
La photographe Anne-Lise Broyer parle de son projet « Méditerranée. Est-ce là que l'on habitait ? » lors d'une table ronde enregistrée à l'abbaye de Montmajour, pendant les Rencontres d'Arles 2026. Elle revient sur une enfance rurale au bord de la Saône, sur la Corse des vacances familiales, puis sur sa manière de pré-habiter les lieux par la lecture avant de les photographier. Du port de Beyrouth au camp de Chatila et au site libyen de Sabratha, elle explique comment garder la bonne distance face aux lieux chargés d'histoire.
Habiter les lieux avant d’y arriver
Enregistrée lors d’une table ronde à l’abbaye de Montmajour, pendant les Rencontres d’Arles 2026, cette conversation avec la photographe Anne-Lise Broyer retrace son parcours à travers les territoires qu’elle a vécus et parcourus, et éclaire son projet exposé à Arles, « Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? ». Elle raconte une enfance très rurale au bord de la Saône, face à Mâcon, une ruralité « sans détour, sans contour », et un seul voyage familial par an : quinze jours en Corse, pour lesquels ses parents économisaient toute l’année. La Méditerranée reste pour elle associée au bonheur de sa mère. Enfant, elle a surtout « habité les livres », comme la fenêtre ouverte sur les magnolias de Moderato Cantabile. De l’injonction entendue chez elle, « tu touches avec les yeux », elle a fait un adage et s’est emparée du regard. Pour ce projet, elle explique sa méthode : pré-habiter les lieux par la lecture (Jean Genet pour le camp de Chatila, Camus pour Tipaza, la poésie du pourtour méditerranéen), commencer par l’Antiquité dans les musées, puis sortir pour remonter le temps jusqu’au présent. Ce qui l’intéresse, dit-elle, c’est « le dépôt » : ce que l’histoire, l’humanité et le temps ont déposé sur un lieu, puis ce qui se dépose sur le film et le tirage. Elle cite sa résidence de deux ans pour le musée de l’Armée : une photo de campagne légendée « Verdun » ne vibre plus de la même façon.
Elle détaille aussi l’éthique de la distance au port de Beyrouth, pour ne pas sur-esthétiser la ruine, le refus de la carte postale dans les lieux touristiques, l’absence de retouche qui l’a fait renoncer à des portraits barrés de logos, la prise de vue sous escorte en Libye, sur le site de Sabratha, et la rencontre d’une troupe de marionnettistes palestiniens dans le camp de Chatila.
Les références de l’épisode
- « Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? » : projet d’Anne-Lise Broyer, exposé aux Rencontres d’Arles 2026 et publié en livre.
- Abbaye de Montmajour : lieu de la table ronde, à Arles.
- Rencontres d’Arles : festival international de la photographie, partenaire de l’enregistrement.
- Moderato Cantabile : roman dont la photographe dit avoir « habité » la fenêtre sur les magnolias.
- Jean Genet : lu par la photographe avant de se rendre au camp de Chatila.
- Albert Camus : lu avant de photographier Tipaza.
- Martin Heidegger : cité pour sa réflexion sur le fait d’habiter.
- Jacques Lacan : cité pour sa définition du réel comme « ce sur quoi on bute ».
- Musée de l’Armée : institution pour laquelle elle a mené une résidence de deux ans.
- Port de Beyrouth, camp de Chatila, Tipaza, Sabratha : lieux photographiés pour le projet.
Au fil de l’épisode
- 00:00:08 : présentation du hors-série Focale et Les Voix de la Ville aux Rencontres d’Arles
- 00:00:59 : la table ronde à l’abbaye de Montmajour et le projet « Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? »
- 00:02:19 : « avant d’être l’enfant d’un pays, on est souvent l’enfant d’un paysage »
- 00:03:15 : une enfance rurale au bord de la Saône, face à Mâcon
- 00:04:40 : la Corse, seul voyage familial, et le bonheur de sa mère
- 00:05:08 : habiter les livres
- 00:06:26 : « tu touches avec les yeux » et la naissance du regard
- 00:07:04 : comment entrer dans un territoire inconnu, pré-habiter par la lecture
- 00:08:51 : la méthode du projet méditerranéen, des musées vers le présent
- 00:09:52 : le port de Beyrouth, Chatila avec Jean Genet, Tipaza avec Camus
- 00:11:15 : photographier le dépôt de l’histoire et du temps
- 00:13:06 : la légende d’une photo et la résidence au musée de l’Armée
- 00:13:38 : les lectures du projet, une polyphonie de poètes méditerranéens
- 00:14:57 : les lieux qui résistent : drame, tourisme, publicité
- 00:17:36 : quand l’étranger devient familier, motifs et répétitions
- 00:19:25 : la Libye sous escorte et le site de Sabratha
- 00:21:30 : les marionnettistes palestiniens du camp de Chatila
- 00:22:07 : les lieux rêvés, le Japon et Valparaiso
FAQ
Qui est Anne-Lise Broyer ?
Anne-Lise Broyer est une photographe dont le travail croise images, littérature et poésie. Elle a grandi à la campagne, au bord de la Saône, et exposait aux Rencontres d’Arles 2026 son projet « Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? ». Elle a aussi mené une résidence de deux ans pour le musée de l’Armée.
Qu’est-ce que le projet « Méditerranée. Est-ce là que l’on habitait ? » ?
C’est un tour de la Méditerranée photographique, exposé à Arles et publié en livre. Anne-Lise Broyer le décrit comme un projet polyphonique, nourri de poésie du pourtour méditerranéen. Elle y a photographié notamment le port de Beyrouth, le camp de Chatila, Tipaza et le site libyen de Sabratha, en cherchant ce que le temps a déposé sur ces lieux.
Comment Anne-Lise Broyer prépare-t-elle un territoire inconnu ?
Elle commence souvent par « pré-habiter » les lieux à travers ses lectures, pour les reconnaître en arrivant. Pour la Méditerranée, elle commençait par l’Antiquité dans les musées, puis sortait photographier le présent, avec quelques points préparés à l’avance comme le port de Beyrouth, dont l’accès demandait de nombreuses démarches.
Pourquoi évite-t-elle les logos et la carte postale ?
Son projet se situe dans un « hors temps » : elle parle du présent sans parler d’actualité. Comme elle ne retouche pas ses images, elle a renoncé à certains portraits à cause de gros logos près du visage. Dans les lieux touristiques, elle cherche la bonne distance pour tenir son écriture sans tomber dans la carte postale.
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