S1303 - LES TENDANCES DU MARCHÉ DE LA PHOTO AVEC DAMIEN BERNAL

S1303 – LES TENDANCES DU MARCHÉ DE LA PHOTO AVEC DAMIEN BERNAL

Une année au ralenti, faute de composants

Pour Damien Bernal, créateur de contenus suivi par près de 290 000 abonnés sur YouTube, l’enseignement de 2026 tient en une phrase : « les constructeurs japonais ne font pas ce qu’ils veulent ». Il décrit une crise de la mémoire qui prive les marques de composants : plusieurs constructeurs lui ont parlé de produits prêts mais reportés de six à neuf mois. Il cite un décompte, obtenu selon lui auprès d’une IA, de 23 nouveaux boîtiers sur la période 2024-2025 contre 9 sur 2025-2026. Baptiste Soto, directeur commercial chez Phox, observe de son côté un plein format qui « a tendance à légèrement s’essouffler » et une demande en APS-C (un capteur plus petit que le plein format 24 x 36) qui ne cesse de croître, au point d’annoncer des pénuries sur des gammes entières en fin d’année. Il chiffre l’écart : un zoom 24-70 mm f/2.8 en plein format coûte plutôt autour de 2 500 euros, un équivalent APS-C entre 1 000 et 1 500 euros, et un équipement à 2 500 euros en APS-C en demande 6 000 en plein format.

Il presse Canon et Nikon d’étoffer leurs gammes d’optiques APS-C, réclame des compacts et des bridges experts, et désigne l’ergonomie comme le terrain où se jouera la croissance. À propos des seuls clients experts, il tranche : « Maintenir le marché, oui, mais pas croître. »

La vidéo réclame ses propres boîtiers

Nicolas Morvan, responsable pôle produits et achats chez MN Photo Vidéo, estime que la vidéo ne connaît plus de révolution de qualité d’image : le progrès porte sur l’ergonomie et sur des fonctions jusque-là réservées aux caméras de cinéma, désormais intégrées dans des boîtiers de 2 000 à 6 000 euros. Damien Bernal voit dans la Sony FX3 le modèle qui a montré la voie aux autres constructeurs. Chez Nikon, Ludovic Dréan, Nikon Pro Business Manager, raconte le lancement de la ZR, environ deux ans après le rachat de RED : plus d’un tiers des caméras achetées dans ce secteur seraient des ZR, et la marque promet l’open gate (l’enregistrement de toute la surface du capteur, qui permet de recadrer après coup, en vertical notamment) ainsi que neuf optiques ciné autofocus. Fabrice Abuaf, de Sony, qualifie de « colossales » les précommandes de la FX5, dont certaines fonctions, comme la 4K à 240 images par seconde, sont annoncées pour août 2027. Pour Damien Bernal, deux technologies s’imposent cette année : la pré-rafale (des images enregistrées juste avant l’appui complet sur le déclencheur) en photo, et l’open gate en vidéo, une demande portée selon lui par les créateurs qui publient à la fois sur YouTube et sur Instagram.

Côté caméras 360 et d’action, Olivier Mondon (DJI) présente la captation à 360 degrés comme « une nouvelle manière de tourner », et Fabian Wädele (Insta360) confirme que sa marque travaille sur « au moins un projet d’appareil photo hybride ». Sur GoPro, Damien Bernal est catégorique : « DJI a tué GoPro ».

Les constructeurs japonais cherchent le prix juste

Le Nikon Z5 IIc, plein format sans viseur dérivé du Z5 II, annoncé à 1 549 euros boîtier nu, ouvre l’émission : Damien Bernal se dit content de voir « la bataille des hybrides se déplacer vers des prix plus abordables ». Anne-France Carpentier, chef de produits photo chez Canon France, présente le R8 Mark II, désormais stabilisé, lancé à 1 799 euros, aux côtés du R6 V et du R50 V. Damien Bernal regrette sa batterie et juge l’absence d’un R7 Mark II « probablement la principale surprise de l’année ». Chez Sony, il a essayé l’Alpha 7R VI sur des aigles en plein vol avec un 600 mm : « L’AF, il ne décroche pas », mais le boîtier reste à ses yeux « réservé à une élite ». Fujifilm n’a présenté aucun boîtier, mais Franck Bernard, directeur de Fujifilm France Imaging, revendique 5 200 visiteurs pour la Fujikina de Paris en septembre ; Damien Bernal voit la marque comme « un mix entre Apple et Nintendo ». Mathilde Lécuyer, chef de produits senior chez Lumix France, explique l’absence de successeur au S1H par les capacités vidéo du S1 II. Thierry Bourque présente le nouveau Pen d’OM System comme un appareil à garder sur soi « exactement comme un stylo », et Yazid Belmadi détaille les déclinaisons du Ricoh GR IV, dont une version Monochrome et une version 40 mm annoncée pour l’hiver.

Les intervenants saluent aussi le retour des bridges et compacts experts, avec le Sony RX10 Mark V et le Lumix L10, un segment que Damien Bernal juge délaissé par les constructeurs malgré la demande qu’il lit dans les commentaires de ses vidéos.

Les opticiens indépendants montent en gamme

Rony Studient, de IPLN, observe que Sigma et Tamron ne sont plus perçus comme de simples alternatives moins chères : il cite chez Sigma un 300-600 mm f/4 pour la photo de nature et un 85 mm f/1.2, le plus petit de sa catégorie, et relève que les fabricants chinois intègrent désormais l’autofocus. Damien Bernal tempère : Nikon a perdu cet été un procès contre Viltrox, Sony a publié la liste de ses partenaires sous licence sans aucun acteur chinois, et il aimerait que ces marques développent un service après-vente en Europe. Foucauld Prové, directeur général de Sigma France, rappelle que les cycles de développement durent de deux à trois ans et que le boîtier BF a touché des publics nouveaux. Arthur Michaux, responsable marketing de Tamron France, présente le 12-20 mm f/2.8 comme une rupture : nouveau design, bague d’ouverture, diaphragme à 12 lamelles. L’offre de rachat de Tamron par Sony, encore à l’étude, laisse les intervenants s’interroger sur l’avenir des optiques destinées aux autres montures.

Damien Bernal explique l’absence de Sigma en plein format sur la monture Nikon Z par un partenariat, selon lui de semi-exclusivité, entre Nikon et Tamron.

Boule de cristal et questions d’auditeurs

Dans la séquence de prédictions, Damien Bernal attend un Canon R7 Mark II, qu’il espère doté d’un capteur empilé, et un R5 V orienté vidéo ; un X-T6 chez Fujifilm ; un successeur au Lumix S5 II ; un Z9 II ou un Z8 II chez Nikon, ainsi qu’un second modèle de la gamme ZR ; un concurrent du Canon R8 chez Sony, qu’il imagine baptisé A7C III. Il souhaite chez Sigma un 24-105 mm compact et un remplaçant du 150-600 mm, et chez Tamron des zooms classiques (24-70, 70-200, 150-600) plutôt que des plages de focales exotiques.

Face aux auditeurs, il ne croit pas au retour du reflex, désigne comme défi majeur la preuve qu’une photo n’a pas été générée ou modifiée par l’intelligence artificielle, et retient la Sony FX3 comme le produit le plus marquant des cinq dernières années.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Nikon Z5 IIc : hybride plein format sans viseur, annoncé à 1 549 euros boîtier nu.
  • Canon R8 Mark II : plein format compact, désormais stabilisé.
  • Canon R6 V : boîtier de la gamme vidéo de Canon.
  • Sony Alpha 7R VI : boîtier haute résolution à capteur empilé, capable de 30 images par seconde.
  • Sony FX5 : caméra vidéo professionnelle dont une partie des fonctions est annoncée pour 2027.
  • Sony FX3 : caméra citée comme le produit le plus marquant des cinq dernières années.
  • Nikon ZR : première caméra de la gamme Z Cinema de Nikon.
  • RED : fabricant de caméras de cinéma racheté par Nikon.
  • Lumix L10 et Sony RX10 Mark V : compact et bridge experts sortis cette année.
  • OM System Pen : hybride compact présenté comme le successeur du E-P7 d’Olympus.
  • Ricoh GR IV : compact décliné en versions 28 mm, HDF, Monochrome et 40 mm.
  • Sigma 85 mm f/1.2 : focale fixe présentée comme la plus compacte de sa catégorie.
  • Tamron 12-20 mm f/2.8 : zoom ultra grand-angle qui inaugure un nouveau design chez Tamron.
  • Viltrox : fabricant chinois d’objectifs qui a gagné un procès contre Nikon.
  • Fujikina : événement photo de Fujifilm organisé à Paris en septembre.
  • Paris Photo : foire de photographie dont la 29e édition se tient au Grand Palais du 12 au 15 novembre.
  • Eugene Smith : photojournaliste évoqué dans la story consacrée au jazz et à New York.
  • Sebastião Salgado : photographe dont une citation ouvre le roman présenté dans la story.

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Damien Bernal et de ses formations sur les nouveaux boîtiers
  • Flash actu : le Nikon Z5 IIc et la réaction de Baptiste Soto
  • Flash actu : DxO PhotoLab vers Affinity, le Laowa 180 mm autofocus en monture Fujifilm X, Paris Photo au Grand Palais
  • Story de Benjamin Favier : un roman sur le jazz, New York et la photographie, avec Eugene Smith
  • Les villes les plus photogéniques selon Damien Bernal et Benjamin Favier
  • L’état du marché des boîtiers vu par Baptiste Soto : APS-C, prix des optiques, ergonomie
  • Pénurie de composants et ralentissement des annonces
  • Pré-rafale et open gate, les deux technologies de l’année
  • Le marché vidéo avec Nicolas Morvan
  • Le marché des optiques avec Rony Studient et la question des licences des fabricants chinois
  • Canon avec Anne-France Carpentier
  • Sony FX5 avec Fabrice Abuaf, Alpha 7R VI et offre de rachat de Tamron
  • Nikon ZR et Z Cinema avec Ludovic Dréan
  • Fujifilm et la Fujikina avec Franck Bernard
  • Lumix S1 II avec Mathilde Lécuyer, puis le Lumix L10
  • Le Pen d’OM System avec Thierry Bourque
  • Les déclinaisons du Ricoh GR IV avec Yazid Belmadi, et l’avenir du reflex chez Pentax
  • La captation 360 de DJI avec Olivier Mondon, et la fin de GoPro
  • Insta360 avec Fabian Wädele
  • Sigma avec Foucauld Prové
  • Le Tamron 12-20 mm avec Arthur Michaux
  • Madame Irma : les prédictions marque par marque
  • Le quiz des auditeurs
  • L’ouverture de la monture Canon RF, un dossier toujours au point mort

FAQ

Pourquoi y a-t-il eu moins de nouveaux appareils photo en 2026 ?

Selon Damien Bernal, une crise de la mémoire prive les constructeurs japonais de composants. Plusieurs marques lui ont parlé de produits prêts mais reportés de six à neuf mois. Il cite un décompte de 23 nouveaux boîtiers sur 2024-2025 contre 9 sur 2025-2026, tout en précisant qu’il le tient d’une IA et ne l’a pas vérifié lui-même.

Qu’est-ce que le Nikon Z5 IIc ?

C’est un hybride plein format dérivé du Nikon Z5 II, sans viseur électronique ni joystick, avec une visée à l’écran. Il reprend le capteur de 24,5 millions de pixels, ajoute un mode de détection des poissons et existe en noir ou en argent. Il est annoncé à 1 549 euros boîtier nu, un prix que Baptiste Soto, de Phox, juge très agressif.

Pourquoi l’APS-C revient-il en force selon les distributeurs ?

Baptiste Soto, directeur commercial chez Phox, l’explique par le prix : un équipement APS-C à 2 500 euros demande environ 6 000 euros en plein format, et les zooms équivalents coûtent deux fois moins cher. La demande croît au point de faire craindre des pénuries en fin d’année, alors que Canon et Nikon proposent encore peu d’optiques pour ce format.

Comment la Nikon ZR s’est-elle imposée en un an ?

Ludovic Dréan, Nikon Pro Business Manager, attribue ce succès à l’attachement du public pour RED, racheté par Nikon : la science des couleurs de RED a facilité la prise en main. Selon lui, plus d’un tiers des caméras achetées dans ce secteur sont des ZR. Damien Bernal souligne aussi un prix bien positionné pour un produit qu’il juge disruptif.

Qu’est-ce que l’open gate et à qui sert-il ?

L’open gate consiste à filmer sur toute la surface du capteur pour recadrer ensuite, en horizontal comme en vertical. Damien Bernal y voit surtout une demande des créateurs de contenu qui publient à la fois sur YouTube et sur Instagram ; un documentariste ou un réalisateur de fiction en aura moins l’usage. Nikon et Sony l’ont annoncé sur la ZR et la FX5.


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