
Thomas Paquet, photographe franco-canadien, explore la lumière, l'espace et le temps sans forcément passer par l'appareil photo. Dans cet épisode des Métamorphoses du laboratoire, série de The Eyes Talks animée par Vincent Marcilhacy pour les 75 ans du laboratoire Picto, il retrace son passage de la photo de commande à une pratique abstraite et expérimentale. Il détaille ses protocoles, ses cyanotypes réalisés avec l'ombre d'un gnomon, et la série De la chambre noire, créée avec les tireurs de Picto en projetant directement la lumière sur le papier.
La lumière comme matière première
Le photographe franco-canadien Thomas Paquet répond à Vincent Marcilhacy dans Les Métamorphoses du laboratoire, une série de The Eyes Talks consacrée aux tireurs et photographes qui travaillent en chambre noire. Son goût pour l’image remonte à l’adolescence, dans le laboratoire noir et blanc de son père photographe : la lumière inactinique rouge, l’odeur de l’acide acétique qui « sent un peu le vinaigre ». Son grand-père peintre, rattaché à la seconde école de Paris, lui a transmis un penchant pour l’abstraction. Formé dans une école parisienne puis assistant en studio dans les années 2000, encore en argentique, il a vu arriver le numérique tout en gardant un « jardin secret » de création personnelle. Une exposition au Victoria and Albert Museum de Londres, Shadow Catchers, consacrée aux photographes qui n’utilisent plus d’appareil, l’a marqué. Il s’est alors formé aux procédés historiques : cyanotype, collodion, dont les seuls supports sont la plaque de verre ou de métal, et d’autres procédés qui donnent une matérialité aux images. Il travaille par protocole, en s’imposant des règles : pour la série L’Ombre des heures, il expose l’ombre d’un gnomon, l’aiguille du cadran solaire, sur des papiers sensibilisés au cyanotype, à intervalles réguliers au fil de la journée. Avec le Prix Picto, en 2023, il a créé la série De la chambre noire en détournant les outils du laboratoire : plus de négatif, plus d’image, la lumière est projetée directement sur le papier photosensible, et les tireurs de Picto l’ont aidé à installer les grands formats et à choisir les filtrages de couleur.
Présentée au salon Approche, la série rejouait le laboratoire avec un grand panneau métallique où l’on juge les tirages ; dans les cadres, le papier est incliné comme lors de la prise de vue. Face à l’intelligence artificielle, Thomas Paquet dit vouloir garder « du plaisir à manipuler les choses » et prépare un dispositif autour du pendule de Foucault, où la rotation de la Terre dessinera sur le papier.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Laboratoire Picto : laboratoire photo fondé en 1950, dont la série célèbre les 75 ans et où Thomas Paquet a créé De la chambre noire.
- Prix Picto 2023 : la distinction qui lui a permis de développer cette série.
- De la chambre noire : série où la lumière est projetée sans négatif sur le papier photosensible.
- L’Ombre des heures : série de cyanotypes réalisés avec l’ombre d’un gnomon.
- Shadow Catchers : exposition du Victoria and Albert Museum, à Londres, sur la photographie sans appareil.
- Salon Approche : salon où la série a été présentée pour la première fois.
- Seconde école de Paris : le courant de peinture abstraite auquel appartenait son grand-père.
- Fujifilm : soutien de la série, dont les papiers ont servi aux tirages couleur.
- Les Métamorphoses du laboratoire : la série existe aussi en livre.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : présentation de la série et de Thomas Paquet
- 00:00:58 : le laboratoire noir et blanc de son père, premiers souvenirs
- 00:01:22 : un grand-père peintre abstrait, l’école de photographie et les studios
- 00:02:21 : l’arrivée du numérique dans les années 2000
- 00:02:51 : la bascule vers une photographie abstraite et l’exposition Shadow Catchers
- 00:04:44 : retour à la main et formation aux procédés historiques
- 00:06:10 : travailler par protocole, la série L’Ombre des heures
- 00:07:23 : le Prix Picto 2023 et la série De la chambre noire
- 00:08:49 : projeter la lumière sans négatif, le travail avec les tireurs
- 00:09:54 : le choix du papier satiné et la réduction des gammes argentiques
- 00:11:01 : l’installation au salon Approche
- 00:12:49 : le plan incliné rejoué dans les encadrements
- 00:13:38 : la photographie face à l’intelligence artificielle
- 00:15:31 : le futur dispositif autour du pendule de Foucault
FAQ
Qui est Thomas Paquet ?
Thomas Paquet est un photographe franco-canadien dont le travail explore la lumière, l’espace et le temps. Ancien assistant en studio formé en argentique, il pratique aujourd’hui une photographie abstraite et expérimentale, avec des procédés historiques comme le cyanotype ou des images obtenues sans appareil ni négatif.
Comment Thomas Paquet réalise-t-il la série L’Ombre des heures ?
Il expose l’ombre d’un gnomon, l’aiguille d’un cadran solaire, sur des surfaces sensibilisées à la solution cyanotype. Le papier est toujours disposé de la même façon et les expositions se font à un rythme régulier au fil de la journée, selon un protocole qu’il se fixe sans le rendre trop scientifique.
Qu’est-ce que la série De la chambre noire ?
C’est la série créée en 2023 avec le Prix Picto. Thomas Paquet y détourne les outils du laboratoire : sans négatif ni image, la lumière est projetée directement sur le papier photosensible. Les tireurs de Picto l’ont accompagné pour les grands formats couleur et le choix des filtrages.
Thomas Paquet utilise-t-il l’intelligence artificielle ?
Non. Il dit ne pas vouloir intégrer l’IA à son travail pour l’instant, même s’il utilise certains outils numériques et ne se dit pas opposé au numérique. Il tient avant tout au plaisir de manipuler les outils et la matière, et pense que les artistes continueront à défendre une photographie argentique.
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