
Frédéric Jourda est tireur couleur au laboratoire Picto depuis 1986, dans les pas de son père. Au micro de Vincent Marcilhacy, pour la série Les Métamorphoses du Laboratoire, il revient sur sa formation, sa rencontre avec Gisèle Freund et son attachement au tirage à l'agrandisseur. Il explique comment le tireur accompagne le photographe sans jamais prendre sa place, et pourquoi il s'inquiète pour l'avenir du tirage couleur analogique, faute de machines réparables et d'enseignement.
Quarante ans dans la chambre noire de Picto
Frédéric Jourda est tireur couleur au laboratoire Picto depuis 1986. Interrogé par Vincent Marcilhacy pour la série Les Métamorphoses du Laboratoire, il raconte comment il est entré dans le métier à 17 ans, en 1980, par des jobs d’été obtenus grâce à son père, Philippe Jourda, lui aussi tireur chez Picto. Une saison au tirage couleur à Montparnasse a été pour lui « une révélation » ; il passe ensuite par l’école Louis-Lumière et entre au labo à sa sortie, avant d’en devenir le responsable du tirage couleur en 1989. Sa rencontre décisive date de 1991 : il réalise les tirages d’une grande exposition de Gisèle Freund pour Beaubourg, dont il avait lu « Photographie et société » à l’école. Il dit avoir cherché à être reconnu comme Frédéric Jourda, et non comme « le fils de Philippe Jourda ». Aujourd’hui encore, il préfère le tirage analogique à l’agrandisseur, où il se sent artisan, au travail derrière un écran. Il décrit le tireur comme « une force de proposition » qui ne se substitue jamais au photographe : avec Raymond Depardon, qui lui confie ses négatifs sans venir au labo, comme avec ceux qui s’installent à ses côtés, il cherche ce qu’il appelle « le tirage juste ». Il évoque aussi les résidences Pictolab, où il a détourné le tirage couleur sans négatif avec Baptiste Rabichon et Thomas Paquet.
Lucide sur l’avenir, il se dit pessimiste pour le tirage couleur à l’agrandisseur : les machines n’ont plus de service après-vente, le procédé n’est presque plus enseigné, et il redoute que des normes environnementales visent un jour les produits du révélateur.
Les références de l’épisode
- Picto : laboratoire photographique parisien fondé en 1950, où Frédéric Jourda travaille depuis 1986.
- Pierre Gassmann : fondateur de Picto, avec qui il a fait ses premiers stages à la finition des tirages.
- École Louis-Lumière : école où il a obtenu son BTS photo, sortie en 1986.
- Gisèle Freund : photographe pour qui il a tiré une grande exposition à Beaubourg en 1991.
- « Photographie et société » : livre de Gisèle Freund qu’il avait lu pendant ses études.
- Raymond Depardon : photographe qui lui confie ses négatifs à distance.
- Pictolab : résidences d’expérimentation de l’image menées au laboratoire.
- Baptiste Rabichon et Thomas Paquet : artistes accueillis en résidence, avec qui il a tiré sans négatif.
- Les Métamorphoses du Laboratoire : série d’entretiens initiée par Picto, prolongée par un livre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:57 : premiers stages d’été chez Picto à 17 ans, sur les traces de son père
- 00:01:23 : la révélation du tirage couleur à Montparnasse
- 00:01:48 : l’école Louis-Lumière et l’entrée à Picto en 1986
- 00:02:17 : responsable du tirage couleur en 1989, puis la rencontre avec Gisèle Freund
- 00:03:07 : se faire un nom face à celui de son père
- 00:03:32 : le tirage à l’agrandisseur, un geste d’artisan
- 00:04:21 : le rôle du tireur, entre rendez-vous et négatifs confiés
- 00:05:01 : fidélité au photographe et recherche du « tirage juste »
- 00:06:23 : les résidences Pictolab et le tirage sans négatif
- 00:08:04 : jet d’encre et tirage photographique, deux procédés distincts
- 00:09:17 : pas de signature du tireur dans l’image
- 00:09:40 : ce que sa propre pratique photographique apporte à son regard
- 00:11:03 : l’avenir incertain du tirage couleur à l’agrandisseur
- 00:12:18 : un procédé qui n’est presque plus enseigné
- 00:13:00 : l’échange avec les photographes, ce qu’il préfère dans son métier
FAQ
Qui est Frédéric Jourda ?
Frédéric Jourda est tireur couleur au laboratoire Picto depuis 1986, après des stages d’été commencés en 1980 et un passage par l’école Louis-Lumière. Fils du tireur Philippe Jourda, il est devenu responsable du tirage couleur en 1989. Il pratique aussi la photographie depuis les années 1990, surtout le paysage et le voyage.
Quelle différence fait-il entre tirage et impression jet d’encre ?
Pour Frédéric Jourda, un tirage photographique suppose que les colorants soient dans le papier. Le jet d’encre dépose de l’encre sur le papier : il le range donc du côté de l’impression, comme en imprimerie. Il précise que cette distinction porte sur le procédé et non sur la qualité.
Comment travaille-t-il avec un photographe comme Raymond Depardon ?
Raymond Depardon ne vient plus au laboratoire : il lui confie ses négatifs, Frédéric Jourda réalise les tirages et les lui envoie, puis le photographe valide. Le tireur dit pourtant préférer les séances où le photographe est présent, parce qu’un véritable échange s’installe et que c’est toujours l’auteur qui a le dernier mot.
Pourquoi le tirage couleur à l’agrandisseur risque-t-il de disparaître ?
Selon lui, la menace est matérielle : la développeuse du laboratoire n’a plus de service après-vente et une simple panne pourrait arrêter le métier. Il ajoute que le tirage couleur n’est presque plus enseigné dans les écoles de photographie, et que des normes environnementales pourraient un jour interdire certains produits.
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