MAKING OF – S510 – Au coin du feu avec Laurence Geai
Laurence Geai raconte les coulisses du terrain : se loger, se nourrir et survivre en zone de conflit entre l’Ukraine et la Syrie
Dans ce Making Of, la photojournaliste Laurence Geai raconte les coulisses de son quotidien en zone de guerre : non pas les photos, mais tout ce qui les rend possibles. Se loger, se nourrir, tenir physiquement entre l’Ukraine et la Syrie. Un témoignage concret sur les moments où elle ne déclenche pas.
Laurence Geai raconte les coulisses du terrain : se loger, se nourrir et survivre en zone de conflit entre l’Ukraine et la Syrie
Ce format Making Of, issu de l’épisode S510 « Au coin du feu » diffusé le 17 novembre 2022, prend le contre-pied de l’image. Au lieu de parler matériel ou cadrage, Laurence Geai détaille l’intendance invisible du métier de reporter de guerre : comment on survit, au jour le jour, sur un terrain où les supermarchés et les hôtels sont fermés ou inaccessibles. C’est le hors-champ du photojournalisme, ce qui se passe quand l’appareil reste dans le sac.
Se loger, de l’hôtel ukrainien à la base militaire syrienne
La question du logement varie radicalement selon le terrain. En Ukraine, au moment de l’enregistrement, elle trouve encore des hôtels et peut se loger sans trop de difficulté. En Syrie, c’est une autre histoire : faute d’hôtels, on dort dans des bases militaires, des bâtiments désaffectés ou chez l’habitant. Rien ne se prévoit à l’avance, ni le lieu où l’on dormira, ni les conditions qu’on y trouvera.
L’accès à l’eau et à l’électricité suit la même logique. À Barouch, en Syrie, aux côtés de Patrick Chauvel, l’électricité, le chauffage et la nourriture manquaient. Avec sa collègue, la logistique n’avait pas été anticipée — un constat qu’elle assume sans détour. Résultat : 14 jours sans véritable douche, un record qu’elle raconte avec une fierté ironique. En Ukraine, l’électricité commence à connaître des coupures qui ne feront que s’accentuer, et le Donbass pose en plus des problèmes de chauffage.
Manger en zone de conflit : barres chocolatées, conserves rincées et chips d’un autre âge
L’alimentation est un vrai sujet, au point d’en devenir une obsession. La règle de Laurence Geai : ne prendre aucun risque. Elle évite la viande par crainte de la chaîne du froid, parce que tomber malade sur le terrain est, dit-elle, très dur — ce qui lui est déjà arrivé. Son quotidien tourne autour de la soupe, des pommes de terre, du riz, et surtout des barres de chocolat et des compotes qu’elle emporte de France.
Les anecdotes disent la précarité de cette intendance. En Syrie, faute de mieux, elle achetait des boîtes de conserve pimentées dans un petit point de vente militaire et les rinçait à l’eau pour pouvoir les manger. Dans le Donbass, dans une ville reprise récemment par les Ukrainiens, affamée, elle s’est contentée des chips « d’un goût d’un autre âge » d’une pauvre boutique, et de pain rassis. En Ukraine, le rythme se résumait souvent à deux repas par jour, matin et soir.
Une journée type, entre abris de fortune et editing jusqu’à 3 h du matin
Il n’y a pas de journée type unique, mais deux extrêmes. Dans le Donbass, en arrivant dans la ville de Liman que les Russes tentaient de prendre, un obus tombe à côté : il faut vite trouver un abri. Elle travaille alors dans une cave avec d’autres personnes réfugiées là, raconte leur quotidien, puis ressort dès que les tirs d’artillerie se calment, avant de devoir partir à cause des allers-retours incessants entre les deux camps.
À Kiev, le schéma change : petit-déjeuner tranquille, puis bombardement, et il faut monter chercher ses appareils et se rendre sur le lieu de l’impact. Écouter, regarder, photographier, vite. Vient ensuite le travail le plus lourd : l’envoi des images. Le soir, elle retouche et expédie tard. Elle se décrit comme lente en editing, ralentie par des fichiers volumineux qui chargent longtemps, au point de se coucher à 2 ou 3 h du matin pour reprendre à 7 ou 8 h. Quand elle a des photos à traiter, elle n’est « pas très sociable » ; sinon, elle croise toujours un confrère connu sur le terrain, ce qui reste un des plaisirs du métier. Pour saisir le ton et les détails vécus de ce hors-champ, l’écoute de l’épisode complète utilement ce résumé.
Foire aux questions
Comment une photojournaliste se loge-t-elle en zone de guerre ?
En zone de guerre, le logement dépend entièrement du terrain. En Ukraine, Laurence Geai trouvait encore des hôtels. En Syrie, faute d’hôtels disponibles, elle dormait dans des bases militaires, des bâtiments désaffectés ou chez l’habitant. Rien ne se prévoit à l’avance : ni le lieu, ni le confort.
Comment se nourrir sur un terrain de conflit où tout est fermé ?
Sur un terrain de conflit, Laurence Geai privilégie ce qu’elle emporte de France : barres de chocolat et compotes. Elle évite la viande par crainte de la chaîne du froid et tomber malade. Au quotidien, elle mange soupe, pommes de terre et riz, et parfois des conserves rincées ou du pain rassis faute de mieux.
Pourquoi un photojournaliste évite-t-il de manger de la viande en zone de guerre ?
Un photojournaliste évite la viande en zone de guerre à cause de la chaîne du froid, impossible à garantir. Laurence Geai explique que tomber malade sur le terrain est extrêmement difficile à gérer, lui étant déjà arrivé. Elle préfère donc ne prendre aucun risque alimentaire inutile.
À quoi ressemble une journée type de Laurence Geai sur le terrain ?
Une journée type de Laurence Geai à Kiev commence par un petit-déjeuner, suivi d’un bombardement qui l’envoie sur le lieu de l’impact pour photographier vite. Le soir, elle retouche et envoie les images jusqu’à 2 ou 3 h du matin, avant de reprendre tôt le lendemain.
Pourquoi l’envoi et la retouche des photos prennent-ils autant de temps sur le terrain ?
L’envoi et la retouche prennent du temps car Laurence Geai se décrit comme lente en editing, et parce que les fichiers volumineux chargent très longtemps sur son ordinateur. Elle travaille souvent jusqu’à 2 ou 3 h du matin pour expédier ses images, avec parfois des envois en direct lors des grosses journées.
Qu’est-ce que le format Making Of dans le podcast Faut Pas Pousser Les ISO ?
Le Making Of de Faut Pas Pousser Les ISO est un format dérivé d’un épisode existant, ici le S510 « Au coin du feu avec Laurence Geai » du 17 novembre 2022. Il se concentre sur les coulisses du métier — ici, le quotidien de terrain d’une reporter de guerre, ces moments où elle ne déclenche pas.
Références
- Laurence Geai
- Patrick Chauvel
- Eric Bouvet
- James Nachtwey
- Canon EOS R
- France Info