Portrait de Jean-Jacques Farré, éditeur et fondateur de la revue de photographie LIKE
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#119 Jean-Jacques Farré (Rédacteur en chef, éditeur, maquettiste) De Libération à LIKE : Une vie dédiée au photojournalisme et à l’édition

Jean-Jacques Farré : du photojournalisme à Libération à la création de la revue LIKE

Comment créer une revue de photographie quand on vient du labo photo d’un quotidien régional ? Jean-Jacques Farré, ancien responsable photo à Libération et Télérama, raconte son parcours et le lancement de la revue LIKE en 2020. Il livre des conseils concrets pour publier ses images et fonder un média indépendant.

Jean-Jacques Farré : du photojournalisme à Libération à la création de la revue LIKE

Jean-Jacques Farré grandit dans une banlieue grenobloise, en HLM, au sein d’une famille ouvrière immigrée espagnole. Sa rencontre avec la presse est précoce et fortuite : un voisin postier au tri de nuit ramène dans l’immeuble les journaux égarés. Entre 11 et 12 ans, il lit aussi bien Le Canard Enchaîné que Paris Match ou Le Figaro, découpe les photos et les colonnes pour recomposer des pages — sans savoir que c’est un métier. Cette curiosité pour la mise en page et le récit ne le quittera plus.

Reçu au concours des Beaux-Arts de Saint-Étienne, il y suit un cursus exigeant et formateur — sur 70 entrants, ils ne sont plus que 5 à la fin. Pour gagner sa vie, il écrit au rédacteur en chef du journal Le Progrès et décroche un travail au labo photo le week-end, où il gagne alors plus que son père. C’est là qu’il découvre le monde des photographes de presse, dont il accompagne les reportages, et qu’il bascule peu à peu vers le journalisme.

De l’AFP à Libération, sept années au cœur du service photo

Monté à Paris avec une lettre de recommandation, Jean-Jacques Farré passe d’abord par l’AFP, première agence de presse française et source des autres médias. Mais c’est Libération qui devient sa maison. Recruté par Christian Caujolle, il commence par reclasser trois mois durant les archives photo, découvre les agences américaines (AP, Cosmos), puis intègre le service photo. Il y reste sept ans, à une époque où le journal vend chaque jour plus que la veille.

Il y côtoie une génération de photographes immenses — Gilles Favier, Raymond Depardon, Robert Doisneau, Sebastião Salgado — et travaille en dialogue constant avec la maquette et la direction artistique. Ce qui le marque, c’est la confiance qui circule dans toute la chaîne d’édition, du photographe au monteur, et la place accordée à l’image par le patron du journal, Serge July, qui défendait la photo contre les arbitrages des rédacteurs.

Télérama, le freelance et l’amour des nouvelles formules

En 1996, Jean-Jacques Farré rejoint Télérama avec une mission précise : monter de toutes pièces un service photo digne de ce nom. Il prévient même la direction qu’il partira une fois le travail de fond installé — ce qui prendra trois ans. Il devient ensuite freelance, montant des équipes agiles, de trois à parfois quinze personnes, sur des projets de nouvelles formules pour des groupes de presse, des institutions ou des entreprises du CAC 40. Cette liberté entrepreneuriale, passer d’un magazine féminin à des pages éco, est ce qui le nourrit.

LIKE, une revue qui rend la parole aux photographes

En 2020, il lance LIKE, une revue trimestrielle dédiée aux photojournalistes et aux photographes, dont il est à la fois rédacteur en chef, directeur artistique et maquettiste. L’idée : se confronter directement au lecteur, sans intermédiaire, et donner toute leur place aux récits des photographes. Le choix du format « revue » plutôt que « magazine » traduit cette volonté de lecture longue et soignée. Sans business plan ni étude de lectorat, Jean-Jacques Farré se lance dans un élan, quitte à voir ses revenus de freelance chuter quand il refuse ses anciens clients pour se consacrer au numéro 2.

Une particularité forte distingue LIKE du journalisme classique : les propos des photographes sont enregistrés, réécoutés pour rester justes, puis systématiquement relus et validés par les intéressés à 90 %. La fabrication repose sur une équipe réduite — lui et une chef d’édition, Nathalie, qui traque fautes et répétitions. Les avancées techniques (informatique, accompagnement des imprimeurs comme Chechira près de Juan) rendent aujourd’hui possible la production d’une revue de qualité à coût maîtrisé, avec peu de personnes.

Le modèle économique et le moteur des tables de vente

Côté économie, LIKE repose sur la boutique en ligne et l’incitation à l’abonnement, qui fonctionne bien. Jean-Jacques Farré a dû apprendre tout un pan du métier dont les rédactions sont d’ordinaire protégées, voire qu’elles méprisent : gérer les abonnements, monter une boutique, trouver des éléments de langage proches du marketing. Il consacre chaque matin entre 20 minutes et trois quarts d’heure à répondre aux lecteurs. Sa découverte la plus marquante : les tables de vente en salon, désormais le principal moteur de développement de la revue, qui l’amènent à sillonner la France, de Clermont-Ferrand à Carcassonne.

Pour sélectionner ses sujets, il s’appuie de plus en plus sur les sorties de livres photo — la France compte près de 50 maisons d’édition photo — et cherche un panorama large des pratiques, de photographes de 22 ans au doyen de 95 ans. Il cite deux artistes de la nouvelle génération qui l’ont intrigué et qu’il est allé rencontrer : Alice Pallot et Marine Lagnier. Au-delà des chiffres et des conseils, l’épisode vaut surtout pour la voix et les anecdotes de cet homme qui raconte la presse avec gourmandise — un récit à savourer dans son intégralité.

Foire aux questions

Qu’est-ce que la revue LIKE de Jean-Jacques Farré ?

LIKE est une revue trimestrielle de photographie lancée en 2020 par Jean-Jacques Farré, dédiée aux photojournalistes et aux photographes en général. Conçue comme une revue de lecture longue plutôt qu’un magazine, elle privilégie les récits des photographes : entretiens, portraits et verbatims, dans un format épais et soigné.

Comment créer une revue de photographie selon Jean-Jacques Farré ?

Pour créer une revue de photographie, Jean-Jacques Farré conseille de s’appuyer sur ses compétences, de ne pas avoir peur de copier pour apprendre, puis de développer son propre langage. Il insiste sur deux qualités essentielles : être curieux tous les jours et être généreux. Les outils techniques actuels rendent le projet accessible à tous.

Quels photographes Jean-Jacques Farré a-t-il croisés à Libération ?

À Libération, Jean-Jacques Farré a travaillé aux côtés de photographes comme Gilles Favier, Patrick Artignan et Jean-Claude Coutausse, et a côtoyé des figures majeures telles que Raymond Depardon, Robert Doisneau et Sebastião Salgado. Il décrit une chaîne d’édition fondée sur la confiance entre photographes, service photo, maquette et rédaction.

Quel est le modèle économique de la revue LIKE ?

Le modèle économique de la revue LIKE repose principalement sur la boutique en ligne, l’incitation à l’abonnement annuel et la vente directe en salon. Les tables de vente lors d’événements photo sont devenues le principal moteur de développement, complétées par une communication quotidienne avec les abonnés via la newsletter.

Comment être publié dans la revue LIKE ?

Pour être publié dans LIKE, Jean-Jacques Farré s’appuie de plus en plus sur les sorties de livres photo et privilégie un panorama large des pratiques, de l’auto-édition aux grandes maisons. Il accepte aussi les propositions de photographes qui lui envoient des PDF, sans exclusivité, son seul critère étant que le travail l’intéresse.

Pourquoi les photographes relisent-ils leurs propos dans la revue LIKE ?

Dans LIKE, les photographes relisent et valident leurs propos à 90 % parce que la revue se situe dans la restitution fidèle de la parole, pas dans le journalisme classique. Jean-Jacques Farré enregistre ses entretiens, les réécoute pour rester juste, et estime que laisser les photographes valider leurs mots est la moindre des choses.

Les chiffres de l’épisode

  • Revue LIKE lancée en 2020
  • Arrivée à Télérama en 1996, avec trois ans prévus pour monter le service photo
  • 7 ans passés au service photo de Libération
  • Aux Beaux-Arts de Saint-Étienne : 70 entrants au départ, plus que 5 à la fin du cursus
  • Près de 50 maisons d’édition photo en France
  • Âge des photographes publiés : de 22 ans au doyen de 95 ans
  • Numéro 19 de LIKE prévu en janvier, accompagné d’un hors-série

Références

  • Jean-Jacques Farré
  • Libération
  • Télérama
  • AFP (Agence France-Presse)
  • Le Progrès
  • Christian Caujolle
  • Serge July
  • Gilles Favier
  • Raymond Depardon
  • Robert Doisneau
  • Sebastião Salgado
  • Revue LIKE
  • Alice Pallot
  • Marine Lagnier

Les liens de l’épisode

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