Du son à l’image
Julien Apruzzese raconte sa transition du monde de la musique, où il était ingénieur du son en studio et a été récompensé par plusieurs disques d’or et de platine, vers la photographie. Une reconversion totale entamée en 2013, qu’il a abordée en autodidacte complet. Profitant de la vente de son studio d’enregistrement, il s’est accordé une année entière pour se former de manière intensive, transformant son ancien lieu de travail en studio photo. Il explique avoir passé près de 365 jours à « geeker », alternant théorie et pratique intensive, une chance rare qui lui a permis d’acquérir une solide maîtrise technique.
Il établit de nombreuses analogies entre ses deux carrières, soulignant une continuité philosophique et méthodologique. « Si tu savais l’analogie qu’il y a, c’est incroyable », confie-t-il. Pour lui, mixer un morceau pour faire ressortir certains éléments sonores et composer une image en gérant les contrastes et les couleurs relèvent du même principe : hiérarchiser les informations pour guider la perception.
Le picturalisme, une science exacte
Julien Apruzzese définit sa pratique en opposition au photojournalisme. Il ne cherche pas à capturer la réalité, mais à l’interpréter, à la manière d’un peintre. Il se place résolument dans le courant du « picturalisme ». Cette approche, qui privilégie le travail en studio, lui offre un contrôle total sur la création, de la composition à la lumière. « C’est toi qui as mis les choses dans le cadre. C’est toi qui as créé la lumière », explique-t-il, voyant dans cette maîtrise une source de satisfaction immense. Cette vision est nourrie par sa passion pour l’alliance des arts et des sciences, citant Léonard de Vinci comme une inspiration majeure dans sa quête pour « mathématiser le beau ».
Il déplore une certaine tendance actuelle à dénigrer la technique, qu’il juge essentielle. « On a peur d’étudier, on a juste peur que ce soit compliqué », regrette-t-il, critiquant les approches qui promettent des résultats rapides et faciles. Pour lui, la maîtrise des outils et des principes physiques de la lumière est un prérequis indispensable à la créativité, et non un fardeau.
Créateur d’images pour les marques
Aujourd’hui, Julien Apruzzese se consacre exclusivement à la création d’images pour les professionnels et les marques. Son travail s’articule souvent autour de trois axes : le portrait du créateur, la photographie de produit, et la mise en scène publicitaire. Il insiste sur le rôle crucial de ses projets personnels, qui sont la principale source de ses commandes professionnelles. Il raconte notamment comment une image réalisée de sa propre initiative lors d’un mariage lui a permis de décrocher sa première campagne pour McDonald’s. « Chaque projet perso que je fais me génère de nouveaux clients », affirme-t-il.
Sa démarche de retouche, souvent perçue comme importante, est en réalité entièrement dédiée à la recherche de l’harmonie des couleurs. Il ne s’agit pas de manipuler les corps ou les visages, mais d’ajuster teintes, saturations et luminosités pour créer un « accord » visuel parfait, comme un accord au piano. Il conclut en insistant sur l’importance du travail acharné, balayant l’idée du talent inné : « Le talent n’existe pas. […] Les seuls qui sont arrivés à ce niveau-là, ce sont tout simplement les personnes qui ont le plus travaillé. »
Julien Apruzzese nous recommande…
- « Melvile » — de Romain Renard. Pour l’invité, c’est « le plus beau dessin jamais fait en bande dessinée ».
- « Blast » — de Manu Larcenet. Une bande dessinée en noir et blanc qu’il trouve « tellement beau ».
Pour aller plus loin
- Le site de Julien Apruzzese
- Le compte Instagram de Julien Apruzzese
- La page Facebook de Julien Apruzzese
- Le site du photographe Erwin Olaf
- Le travail de la photographe Annie Leibovitz
- La BD « Melvile » sur le site de l’éditeur Le Lombard
- La BD « Blast » sur le site de l’éditeur Dargaud
- Le site du photographe Antoine Melis
- Le site du photographe Malo
- Le site du photographe Maxime Stange
- Le site du photographe Quentin Caffier
Les références de l’épisode
- Personnes : Léonard de Vinci, Steve Jobs, Henri Cartier-Bresson, Erwin Olaf, Annie Leibovitz, Nadav Kander, Dan Winters, Irving Penn, Sempé, Romain Renard, Manu Larcenet, Michael Jordan, Scottie Pippen, Malo, Maxime Stange, Quentin Caffier, Antoine Mélis.
- Marques et outils : Fujifilm (notamment le X100), Canon, Pro Tools, Photoshop, Netflix, McDonald’s, Profoto Academy.
- Œuvres : la bande dessinée Melvile, la bande dessinée Blast, les films Shining et Joker, la série Mindhunter.
- Lieux : le pont de Bir-Hakeim, le musée du Louvre.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Julien Apruzzese : sa reconversion d’ingénieur du son à photographe en 2013.
- Sa formation 100 % autodidacte, grâce à une année sabbatique consacrée à la pratique intensive.
- Les analogies entre le mixage sonore et la création d’une image photographique.
- Son choix pour la photographie de studio, motivé par la recherche de contrôle et de perfection.
- Sa vision de la photographie, divisée en deux catégories : le photojournalisme et le picturalisme.
- Sa passion pour l’alliance entre les arts et les sciences, inspirée par des figures comme Léonard de Vinci.
- Sa critique du rejet actuel de la technique en photographie.
- Le choix de son premier appareil, un Fujifilm X100, et sa fidélité à la marque.
- Ses maîtres en photographie : Erwin Olaf, Annie Leibovitz, Irving Penn, etc.
- Son approche de la lumière : le flash comme outil de maîtrise totale.
- Sa philosophie de la retouche, centrée sur l’harmonie des couleurs et non sur la manipulation.
- Ses sources d’inspiration au-delà de la photo : le cinéma, les séries et la bande dessinée.
- L’anecdote de la photo de mariage sur le pont de Bir-Hakeim.
- Le déclencheur de la prise de vue : l’instant où les lignes et les formes créent une harmonie.
- Son opinion tranchée : une image est belle ou ne l’est pas, au-delà des goûts personnels.
- L’importance d’éduquer son œil en s’immergeant dans le travail des grands maîtres.
- Comment ses projets personnels nourrissent son activité commerciale, comme pour sa campagne McDonald’s.
- Sa conviction que le travail prime sur le talent, illustrée par l’exemple de Michael Jordan.
- La réalité du métier de photographe professionnel : 10 % de photo, 90 % de gestion.
- Le pire souvenir de sa carrière : un bug matériel paralysant pendant un mariage.
- Le meilleur souvenir : la satisfaction d’avoir réalisé sa première campagne McDo, du concept à l’image finale.
- Son actualité : développement d’outils Photoshop, workshops et un projet croisé avec le photographe Malo.
FAQ
Qui est Julien Apruzzese ?
Julien Apruzzese est un photographe français spécialisé dans l’image de marque. Avant de se lancer dans la photographie en 2013, il a eu une première carrière d’ingénieur du son en studio, où il a été primé à plusieurs reprises. Autodidacte, il a développé une approche très méthodique et contrôlée de l’image, qu’il qualifie de picturale. Il travaille principalement en studio pour des clients professionnels, créant des visuels pour leur communication.
Pourquoi Julien Apruzzese compare-t-il la photographie à la musique ?
Fort de son expérience d’ingénieur du son, Julien Apruzzese voit une forte continuité entre le mixage audio et la création d’une image. Pour lui, les deux disciplines partagent le même objectif : organiser et hiérarchiser des éléments (sons ou couleurs, contrastes) pour guider la perception et créer une harmonie. Ajouter de la réverbération pour reculer un son dans un mix est pour lui l’équivalent de jouer sur le contraste pour gérer la profondeur dans une photo.
Qu’est-ce que le picturalisme selon Julien Apruzzese ?
Pour Julien Apruzzese, le picturalisme est l’une des deux grandes catégories de la photographie, l’autre étant le photojournalisme. Alors que le photojournalisme respecte la réalité, le picturalisme l’interprète, à la manière d’un peintre. Cette approche, qu’il a adoptée, implique de construire une image de toutes pièces en studio, en maîtrisant chaque paramètre (composition, lumière, couleur) pour créer une vision personnelle et non un simple enregistrement du réel.
Quelle est l’importance de la technique dans son travail ?
La technique est fondamentale dans le travail de Julien Apruzzese. Il la considère comme la moitié de l’équation d’une image réussie, l’autre moitié étant l’artistique. Il déplore la tendance actuelle à vouloir simplifier la photographie et à éviter l’apprentissage technique. Pour lui, la maîtrise des aspects scientifiques de l’image, comme la physique de la lumière ou la théorie des couleurs, est un outil de libération qui permet de concrétiser une vision créative avec précision.
Comment les projets personnels de Julien Apruzzese influencent-ils son travail commercial ?
Les projets personnels sont le moteur du développement commercial de Julien Apruzzese. Il explique que la quasi-totalité de ses commandes de la part de marques découle d’images qu’il a créées de sa propre initiative. En réalisant des projets personnels, il peut explorer des concepts sans contraintes, démontrer l’étendue de sa vision et de sa technique. Ces créations agissent comme une vitrine qui attire de nouveaux clients, comme ce fut le cas pour sa première campagne pour McDonald’s.

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