
Julien Benhamou photographie la danse depuis qu'il l'a découverte vers 25 ans, notamment pour le Ballet de l'Opéra de Paris. Pour la dernière émission de la saison de Faut Pas Pousser Les ISO, il explique comment il fige un saut sans montrer l'effort. Il parle de sa lumière au flash, de sa manière de construire une image avec les danseurs, des contraintes de l'Opéra et de son livre La poésie du mouvement. Le danseur étoile François Alu, l'iconographe Irina Flament et d'autres proches témoignent de sa méthode.
Photographe du mouvement
Julien Benhamou, photographe de danse qui travaille notamment pour le Ballet de l’Opéra de Paris, est l’invité de la dernière émission de la saison de Faut Pas Pousser Les ISO, au coin du feu avec Arthur Azoulay et Benjamin Favier. Il explique ce qui l’occupe depuis qu’il a découvert la danse vers 25 ans, après des débuts de portraitiste : figer un geste pour en révéler la beauté, sans jamais montrer l’effort. « La plus-value de la photographie, c’était d’arrêter le mouvement », dit-il. Formé à l’argentique dans une école de photographie, il raconte avoir commencé en développant ses films dans la salle de bain vers 12 ou 13 ans, puis avoir appris le métier en fréquentant photographes et assistants. Le danseur étoile François Alu ouvre l’émission en racontant une photo réussie du premier coup, sur une plage, au moment où il lançait sa partenaire dans les airs.
Pour Thierry Messonnier, agent et fondateur de The Publicists, Julien Benhamou n’est pas un simple photographe de spectacle mais un photographe du mouvement, dont le travail personnel mérite d’être connu.
Lumière, flash et obsession de la netteté
Julien Benhamou distingue deux écritures. En spectacle, il travaille surtout au 70-200 mm à pleine ouverture avec la lumière de la scène, et sort le 85 mm f/1,2 quand les théâtres passent aux LED et à la pénombre. En séance, il ajoute toujours du flash à la lumière du jour pour sculpter les corps : « la netteté, ça m’obsède ». Il raconte avoir fabriqué une housse insonorisée pour son boîtier avant l’arrivée des obturateurs silencieux, et être resté fidèle à Nikon jusqu’à la gamme Z. Comme le flash empêche la rafale, il fait d’abord marquer le saut au danseur pour régler la mise au point, puis ajuste bras, tête ou pied en regardant l’image avec lui. La photographe et danseuse Maria-Helena Buckley et la directrice de casting Sissi Senuchki décrivent un photographe généreux, qui s’efface devant les artistes.
Il revendique de chercher à avoir une image forte dans les cinq premières minutes d’une séance, pour mettre le modèle en confiance avant d’aller plus loin.
Le Ballet de l’Opéra de Paris
Irina Flament, iconographe du Ballet de l’Opéra de Paris, détaille les exigences de l’institution : justesse des positions dans le répertoire classique, émotions sans effort visible, discrétion en studio, et validation de chaque photo par les danseurs, le chorégraphe et le directeur de la danse. Julien Benhamou raconte son entrée à l’Opéra par un projet personnel publié dans un portfolio pour les mécènes, suivi d’une exposition dans les vitrines du jardin du Palais-Royal. Il explique que l’Opéra garde des photographes maison pour les archives techniques et fait appel à des indépendants pour un regard d’auteur. Sur 150 photos livrées pour un spectacle, une trentaine est exploitée, et il ne vit pas cette sélection comme une frustration : « les photos qui restent sont les plus belles ».
Il fait lui-même l’editing, en marquant ses images d’une étoile pendant la séance, et confie les retouches à un prestataire.
La poésie du mouvement et une carrière sans démarchage
François Alu raconte la séance qui a donné la couverture du livre La poésie du mouvement : au moins 50 prises d’un saut à l’horizontale avec un autre danseur, et une image que Julien Benhamou a ensuite pivotée d’un quart de tour. Le photographe décrit ce livre très personnel, consacré à des danseurs de tous grades, des contorsionnistes et beaucoup de nu, et explique qu’en investissant davantage son travail artistique, ses commandes se sont alignées sur ce qu’il aimait faire. Il évoque la photo de nu, toujours collaborative : « j’ai jamais volé une image ». Il annonce un contrat avec la Comédie-Française pour la saison prochaine. L’émission comprend aussi une actualité matériel (objectifs Viltrox, caméra Insta360 Luna Ultra face à la DJI Osmo Pocket 4) et une chronique sur les 50 ans du magazine Chasseur d’Images, avec Pierre-Marie Salomez.
Elle se termine sur les messages de proches et de collaborateurs, dont celui de Laurene Valroff, son ancienne stagiaire, et sur le quiz des auditeurs.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La poésie du mouvement : livre de Julien Benhamou, édité par le magazine Normal.
- Ballet de l’Opéra de Paris : institution avec laquelle il travaille depuis de nombreuses années.
- François Alu : danseur étoile, sur la couverture du livre.
- Marie-Agnès Gillot : danseuse qu’il cite comme celle qui l’a le plus inspiré.
- Irina Flament : iconographe du Ballet de l’Opéra de Paris.
- Thierry Messonnier : agent, fondateur de The Publicists.
- Comédie-Française : institution avec laquelle il vient de signer pour une saison.
- Rembrandt et le Caravage : peintres baroques dont le clair-obscur l’inspire.
- Chasseur d’Images : magazine photo qui fête ses 50 ans, avec 477 numéros publiés.
- Nikon Z8 : boîtier qu’il utilise en spectacle.
- Insta360 Luna Ultra et DJI Osmo Pocket 4 : caméras comparées par Baptiste Soto, de Phox.
- Rencontres d’Arles, Visa pour l’image et festival de La Gacilly : festivals de l’été évoqués par les animateurs.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : le témoignage de François Alu
- 00:02:27 : présentation de Julien Benhamou
- 00:03:30 : Thierry Messonnier, un photographe du mouvement
- 00:06:57 : figer l’instant pour magnifier un geste
- 00:08:27 : actualité : objectifs Viltrox, Insta360 Luna Ultra, Salon de la Photo
- 00:17:09 : les festivals photo de l’été
- 00:18:46 : Visa pour l’image et le photojournalisme
- 00:20:30 : chronique : les 50 ans de Chasseur d’Images
- 00:25:33 : sa formation à la photo
- 00:29:35 : le mouvement, avec le témoignage de Maria-Helena Buckley
- 00:35:11 : la lumière en spectacle et en séance
- 00:36:44 : rafale, flash et préparation des sauts
- 00:39:16 : obturateur silencieux et fidélité à Nikon
- 00:41:00 : l’obsession de la netteté
- 00:44:51 : l’organisation d’une séance, avec Sissi Senuchki
- 00:51:49 : ce qu’est une séance réussie
- 00:54:53 : le Ballet de l’Opéra de Paris, avec Irina Flament
- 00:58:41 : son entrée à l’Opéra
- 01:02:11 : la validation des images
- 01:05:42 : editing et retouche
- 01:07:44 : François Alu et la couverture de La poésie du mouvement
- 01:13:45 : le livre et la place du travail personnel
- 01:15:21 : la photo de nu
- 01:19:09 : ses projets, dont la Comédie-Française
- 01:21:25 : les messages sur le répondeur
- 01:33:59 : le quiz des auditeurs
FAQ
Qui est Julien Benhamou ?
Julien Benhamou est un photographe de danse et de mouvement. D’abord portraitiste, il découvre la danse vers 25 ans et travaille depuis de nombreuses années avec le Ballet de l’Opéra de Paris, mais aussi pour des musiciens, des théâtres et des marques. Il est l’auteur du livre La poésie du mouvement et ambassadeur de Nikon.
Comment Julien Benhamou photographie-t-il les sauts des danseurs ?
En séance, il éclaire avec un flash pour figer le mouvement, ce qui empêche la rafale. Il fait d’abord marquer un petit saut pour régler la mise au point, indique l’intention voulue, puis fait un essai. Si l’image ne convient pas, il la regarde avec le danseur et corrige un bras, la tête ou un pied avant de recommencer.
Quel matériel Julien Benhamou utilise-t-il en spectacle ?
Il travaille surtout au 70-200 mm à pleine ouverture, en réglant ISO et vitesse selon la scène, et utilise un 85 mm f/1,2 quand l’éclairage est très faible, notamment en danse contemporaine. Il photographie avec un Nikon Z8 en mode silencieux, ce qu’il juge aujourd’hui impératif, et se place de face, au troisième rang.
Comment les photos du Ballet de l’Opéra de Paris sont-elles validées ?
Selon l’iconographe Irina Flament, chaque photo publiée est validée par les danseurs, le chorégraphe lorsqu’il s’agit d’une création, et le directeur de la danse. Une image est refusée si la position d’un seul interprète n’est pas juste. Julien Benhamou estime que, sur 150 photos livrées pour un spectacle, une trentaine est finalement exploitée.
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