
Le photographe documentaire Grégoire Eloy, membre du collectif Tendance Floue, raconte au micro de Vincent Marcilhacy ce que le tirage argentique change à son travail. Passé de la finance à la photographie, formé au contact de Stanley Greene, il dit l'émotion fondatrice des tirages de Roy DeCarava, sa fidélité au laboratoire Picto et ses expériences hors de la chambre noire : du papier exposé de nuit dans les paysages de Géorgie, des carottes de glace posées sur le papier, un tirage couleur de la mer d'Aral adouci par un prévoilage.
Le tirage comme prolongement du paysage
Dans cet épisode des Métamorphoses du Laboratoire, série de six entretiens initiée par Picto Foundation avec le soutien de Fujifilm, Vincent Marcilhacy reçoit le photographe documentaire Grégoire Eloy, membre du collectif Tendance Floue, pour parler de son rapport au tirage argentique. Présenté comme lauréat du prix Niépce en 2021, il raconte être venu tard à la photographie, après des débuts dans la finance, poussé par l’envie d’un métier « plus proche de l’émotionnel ». Il évoque Stanley Greene, dont il a été l’assistant et qui a édité sa première série, lauréate de la Bourse du Talent en 2004. Sa première émotion de spectateur, dit-il, ce sont les tirages de Roy DeCarava vus au MoMA à New York : la richesse des noirs, la douceur des gris, impossibles à retrouver dans un livre. En noir et blanc, il cherche un « maître étalon » de noirs profonds et de blancs éclatants ; en couleur, il s’en remet au tireur de Picto avec qui il travaille, pour la meilleure expression du négatif. Il décrit aussi deux expériences : pour sa série Omalo, en Géorgie, il a exposé le papier photo à même le paysage, la nuit, dans la logique du tirage contact ; pour son travail sur les glaciers, il a posé des carottes de neige et de glace prélevées par un glaciologue de l’association Moraine directement sur le papier argentique.
Il raconte enfin un tirage couleur de la mer d’Aral gelée, au Kazakhstan, adouci par un prévoilage du papier (une première exposition sans négatif qui pose une base de gris), et défend l’avenir du tirage : selon lui, l’émotion d’une image qui apparaît dans la chambre noire reste irremplaçable.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Picto : laboratoire photo historique fondé en 1950, où Grégoire Eloy fait ses tirages depuis vingt ans.
- Les Métamorphoses du Laboratoire : série de podcasts et livre consacrés aux tireurs et à la chambre noire.
- Tendance Floue : collectif de photographes dont Grégoire Eloy est membre.
- Prix Niépce : prix photographique reçu par Grégoire Eloy en 2021, selon l’animateur.
- Bourse du Talent : obtenue en 2004 pour sa première série.
- Stanley Greene : photographe engagé, connu notamment pour son travail sur la Tchétchénie, dont Grégoire Eloy a été l’assistant.
- Roy DeCarava : photographe dont les tirages vus au MoMA ont marqué Grégoire Eloy.
- Omalo : série réalisée en Géorgie, avec des tirages exposés directement dans le paysage.
- Association Moraine : association de glaciologie avec laquelle il a collaboré sur les glaciers.
- Mer d’Aral : sujet d’un projet photographié en hiver, au Kazakhstan.
- Fujifilm : soutien de la série.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : présentation de la série et du laboratoire Picto
- 00:00:28 : de la finance à la photographie documentaire
- 00:01:27 : l’engagement de Stanley Greene et l’édition d’une première série
- 00:02:42 : les tirages de Roy DeCarava au MoMA, une émotion fondatrice
- 00:03:42 : apprendre à tirer soi-même ses images en noir et blanc
- 00:04:38 : ce qu’il recherche dans un tirage, noir et blanc ou couleur
- 00:06:41 : la relation de confiance avec le tireur
- 00:08:25 : Omalo, des tirages exposés à même le paysage en Géorgie
- 00:09:58 : photographier les glaciers et poser des carottes de glace sur le papier
- 00:12:07 : vingt ans de fidélité au laboratoire Picto
- 00:13:46 : un tirage couleur de la mer d’Aral et le prévoilage
- 00:15:34 : l’avenir du tirage et le besoin de matérialité
FAQ
Qui est Grégoire Eloy ?
Grégoire Eloy est un photographe documentaire, membre du collectif Tendance Floue, présenté dans l’épisode comme lauréat du prix Niépce en 2021. Venu à la photographie après une carrière dans la finance, il a été l’assistant de Stanley Greene. Ses séries portent notamment sur la Géorgie, les glaciers et la mer d’Aral.
Qu’est-ce que le prévoilage d’un tirage ?
Grégoire Eloy explique que le prévoilage consiste à exposer d’abord le papier sans négatif, pour obtenir une base de gris neutre, puis à tirer l’image par-dessus. Il y a eu recours avec un tireur de Picto pour adoucir un tirage couleur de la mer d’Aral gelée, dont le blanc de la neige et le bleu du ciel lui paraissaient trop saturés.
Comment Grégoire Eloy a-t-il réalisé la série Omalo ?
Pour Omalo, série faite en Géorgie, il a sorti le papier argentique du laboratoire pour l’exposer la nuit, à même le paysage, dans l’esprit du tirage contact. Selon lui, la personne qui voit le tirage exposé en galerie a ainsi un lien direct avec le paysage, puisque le papier y a été en contact.
Pourquoi le tirage argentique a-t-il un avenir selon lui ?
Pour Grégoire Eloy, le tirage est lié à la matérialité et à l’émotion vécue : une image qui apparaît dans la chambre noire passe par la main et l’expérience physique. Il observe que les jeunes photographes reviennent au Polaroid ou au Super 8, signe d’un besoin de se rattacher à l’objet physique.
Les Métamorphoses du Laboratoire x Frédéric Jourda
30 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Thomas Paquet
18 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Christophe Batifoulier
16 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Emilie Arfeuil
9 Sep
Les métamorphoses du Laboratoire x Thomas Consani
9 Sep
#7 SYLVIE MEUNIER Mister K : entre réalité, fiction et mémoire
21 Août
#6 ANDRÉA OLGA MANTOVANI : « S’enforêster » Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait
28 Avr
#5 SABYL GHOUSSOUB J’exile : explorer la représentation de l’exil à la première personne
2 Avr
#4 sun/sun éditions Céline Pévrier
17 Fév
LIVE TALKS #3 Fonction et forme de l’image au service (ou non) du récit
22 Juil
LIVE TALKS #2 L’image : Laboratoire d’une planète bouleversée
22 Juil
LIVE TALKS #1 La Photographie : un outil du manifeste politique
19 Juil
Pourquoi est-il si difficile de décider que notre projet est prêt ?
18 Oct
E39 – On QUESTIONNE l’ia !
15 Oct
Rêver à 44 ans : croire sans tout contrôler
11 Oct
Et si tu n’avais pas besoin de plus de réponses ? Pourquoi j’ai créé L’Exploration F.O.C.U.S.®
4 Oct
Léna Rochoux et Margaux Buisson Bisou Bouche – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°5/5
3 Oct
Anne-Lise Broyer – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°4/5
2 Oct
Harry Gruyaert – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°3/5
1 Oct
EP 16: L’humanitaire en Afghanistan – Aina
29 Sep
Jean-Benoît Roubinet – 54 600 €/an de ventes en photographiant vrai
28 Sep
Et si vous laissiez votre projet vous surprendre ?
27 Sep
Pierre&Florent photographes – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°2/5
22 Sep
Et si vous arrêtiez de diluer ce qui vous rend unique ?
20 Sep
