
Le photographe Guillaume Mussau, ambassadeur Fujifilm et président du Club Photoshop de Paris, rejoint Arthur Azoulay et Benjamin Favier dans Faut Pas Pousser Les ISO pour un épisode consacré à la tendance néo-rétro. Pourquoi des boîtiers modernes adoptent-ils les lignes des appareils argentiques ? Que valent les simulations de films ? Avec les témoignages d'une enseignante de l'ENS Louis-Lumière, d'un vendeur Camara, de Nikon et de Fujifilm, l'émission cherche ce que les photographes viennent chercher dans le passé.
Le rétro, un retour à la matière
Dans cet épisode de Faut Pas Pousser Les ISO, Arthur Azoulay et Benjamin Favier reçoivent le photographe Guillaume Mussau pour comprendre la tendance néo-rétro en photographie : appareils au look argentique, simulations de films, retour de la pellicule. Guillaume Mussau a passé cinq ans comme photographe à l’armée, où il dirigeait la cellule numérique de l’établissement photographique et cinématographique des armées, avant de s’installer en indépendant il y a bientôt 24 ans (architecture, mode, communication institutionnelle, portrait). Il enseigne, préside depuis 2020 le Club Photoshop de Paris (600 adhérents) et est ambassadeur Fujifilm depuis 2021. Anne-Lou Buzot, enseignante au laboratoire de l’ENS Louis-Lumière, ouvre le débat : chez ses étudiants, nés dans le numérique, l’argentique est « un retour à la matérialité », et chez les artistes un retour à l’expérimentation.
L’émission s’ouvre sur l’actualité de la semaine (optiques Viltrox et Lumix, GoPro Mission One, DJI Osmo Pocket 4, palmarès des Sony World Photography Awards et du World Press Photo) et sur la relance du Widelux, appareil panoramique argentique, par l’acteur Jeff Bridges et le magazine Silvergrain Classics.
Désirer l’objet, aimer la contrainte
Pour Guillaume Mussau, la tendance tient d’abord au rapport entre la forme d’un appareil et son usage. Il retrace les grandes familles de boîtiers (chambre, cube moyen format, bi-objectif, télémétrique, reflex) et raconte qu’il est revenu chez Fujifilm avec le X-Pro 1, en 2012, parce qu’il y retrouvait « l’esthétique d’un vieil ami », le télémétrique Leica M qu’il avait longtemps utilisé, alors qu’il n’avait aucun affect pour son reflex numérique pourtant excellent. Les animateurs ajoutent le plaisir de la contrainte et de l’imperfection face à des boîtiers modernes si performants qu’ils produisent des images « chirurgicales ». L’un d’eux rapporte aussi l’analyse de l’historien Michel Poivert : reprendre la main sur les réglages, échapper au cloud et à l’IA. Matthieu Lepage, de la boutique Camara de La Roche-sur-Yon, observe en magasin des clients qui cherchent des repères rassurants, la nostalgie avec le confort de la technologie actuelle, et une forme de discrétion.
Guillaume Mussau nuance ce dernier point : un appareil qui paraît ancien n’échappe pas forcément aux voleurs, certains Leica valant très cher.
Simulations de films et retour du JPEG
La deuxième partie porte sur l’image elle-même. Selon Guillaume Mussau, Fujifilm a changé la manière de photographier en associant ses simulations de films, héritées de son passé de fabricant de pellicules, à la visée électronique : on voit le rendu choisi avant de déclencher. Il y voit un retour à la logique de la diapositive, bonne à la prise de vue ou à jeter, et une réhabilitation du JPEG. Il conseille d’activer les fonctions DR200 ou DR400 pour compenser les 8 bits du JPEG dans les scènes contrastées. Il démonte aussi les packs de presets vendus sans préciser le profil de départ : un rendu de boîtier n’est qu’une courbe, une saturation et une dérive de couleur posées sur le profil ICC, comme une LUT en vidéo. La discussion passe par la vidéo (fichier 8 bits avec simulation, log en 10 bits, RAW) et la simulation Eterna, issue d’une pellicule cinéma de Fujifilm.
Sa conclusion sur la fidélité de ces rendus : la vraie question n’est pas de savoir s’ils sont justes, mais s’ils conviennent à ce qu’on veut exprimer.
Nikon, Fujifilm, Instax : des stratégies différentes
Hicham Bou-Oulaoun, de Nikon France, explique que le Zfc puis le Zf rendent hommage au FM2 argentique avec une technologie actuelle, et que leur succès a permis des couleurs et des éditions limitées. Benjamin Favier, propriétaire d’un FM2, salue un boîtier réussi tout en regrettant de ne pas y retrouver les sensations de ses optiques manuelles. Les animateurs notent que Canon ne joue pas cette carte et que Sony, venu à la photo par le numérique, n’en a pas la légitimité. Guillaume Mussau rattache le design des X-T de Fujifilm aux Contax des années 1980, dessinés par le bureau d’études de Porsche, et voit dans le néo-rétro une « troisième voie » pour se distinguer des grands constructeurs. Marion Oudjedi, de Fujifilm France, présente Instax comme un catalyseur d’une « nostalgie modernisée », jusqu’au mini Evo Cinéma, premier instantané qui permet de réaliser de courtes vidéos.
Guillaume Mussau cite aussi Hasselblad, Ricoh, les flashs rétro de Godox et des artisans de la chambre photographique.
Ralentir, et se prouver photographe
Au moment du bilan, Guillaume Mussau résume le néo-rétro par l’envie d’un bel objet et un ralentissement : ne plus s’exciter sur la dernière nouveauté, comme les « dumb phones » face aux smartphones ou la nouvelle Renault 5 dans l’automobile. Il le juge adapté à ceux qui travaillent tranquillement, moins au photographe de sport qui a besoin d’un boîtier rapide. Il rappelle que le rendu ancien a toujours existé, citant les solarisations de Man Ray ou une séance de Paolo Roversi au Polaroid, chaque image rendue unique par l’évolution de la lumière naturelle. Face à des campagnes publicitaires réalisées entièrement par IA, l’argentique et le néo-rétro deviennent pour lui « une valeur refuge », une façon de dire que c’est bien de la photographie. Il prédit enfin que les compacts et reflex numériques d’il y a quinze ans auront leur heure de gloire : « gardez des batteries fonctionnelles ».
L’émission se termine par les questions des auditeurs, dont le choix impossible entre le Widelux de Jeff Bridges et un Fujifilm TX-1.
Pour aller plus loin
- Le site du podcast Faut Pas Pousser Les ISO
- La mini-série du podcast consacrée au marché de l’occasion
Les références de l’épisode
- Fujifilm X-Pro 1, X-T5 et gamme X : les boîtiers néo-rétro de la marque, arrivée sur l’hybride en 2012
- Simulations de films Fujifilm : Classic Chrome, Velvia, Provia, Astia, Eterna
- Nikon Zf et Zfc : boîtiers hybrides inspirés du FM2 argentique
- Leica M3 et M EV1 : le télémétrique classique et le premier M à viseur électronique
- Canon T90 : reflex argentique qui a rompu avec le dessin classique des boîtiers
- Contax RTS : reflex argentiques dessinés par le bureau d’études de Porsche
- Widelux : appareil panoramique argentique relancé par Jeff Bridges et Silvergrain Classics
- Instax mini Evo, Wide Evo et mini Evo Cinéma : appareils instantanés de Fujifilm
- ENS Louis-Lumière : école où enseigne Anne-Lou Buzot
- Camara : réseau de magasins photo, boutique de La Roche-sur-Yon
- Michel Poivert : historien de la photographie cité sur la réappropriation de l’outil
- DxO FilmPack et Lumix Lab : outils de simulation de rendus argentiques
- Paolo Roversi et Man Ray : exemples de rendus uniques obtenus à la prise de vue ou au tirage
- Club Photoshop de Paris : association présidée par Guillaume Mussau
Au fil de l’épisode
- 00:00:20 : présentation du thème, la tendance néo-rétro en photographie
- 00:01:31 : le parcours de Guillaume Mussau, de l’armée au métier d’indépendant
- 00:04:01 : le Club Photoshop de Paris et ses réunions mensuelles
- 00:06:07 : flash actu, optiques Viltrox et Lumix, GoPro Mission One
- 00:09:08 : la DJI Osmo Pocket 4 présentée par Baptiste Soto
- 00:12:50 : les lauréats des Sony World Photography Awards, du Nikon Film Festival et du World Press Photo
- 00:20:33 : la revue de presse photo
- 00:24:10 : la relance du Widelux par Jeff Bridges et Silvergrain Classics
- 00:34:15 : le néo-rétro, une tendance qui dépasse la photographie
- 00:34:44 : Anne-Lou Buzot et le retour de l’argentique chez les étudiants
- 00:37:09 : le néo-rétro est-il le vinyle de la photo ? Histoire des formes d’appareils
- 00:41:56 : le désir de l’objet et le plaisir de la manipulation
- 00:45:15 : la contrainte et l’imperfection comme plaisir
- 00:51:25 : reprendre la main sur l’outil, échapper au cloud et à l’IA
- 00:52:24 : Matthieu Lepage, de Camara La Roche-sur-Yon, et les clients du néo-rétro
- 01:00:39 : les simulations de films de Fujifilm
- 01:04:38 : le JPEG et la logique de la diapositive
- 01:07:16 : l’astuce des fonctions DR200 et DR400
- 01:09:09 : profil ICC, styles d’image et presets
- 01:14:12 : les simulations de films en vidéo, du 8 bits au RAW
- 01:19:15 : le Nikon Zf présenté par Hicham Bou-Oulaoun
- 01:26:28 : Canon et Sony face au néo-rétro
- 01:28:00 : les sources d’inspiration du design Fujifilm
- 01:34:42 : Instax présenté par Marion Oudjedi
- 01:39:22 : l’Instax mini Evo Cinéma et l’expérience argentique sans pellicule
- 01:43:25 : débrief, pourquoi le néo-rétro séduit
- 01:46:37 : quels photographes sont concernés
- 01:48:31 : donner un look vintage à ses images, de Man Ray à Paolo Roversi
- 01:51:12 : le néo-rétro comme valeur refuge face à l’IA
- 01:57:06 : les boîtiers qui seront recherchés demain
- 01:58:42 : le quiz des auditeurs
FAQ
Qui est Guillaume Mussau ?
Guillaume Mussau est un photographe indépendant depuis près de 24 ans, spécialisé en architecture, mode, communication institutionnelle et portrait. Il a commencé comme photographe à l’armée pendant cinq ans. Il enseigne notamment aux Gobelins, préside depuis 2020 le Club Photoshop de Paris et est ambassadeur Fujifilm depuis 2021.
Pourquoi la tendance néo-rétro séduit-elle les photographes ?
Selon les intervenants de l’épisode, elle répond à plusieurs envies : le désir d’un bel objet qu’on a plaisir à manipuler, des réglages lisibles d’un coup d’œil, un ralentissement face à la course à la performance, la matérialité de l’argentique pour une génération née dans le numérique, et une forme d’authenticité face aux images produites par l’intelligence artificielle.
Qu’est-ce qu’une simulation de film chez Fujifilm ?
C’est un rendu d’image intégré au boîtier, inspiré des pellicules historiques de la marque (Velvia, Provia, Classic Chrome, Eterna). Guillaume Mussau explique qu’il s’agit techniquement d’une courbe, d’une saturation et d’une dérive de couleur appliquées au profil du capteur. Associée à la visée électronique, elle permet de voir le rendu final avant de déclencher.
Comment donner un rendu vintage à ses photos numériques ?
D’après l’épisode, trois voies existent : régler le style d’image dans le boîtier (simulations de films, recettes partagées par des passionnés), travailler en post-production avec des logiciels comme DxO FilmPack ou des presets, ou photographier directement en argentique. Guillaume Mussau conseille de vérifier sur quel profil de départ un preset a été conçu.
Qu’est-ce que le Widelux relancé par Jeff Bridges ?
C’est un appareil panoramique argentique dont l’objectif de 26 mm pivote pendant l’exposition pour couvrir 140 degrés, sur un film au format 24 x 59 mm. L’acteur Jeff Bridges, son épouse et le magazine Silvergrain Classics en ont relancé la fabrication. 350 exemplaires sont proposés en prévente à 5 200 euros.
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