Podcast Photo.
Faut Pas Pousser Les ISO29 octobre 2026117 min

S1307 – AU COIN DU FEU : CONVERSATIONS AVEC KALEL KOVEN

avec Kalel Koven

Kalel Koven, photographie documentaire, photo de rue et curation de nouvelles écritures

Kalel Koven, photographe documentaire, curateur, directeur artistique et fondateur du média Inframe, est l'invité d'Arthur Azoulay et Benjamin Favier pour un épisode « Au coin du feu » de Faut Pas Pousser Les ISO. Pendant près de deux heures, des photographes qui le connaissent témoignent de son regard, et lui raconte la timidité que la photo de rue l'a aidé à dépasser, son travail de mise en avant des autres, ses portraits de femmes, ses textes, et ce qu'il répond à une photographe qui ne voit plus le sens d'ajouter des images au monde.

Un photographe aux nombreuses casquettes

Dans cet épisode « Au coin du feu » de Faut Pas Pousser Les ISO, Arthur Azoulay et Benjamin Favier reçoivent Kalel Koven, photographe documentaire, curateur et directeur artistique, qui photographie depuis 2010 les relations entre les individus, les territoires et la mémoire. Il se définit d’abord comme photographe : la photo, dit-il, lui a permis d’assumer d’être auteur et de « légitimer toute la partie artistique » de son travail. Avant l’entretien, le flash actu présente un téléobjectif Nikon 120-300 mm f/2.8 à multiplicateur intégré, commenté par Baptiste Soto, la seconde génération du Sigma FP, une nouvelle gamme de focales fixes Sigma et l’exposition « Remember Me » de la Bourse de commerce Pinault Collection, puis Benjamin Favier consacre sa chronique aux lettres de Daido Moriyama traduites en français. Kalel Koven explique qu’il compose en noir et blanc dans le viseur pour mieux voir les lumières, les contrastes et la géométrie, avant de choisir plus tard entre couleur et noir et blanc. Premier témoignage, celui de la photographe Karen Assayag, qui décrit un ami avec qui elle visite les expositions, de la Maison européenne de la photographie à Paris Photo, et qui lui a donné un jour, dans les rues de Londres, un cours personnel de photo de rue. Kalel Koven regrette le manque de curiosité de nombreux photographes pour l’histoire de leur médium : connaître ce qui a été fait, explique-t-il, permet de « mettre le curseur au bon endroit ».

Il nourrit aussi sa photographie de cinéma, et voit dans les deux anges des « Ailes du désir » de Wim Wenders deux photographes en errance dans la ville.

Inframe, la mise en avant des autres

Le photographe Jérôme Lorieau, qui a fondé Inframe avec lui, rappelle qu’ils venaient tous deux d’une écriture influencée par la photographie de rue, humaniste puis américaine, et qu’ils voulaient montrer comment ces écritures nourrissent aujourd’hui le documentaire au long cours, à travers des entretiens avec les photographes sur la construction de leurs projets. Kalel Koven raconte qu’il a eu l’idée en gérant le compte Instagram de l’agence Hans Lucas : il y découvrait des photographes au travail magnifique, mais mal à l’aise pour se promouvoir. Sur le compte d’Inframe, qu’il anime presque chaque jour, il choisit volontairement des auteurs qui ont parfois moins de 3 000 abonnés, et constate qu’un beau travail mis en avant « résonne ». Il a quitté Hans Lucas, où il est resté huit ans, parce que la photo de presse l’intéressait de moins en moins : composer pour laisser la place au texte d’un magazine finit, selon lui, par conditionner la manière de photographier. Il garde pourtant de très bons souvenirs de l’agence, qui l’a professionnalisé. Il revient aussi sur son premier choc photographique, une exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson vers 2010 : un photographe qui travaillait à travers les vitrines et les reflets, une technique qu’il a adoptée parce qu’elle convenait à sa timidité.

« Si tu crées, tu t’exprimes, et si tu t’exprimes, tu existes », résume-t-il.

Du 13 novembre au portrait

Le photojournaliste Thomas Morel-Fort raconte leur rencontre le soir des attentats du 13 novembre 2015, qu’ils ont passé à documenter ensemble, puis leur amitié autour des livres photo et du Hublot, des projections de reportages accompagnées par des musiciens en direct, dont Kalel Koven a assuré une partie de la direction artistique. Pour lui, la photo est un « art de la présence », à la prise de vue comme dans la manière de la montrer, et le livre reste la forme ultime d’un travail. Il imagine aussi une série d’entretiens où des acteurs de la photographie présenteraient les livres qui les ont marqués, sur le modèle d’un format vidéo où des cinéastes commentent leurs films préférés dans un vidéoclub. Il a pris ses distances avec l’actualité chaude et les manifestations, où les images finissent par se ressembler, sauf à arriver avec un vrai parti pris. Il décrit un modèle économique « très fragile » pour la photo d’auteur, fait de bourses, de concours et de portfolios vendus aux magazines pour financer les projets au long cours. Il travaille avec deux boîtiers Fujifilm et des focales fixes équivalentes à 35 et 85 mm. La photographe documentaire Delphine Blast salue la douceur et la pudeur de ses portraits de femmes, notamment dans sa série en noir et blanc « What I Know About Her ». Kalel Koven explique qu’il cherche les moments d’inattention où surgit « la vraie personne », en demandant à ses modèles de simplement être présents, et cite parmi ses références le photographe de mode Peter Lindbergh.

Il voit dans l’appareil photo un passeport vers des mondes qui lui seraient restés fermés.

Écrire, et donner un sens aux images

L’artiste Nadine Jestin souligne sa capacité à mettre les autres en valeur en s’effaçant, et l’importance du texte dans leurs deux pratiques. Kalel Koven raconte qu’il a longtemps écrit sans le montrer, poèmes et scénarios, avant d’ouvrir un compte Instagram consacré uniquement à ses textes, qu’il préfère garder un peu anonyme pour que les mots « vivent leur vie » ; il lit à l’antenne son poème « Si c’était nous ». Promouvoir les autres est pour lui une « main tendue », celle qu’un introverti aurait aimé recevoir. Dans les messages de répondeur préparés par l’émission, une photographe confie un passage à vide : dans un monde saturé d’images, elle ne voit plus le sens d’en produire. Il lui répond que l’art ne change pas fondamentalement le monde, mais qu’une œuvre fait « la moitié du chemin » et touche, par petites touches, des personnes qui se reconnaissent et découvrent qu’elles ne sont pas seules. Le quiz des auditeurs aborde enfin les réseaux sociaux, qu’il juge essentiels comme vitrine, l’intérêt de rejoindre un collectif comme Hans Lucas pour se professionnaliser, et les photographes de manifestation.

Il termine en annonçant une rencontre organisée par Inframe pendant Paris Photo, le 13 novembre.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Inframe : la plateforme consacrée à la photographie documentaire contemporaine fondée par Kalel Koven avec Jérôme Lorieau.
  • Hans Lucas : l’agence où Kalel Koven a passé huit ans.
  • Le Hublot : les projections de reportages accompagnées de musique en direct, auxquelles il a collaboré.
  • « What I Know About Her » : sa série de nus en noir et blanc.
  • « Si c’était nous » : le poème qu’il lit à l’antenne.
  • « Les Ailes du désir » et « Paris, Texas » : les films de Wim Wenders qui nourrissent son regard.
  • Peter Lindbergh : le photographe de mode dont il admire l’approche sans artifice.
  • Daido Moriyama : le photographe japonais dont les lettres traduites font l’objet de la chronique.
  • « Remember Me » : l’exposition de la Bourse de commerce Pinault Collection présentée dans le flash actu.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:32 : présentation de Kalel Koven, photographe, curateur et directeur artistique
  • 00:04:34 : le flash actu, du téléobjectif Nikon au Sigma FP de seconde génération
  • 00:16:07 : composer en noir et blanc dans le viseur
  • 00:17:04 : la chronique sur les lettres de Daido Moriyama
  • 00:24:16 : le témoignage de Karen Assayag
  • 00:31:12 : le manque de culture photographique
  • 00:35:33 : le cinéma de Wim Wenders et la photographie
  • 00:40:38 : Jérôme Lorieau et la création d’Inframe
  • 00:47:43 : huit ans chez Hans Lucas
  • 00:50:30 : les reflets et la photo de rue pour un timide
  • 00:52:12 : Thomas Morel-Fort, le 13 novembre 2015 et le Hublot
  • 00:58:18 : prendre ses distances avec l’actualité chaude
  • 01:03:49 : le modèle économique de la photo d’auteur
  • 01:06:11 : le matériel de Kalel Koven
  • 01:08:50 : Delphine Blast et les portraits de femmes
  • 01:15:07 : le projet « What I Know About Her »
  • 01:20:06 : Nadine Jestin et la place du texte
  • 01:32:27 : la lecture du poème « Si c’était nous »
  • 01:33:19 : les messages du répondeur
  • 01:37:39 : quel sens donner aux images dans un monde saturé
  • 01:47:59 : le quiz des auditeurs

FAQ

Qui est Kalel Koven ?

Kalel Koven est photographe documentaire, curateur et directeur artistique. Il photographie depuis 2010, a passé huit ans à l’agence Hans Lucas et a fondé Inframe, une plateforme consacrée à la photographie documentaire contemporaine. Il pratique la photo de rue, le portrait et le reportage, et publie aussi des textes poétiques sur un compte Instagram dédié.

Qu’est-ce qu’Inframe ?

Inframe est une plateforme créée par Kalel Koven et le photographe Jérôme Lorieau. Elle publie des entretiens où des photographes expliquent comment ils construisent leurs projets au long cours, et un compte Instagram de curation qui met en avant des auteurs peu connus, parfois suivis par moins de 3 000 personnes, à côté de grands noms.

Pourquoi Kalel Koven compose-t-il en noir et blanc ?

Il règle son viseur en noir et blanc parce que cela l’aide à voir les lumières, les contrastes et la géométrie, et à éviter les distractions. Il garde pourtant les fichiers bruts et décide plus tard, au moment du traitement, s’il exploite l’image en couleur ou en noir et blanc.

Comment Kalel Koven photographie-t-il ses modèles ?

Il évite la mise en scène : il sort dans la rue, discute, utilise parfois la vitesse lente et demande aux modèles de se relâcher et de simplement occuper l’espace. Il cherche les petits moments d’inattention, un sourire ou une rêverie, qui laissent selon lui apparaître la vraie personne derrière le masque social.

Faut Pas Pousser Les ISO

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