
La photographe d'art Valentina Benigni consacre cet épisode d'Au cœur du cadre au lâcher-prise dans le processus artistique. Quand la structure d'un projet arrive trop tôt, série, exposition ou livre, elle risque de diriger la créativité au lieu de la servir. Elle invite à laisser un projet changer de forme ou de direction, et à ne pas laisser le résultat attendu ni la validation des autres décider de ce qu'on a le droit de découvrir.
Desserrer les doigts
Dans cet épisode d’Au cœur du cadre, la photographe d’art Valentina Benigni réfléchit seule au micro au lâcher-prise dans un projet artistique. Pour elle, ce qu’il faut lâcher n’est pas le projet, mais l’idée qu’on se faisait de ce qu’il devait devenir. Une exposition, un livre ou un dossier demandent une structure, mais si celle-ci arrive trop tôt, elle cesse de soutenir le travail et commence à le diriger : on produit alors les images dont on pense avoir besoin, au lieu d’écouter ce qui émerge. Un projet peut être un espace d’exploration, où l’on croit photographier un sujet avant de découvrir que ce qui touche est ailleurs, ou que le travail parle aussi de soi. Elle distingue « structurer ce que nous avons découvert » et « décider à l’avance de ce que nous avons le droit de découvrir », et met en garde contre une autre forme de contrôle, plus discrète : imaginer trop tôt la réaction d’une galerie, d’un jury ou d’un concours. Un projet qui ne devient pas une exposition n’a pas forcément échoué, il peut être une étape vers un travail plus profond. Lâcher prise, dit-elle, ce n’est pas ouvrir la main et laisser tomber, c’est desserrer les doigts.
Elle propose deux questions : est-ce que j’écoute encore ce que je découvre ? Et que voudrais-je explorer si je retirais l’exposition, le livre et le regard des autres ?
Pour aller plus loin
Au fil de l’épisode
- Lâcher prise : ce que l’on doit vraiment lâcher
- Pourquoi un projet a besoin d’une structure
- Quand la structure arrive trop tôt et dirige le travail
- Laisser un projet nous surprendre
- Un projet qui n’aboutit pas a-t-il échoué ?
- Structurer ce que l’on a découvert, pas ce que l’on a le droit de découvrir
- Le regard des autres, une forme de contrôle discrète
- Desserrer les doigts, dans la création comme dans la vie
- Deux questions pour un projet qui résiste
FAQ
Qu’est-ce que lâcher prise dans un projet photographique ?
Pour Valentina Benigni, lâcher prise ne veut pas dire abandonner son projet, mais renoncer à l’idée précise de ce qu’il devait devenir. Il s’agit de rester assez attentif pour remarquer quand le travail mène ailleurs, quand un détail jugé secondaire prend toute la place, plutôt que de vérifier sans cesse qu’il colle au plan de départ.
À quel moment structurer un projet artistique ?
Valentina Benigni estime qu’une structure est indispensable pour exposer, publier ou monter un dossier, mais qu’elle doit venir après l’exploration. Si l’on décide trop tôt du nombre d’images, du format ou du public visé, on finit par produire les photographies dont on croit avoir besoin, au lieu d’écouter ce qui émerge du travail.
Un projet photo qui n’aboutit pas est-il raté ?
Pas forcément, selon Valentina Benigni. Une recherche qui ne devient ni exposition ni livre peut avoir appris une nouvelle manière de photographier, une lumière, une façon de composer ou une question jamais posée. Elle peut être l’étape d’exploration nécessaire avant un travail plus profond, la première goutte d’un océan qu’on ne voyait pas encore.
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