
Christophe Batifoulier, que le milieu surnomme Bati, pratique le tirage depuis près de quarante ans, dont un quart de siècle au laboratoire Picto. Dans cet épisode des Métamorphoses du laboratoire, série de The Eyes Talks animée par Vincent Marcilhacy, il raconte comment un tirage raté de jeune amateur de jazz l'a conduit en chambre noire. Il explique son rôle d'interprète au service du photographe, son travail en piézographie et en platine-palladium, et livre une anecdote de trois jours passés à réinterpréter des images avec Josef Koudelka.
Interprète, jamais compositeur
Christophe Batifoulier, tireur au laboratoire Picto depuis vingt-cinq ans, répond à Vincent Marcilhacy dans Les Métamorphoses du laboratoire, une série de The Eyes Talks consacrée aux tireurs et aux photographes. Il pratique aujourd’hui surtout le tirage jet d’encre, la piézographie, une technique d’impression à encres, et, depuis cinq ans, le tirage platine et platine-palladium. Tout a commencé par hasard : adolescent, il photographie des concerts de jazz et reçoit d’un magasin un tirage flou et taché alors que son négatif était net. Étudiant à Toulon, il apprend à tirer lui-même auprès d’un professeur des Beaux-Arts et tombe amoureux de la chambre noire. Pour lui, il n’existe pas de tirage plus juste qu’un autre : « Le rôle du tireur, c’est d’aller à la vérité du photographe et non pas à la sienne. » Il aime pourtant rester « sur le fil », à la limite où le tirage pourrait basculer, et proposer d’autres interprétations quand le photographe lui laisse le champ libre. Mais il refuse que l’on reconnaisse sa signature : « On n’est que des interprètes, on n’est pas des compositeurs. » Ses expérimentations, menées le soir et le week-end, nourrissent ce qu’il appelle sa banque de données mentale. Quand il a introduit la piézographie chez Picto, il a passé des week-ends à démonter les machines et à tester tous les papiers, et il est allé aux États-Unis chez le fabricant des encres. Il voit dans la cohabitation du numérique et des procédés anciens « un mariage heureux », mais doute de l’avenir de l’argentique, appelé selon lui à devenir un marché de niche aux coûts exponentiels.
Réintroduire les procédés anciens chez Picto, dit-il, ne fait pas vivre le laboratoire mais prolonge l’héritage de son fondateur, Pierre Gassmann, et d’un travail où tout passait par la main. Il termine sur une anecdote : trois jours à réinterpréter une dizaine d’images avec Josef Koudelka, pour revenir finalement aux premiers tirages, parce que le photographe voulait s’assurer qu’ils n’étaient passés à côté de rien.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Laboratoire Picto : laboratoire photo fondé en 1950, où Christophe Batifoulier travaille depuis vingt-cinq ans.
- Pierre Gassmann : fondateur de Picto, que Christophe Batifoulier présente comme l’inventeur du métier de tireur.
- Josef Koudelka : photographe avec qui il travaille depuis vingt et un ans et pour qui il a réalisé de nombreuses expositions.
- Magnum : l’agence qui lui a envoyé les négatifs de Josef Koudelka.
- Piézographie : procédé d’impression noir et blanc qu’il a introduit chez Picto il y a près de vingt ans.
- Tirage platine et platine-palladium : procédé ancien qu’il pratique depuis cinq ans.
- Fujifilm : soutien de la série Les Métamorphoses du laboratoire.
- Les Métamorphoses du laboratoire : la série existe aussi en livre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : présentation de la série et de Christophe Batifoulier
- 00:00:29 : quarante ans de tirage, dont vingt-cinq chez Picto
- 00:00:59 : un tirage raté de photo de jazz et l’apprentissage à Toulon
- 00:01:42 : le coup de foudre pour la chambre noire
- 00:02:09 : ce qui le passionne : l’exigence, le papier, la rencontre avec les photographes
- 00:03:06 : reconnaître le bon tirage, aller à la vérité du photographe
- 00:03:54 : proposer d’autres interprétations quand le photographe laisse le champ libre
- 00:05:14 : le tireur interprète, pas compositeur
- 00:05:48 : l’expérimentation, du platine-palladium à la piézographie
- 00:07:22 : numérique et procédés anciens, l’avenir incertain de l’argentique
- 00:08:40 : la piézographie chez Picto et l’héritage de Pierre Gassmann
- 00:10:36 : trois jours de travail avec Josef Koudelka
FAQ
Qui est Christophe Batifoulier ?
Christophe Batifoulier, surnommé Bati, est tireur au laboratoire Picto depuis vingt-cinq ans et pratique le tirage depuis près de quarante ans. Il travaille surtout le jet d’encre, la piézographie et, depuis cinq ans, le tirage platine et platine-palladium. Il collabore avec Josef Koudelka depuis vingt et un ans.
Quel est le rôle d’un tireur selon Christophe Batifoulier ?
Pour lui, le tireur doit aller à la vérité du photographe, pas à la sienne. Il peut proposer d’autres interprétations, d’autres papiers ou d’autres procédés, mais il reste un interprète : il compare le tireur au musicien qui joue l’œuvre d’un compositeur, et refuse de prendre le devant de la scène.
Comment la piézographie est-elle arrivée chez Picto ?
Christophe Batifoulier l’a introduite il y a près de vingt ans. Il a passé des week-ends à démonter et remonter les machines, à tester les mélanges et tous les papiers, et s’est rendu aux États-Unis chez le fabricant des encres. Aujourd’hui, Picto réalise des tirages piézo tous les jours, notamment pour des expositions.
Que raconte l’anecdote avec Josef Koudelka ?
Après avoir reçu de Magnum une dizaine de négatifs, Christophe Batifoulier a tout réinterprété pendant trois jours avec Josef Koudelka. À la fin, le photographe a demandé de remettre au mur les premiers tirages : il voulait seulement s’assurer qu’ils n’étaient passés à côté d’aucune interprétation.
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