
Valentina Benigni, photographe d'art et voix du podcast Au cœur du cadre, ouvre une série de trois épisodes sur le droit d'auteur par une question de posture : pourquoi tant de photographes se sentent flattés quand une de leurs images est reprise sans autorisation, parfois sans leur nom ? À partir de situations qu'elle a vécues, elle distingue la reconnaissance d'un travail et son utilisation au profit d'un autre, décrit la culpabilisation qui vise celui qui proteste, et la diffusion en cascade qui éloigne une image de son auteur.
Reconnaissance et droit d’auteur : deux choses distinctes
Dans ce premier épisode d’une série de trois consacrée au droit d’auteur en photographie, Valentina Benigni, photographe d’art, parle seule au micro d’une situation qu’elle dit avoir vécue à plusieurs reprises : découvrir l’une de ses photographies utilisée sans autorisation, parfois recadrée, parfois sans son nom. Elle s’intéresse moins à la règle qu’à la réaction de l’auteur. La première réaction, explique-t-elle, n’est pas toujours la colère mais une forme de satisfaction : quelqu’un a choisi l’image. Elle oppose deux cas. Une personne qui demande l’autorisation laisse au photographe le choix d’accepter, de refuser, de proposer une licence payante ou de céder gratuitement. Une personne qui se sert sans demander utilise la valeur d’une image pour promouvoir son activité, son événement ou son spectacle, sans que le public sache qui en est l’auteur. Elle rappelle qu’une utilisation sans l’autorisation nécessaire peut constituer une contrefaçon et qu’en droit français la protection dépend notamment de l’originalité de l’œuvre, non du statut professionnel ou amateur de son auteur. Elle décrit ensuite le renversement qu’elle a observé quand elle signalait un abus : « La personne qui demande le respect de ses droits devient celle qui doit se justifier. » Viennent la culpabilisation, la menace de perdre une collaboration, et la phrase « mais je t’ai fait de la pub ». Elle termine sur la diffusion en cascade : une première reprise non autorisée donne l’impression que l’image est libre, d’autres suivent, et le nom de l’auteur disparaît au fil des reprises.
Sa conclusion tient en une phrase : « Ce n’est pas parce que notre photographie est appréciée que notre travail est respecté. » Elle ne plaide pas pour la bataille juridique systématique : choisir de ne pas poursuivre reste possible, à condition que ce soit un choix et non la peur qui décide.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « J’explique ça à mon chat » : série de vidéos humoristiques de Valentina Benigni sur les réseaux sociaux, consacrée aux utilisations abusives de photographies.
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 : annonce d’une série de trois épisodes sur le droit d’auteur et de la série de vidéos « J’explique ça à mon chat »
- 00:01:21 : programme des deux épisodes suivants, et précision : ce ne sont pas des cours de droit
- 00:02:29 : découvrir sa photographie utilisée sans autorisation, et la satisfaction qu’on peut en ressentir
- 00:03:31 : être sollicité ou voir son image prise sans accord, deux situations différentes
- 00:04:27 : utilisation sans autorisation et contrefaçon
- 00:05:04 : une photographie choisie pour valoriser l’activité de quelqu’un d’autre
- 00:06:34 : le rapport à la légitimité chez les photographes autodidactes
- 00:08:15 : amateur ou professionnel, la protection dépend de l’originalité de l’œuvre
- 00:09:23 : ses propres expériences d’utilisations non autorisées et les réactions entendues
- 00:10:51 : quand le photographe devient celui qui doit se justifier
- 00:13:30 : culpabilisation et peur de perdre une collaboration
- 00:14:00 : la phrase « mettez-moi sur la photo », renvoyée au troisième épisode
- 00:16:37 : renoncer par choix ou renoncer par peur
- 00:17:15 : la diffusion en cascade d’une image reprise sans autorisation
- 00:18:15 : exceptions prévues par la loi et cercle vicieux de la circulation
- 00:20:54 : ce qu’elle retient : une photographie appréciée n’est pas forcément respectée
- 00:23:36 : question aux auditeurs et annonce de l’épisode suivant sur « je ne suis qu’un amateur »
FAQ
Utiliser une photo trouvée sur Instagram sans autorisation est-il une contrefaçon ?
Selon Valentina Benigni, utiliser une photographie protégée par le droit d’auteur sans l’autorisation nécessaire peut constituer une contrefaçon. Elle rappelle que reproduire, diffuser, modifier une image ou supprimer le nom de son auteur peut porter atteinte à ses droits selon les circonstances, tout en précisant que certaines reprises restent licites : autorisations, fonctions de partage, exceptions prévues par la loi.
Un photographe amateur est-il protégé par le droit d’auteur ?
Oui, d’après Valentina Benigni : en droit français, la protection par le droit d’auteur dépend notamment de l’originalité de l’œuvre, et non du fait que son créateur soit professionnel ou amateur. Elle invite les photographes qui ne vivent pas de leur travail à ne pas considérer que leurs images méritent moins de respect pour cette raison.
Pourquoi une utilisation sans crédit n’est-elle pas de la visibilité ?
Parce que, explique Valentina Benigni, la personne qui reprend l’image sans citer son auteur s’en sert pour valoriser sa propre activité, son événement ou son spectacle. Si le nom du photographe n’apparaît nulle part, le public ne sait pas qui a réalisé la photographie : c’est le travail de l’autre qui est mis en avant, grâce au sien.
Pourquoi réagir dès la première utilisation non autorisée ?
Valentina Benigni décrit un effet de cascade : une image publiée sans autorisation semble librement réutilisable, d’autres comptes, événements ou médias la reprennent, et le nom de l’auteur se perd au fil des reprises. Retirer une publication ne fait pas disparaître toutes les copies, et retrouver chaque utilisation demande ensuite beaucoup de temps et d’énergie.
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