
Thomas Consani tire en noir et blanc depuis 1987, d'abord avec son père, aujourd'hui au laboratoire Picto. Dans cet épisode des Métamorphoses du Laboratoire, la série de The Eyes Talks consacrée aux tireurs, il explique ce qui se joue entre un photographe et celui qui révèle ses images. Il raconte la passation auprès de Marc Riboud, sa nomination comme maître d'art, la disparition presque complète de son métier à Paris et le successeur qu'il va former.
Tireur noir et blanc, de père en fils
Thomas Consani, tireur argentique noir et blanc depuis près de quarante ans et aujourd’hui au laboratoire Picto, raconte son métier dans Les Métamorphoses du Laboratoire, série de The Eyes Talks consacrée aux tireurs à l’occasion des 75 ans du laboratoire, fondé en 1950. Il a commencé en 1987 aux côtés de son père, tireur au laboratoire Publimode : « je suis tombé dans le révélateur, au sens propre et au sens figuré ». Pour lui, impossible de faire un tirage sans rencontrer le photographe, car « la photo ressemble au photographe » ; le bon tirage se trouve à deux, en dialogue, en général au bout de deux essais, en éclaircissant ou en densifiant. En 1993, il a pris la suite de son père, qui tirait depuis trente ans pour Marc Riboud, et il retire encore avec le même plaisir ses images de la jeune fille à la fleur et du peintre de la tour Eiffel. Il se dit à la fois artisan et un peu artiste, mais refuse d’embellir : « si une photo n’est pas bonne à la prise de vue », aucun contraste ne la rendra belle, et la main du tireur ne doit pas se voir, puisqu’il faut respecter la volonté du photographe sur des décennies, même après sa mort. Récemment nommé maître d’art par le ministère de la Culture, le premier en tirage argentique noir et blanc selon lui, il rappelle qu’il y a vingt-cinq ou trente ans Paris comptait 250 tireurs noir et blanc, contre six aujourd’hui. Ce titre l’engage à former un successeur pendant trois à cinq ans, avec une règle : « 60 % d’humain, 40 % de technique ».
Il observe le retour de l’argentique depuis une quinzaine d’années, chez les jeunes comme chez les anciens, et raconte son travail avec un photographe qui fait produire en Israël un papier mêlant terre d’Israël, terre de Palestine et feuilles de mûrier écrasées, sur lequel le laboratoire coule de la gélatine pour tirer « comme un papier photo normal ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Laboratoire Picto : le laboratoire photo professionnel fondé en 1950, où travaille Thomas Consani.
- Publimode : le laboratoire où Thomas Consani a débuté en 1987 avec son père.
- Marc Riboud : le photographe pour lequel ont tiré le père puis le fils.
- William Klein et Henri Cartier-Bresson : photographes cités parmi ceux dont Thomas Consani a tiré ou évoque les images.
- Maître d’art : le titre décerné par le ministère de la Culture, qui engage à former un successeur.
- « Les Métamorphoses du Laboratoire » : la série d’entretiens initiée par la Picto foundation avec le soutien de Fuji Film, déclinée aussi en livre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : présentation de la série et de Thomas Consani
- 00:00:30 : les débuts en 1987 avec son père au laboratoire Publimode
- 00:01:31 : rencontrer le photographe et l’émotion du révélateur
- 00:02:41 : la relation avec Marc Riboud et les jeunes photographes
- 00:03:41 : artisan, artiste ou interprète
- 00:05:13 : la passation entre le père et le fils auprès de Marc Riboud
- 00:07:00 : peut-on reconnaître la main d’un tireur ?
- 00:08:04 : maître d’art et l’avenir d’un métier qui ne compte plus que six tireurs à Paris
- 00:10:41 : former un successeur
- 00:11:40 : le numérique, le retour de l’argentique et prendre son temps
- 00:13:13 : un papier produit avec la terre d’Israël et de Palestine
FAQ
Qui est Thomas Consani ?
Thomas Consani est tireur argentique noir et blanc au laboratoire Picto. Il a commencé en 1987 avec son père au laboratoire Publimode et tire depuis près de quarante ans pour de grands photographes, dont Marc Riboud. Il vient d’être nommé maître d’art par le ministère de la Culture, le premier dans ce domaine selon lui.
Qu’est-ce qu’un tireur en photographie argentique ?
Le tireur réalise en chambre noire les tirages à partir des négatifs du photographe : révélateur, papier, agrandisseur. Selon Thomas Consani, il doit d’abord comprendre ce que veut le photographe, trouver avec lui la bonne densité, sans jamais embellir ni trahir l’image, au point que sa propre main ne doit pas se voir.
Combien reste-t-il de tireurs noir et blanc à Paris ?
Thomas Consani affirme qu’il y a vingt-cinq ou trente ans, Paris comptait 250 tireurs argentiques noir et blanc, et qu’ils ne sont plus que six aujourd’hui. C’est pourquoi son titre de maître d’art l’engage à former un jeune tireur pendant trois à cinq ans, pour assurer la transmission du métier.
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