de son site : « l’aspect technique est important, mais l’aspect commercial est essentiel ». Une marque peut très bien vendre avec une image médiocre, juste grâce au marketing. L’artiste est rarement un bon vendeur par défaut, mais la vente s’apprend : elle dit avoir appris à « vendre sans vendre », à faire venir les clients plutôt que de prospecter. Choisir sa niche et son positionnement est décisif, car c’est par la spécialisation que les clients reconnaissent et viennent chercher un photographe.

Elle revient aussi sur le moment qu’elle a vécu comme son plus grand échec : la fin d’un contrat récurrent avec une marque de cosmétiques, jugée pas assez « quali ». La leçon en deux points : elle n’était pas assez rémunérée pour le temps passé, donc elle ne consacrait pas assez de soin à la retouche, et elle manquait de matériel — notamment de lumière, faute de budget pour investir. Un cercle qu’elle a fini par briser. Aujourd’hui, elle cumule shootings de marques et sa formation Creative Studio Academy, dont la moitié porte justement sur le commercial. On y croise aussi un message universel pour tout photographe indépendant : éduquer ses clients sur le temps réel d’un travail et savoir refuser un projet sous-budgété. Pour la mécanique précise des montages « trop parfaits » et les anecdotes de tournage, l’écoute de l’épisode vaut le détour.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre la photographie de produit packshot et le still life créatif ?

Le packshot est une photo simple et purement technique, souvent sur fond blanc, voire automatisée par des machines à plateau rotatif, sans réelle créativité. Le still life ou photographie de produit créative consiste à mettre en scène le produit dans un univers cohérent avec la marque, avec décor, jeux de lumière, couleurs et direction artistique.

Comment Camille Goter prépare-t-elle une photo de produit créative ?

Camille Goter pense chaque image en amont, parfois une semaine à l’avance, via un mood board qui sert à lister les accessoires nécessaires le jour du shoot. La prise de vue n’est que le dernier geste d’une longue séquence incluant set design, direction artistique et retouche, et il faut souvent une dizaine d’essais avant la photo retenue.

Quels logiciels utilise une photographe de produit pour la retouche ?

Camille Goter utilise Capture One, qu’elle juge plus complet, pour le développement de chaque image, puis Photoshop pour la retouche détaillée. Le travail consiste à enlever poussières et défauts, corriger lumières et couleurs, harmoniser la série et parfois assembler deux à quatre images en une seule.

Combien de temps faut-il pour retoucher une photo de produit ?

Une photo de produit still life peut demander trois à quatre heures de retouche, et Camille Goter compte environ une journée entière pour finaliser une dizaine d’images. C’est un travail bien plus lourd qu’en photographie de mariage, où l’on trie et retouche des milliers de clichés mais avec moins d’interventions par image.

Peut-on se lancer en photographie de produit avec peu de matériel ?

Oui, on peut débuter en photographie de produit avec peu de matériel et peu de place : Camille Goter travaille dans un studio d’à peine 13 m², dont 7 m² suffisent. Elle conseille de s’équiper au fur et à mesure plutôt que d’investir d’emblée, pour comprendre ses besoins réels et rester au service de la créativité.

Pourquoi l’aspect commercial est-il essentiel pour un photographe ?

L’aspect commercial est essentiel parce qu’une belle image ne sert à rien si l’on ne sait pas la vendre, et qu’une marque peut réussir avec une image médiocre grâce au marketing. Camille Goter rappelle que la vente s’apprend, qu’il faut savoir se rendre visible, choisir sa niche et faire venir les clients à soi.

Comment obtenir une photo de produit avec un alignement parfait ?

Les photos de produits parfaitement alignés ou répétés en diagonale ne sont pas toujours des mises en scène réelles : Camille Goter shoote un ou deux objets, puis les détoure et les duplique sur Photoshop. C’est un travail de montage en post-production qui donne ce rendu nickel impossible à obtenir entièrement à la prise de vue.

Les chiffres de l’épisode

  • 28 ans : l’âge de Camille Goter au moment de l’épisode.
  • 13 m² : la surface de son studio photo, qui est aussi son salon.
  • 7 m² : la place réellement nécessaire pour faire de la photo de produit.
  • 1 journée de travail pour retoucher une dizaine d’images finales.
  • 3 à 4 heures de retouche possibles sur une seule image.
  • Assemblage de 2 à 4 images pour composer certaines photos.
  • 200-300 € : le coût minimal qu’elle estime pour une prestation photo, retouche comprise.

Références

  • Camille Goter / Noushka Studio
  • Steve Jobs
  • Nathalie Sakura (autrice du livre « Éclairer et photographier les objets »)
  • L’Oréal
  • Creative Studio Academy
  • Capture One
  • Lightroom
  • Photoshop
  • Alexis Paoli
  • Squarespace
  • Lucille Bezolin
  • Studio DSTN (Julia et Bernardo)

Le lien de l’épisode

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