
La photographe Emilie Arfeuil a appris à tirer avant de photographier. Dans cet épisode des Métamorphoses du Laboratoire, la série de The Eyes Talks consacrée au tirage, elle explique pourquoi le papier et la technique font partie de ce qu'elle raconte. Elle revient sur son passage par la mode, sur un retable mis au point avec le laboratoire Picto et sur État civil, une série tirée sur le papier recyclé des documents administratifs de dix participantes transgenres.
Quand le papier porte le sens de l’image
La photographe Emilie Arfeuil explique à Vincent Marcilhacy, dans Les Métamorphoses du Laboratoire, série de The Eyes Talks réalisée pour les 75 ans du laboratoire Picto, comment le tirage est devenu le cœur de sa pratique. Elle a appris à tirer avant de photographier, au lycée, au point de faire des photos « pour avoir des images à tirer en labo ». Après des études de cinéma, elle a travaillé une dizaine d’années dans la photographie de mode et de publicité, « une très bonne école technique » pour la lumière et la mise en scène, avant de « radicaliser » sa pratique vers la trentaine pour y relier sa vie intime et son militantisme. Son deuxième projet, une narration mythologique sur les identités alternatives, lui fait découvrir le pouvoir du papier : un baryté texturé et satiné, proche de la peau et des pétales, pour des images à 80 % noires. Chez elle, « la forme découle du fond » : elle lit, écrit et cherche longtemps avant toute technique. Pour un retable sur la coexistence avec l’autre, elle a mené une vingtaine de tests en deux ans, avec des tireurs et des artisans, avant de relever le défi avec Picto, qui n’avait jamais employé cette technique, au terme de plus de six mois d’essais. Pour la série État civil, née du besoin de réappropriation identitaire de personnes transgenres face à la non-reconnaissance administrative, dix participantes ont déchiré leurs papiers officiels ; elle a recyclé ces fibres avec du coton pur pour en faire un papier vierge, puis tiré leurs portraits à la gomme pigmentaire rehaussée d’or. Ses propres professeurs lui disaient que c’était impossible : il lui a fallu un an et 25 tests, chacun d’environ dix jours.
Elle se dit dans l’expérimentation plus que dans la maîtrise, et ne réalise que des pièces uniques. Elle raconte la réaction d’une participante d’État civil devant son portrait : l’impression d’être « une icône ancienne », une intensité que le fichier numérique n’avait pas.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- État civil : la série d’Emilie Arfeuil réalisée avec dix participantes transgenres, tirée sur un papier recyclé de leurs documents administratifs.
- Laboratoire Picto : le laboratoire photo fondé en 1950, avec lequel elle a réalisé son retable.
- Gomme pigmentaire : la technique de tirage ancienne utilisée pour État civil.
- « Les Métamorphoses du Laboratoire » : la série d’entretiens initiée par la Picto foundation avec le soutien de Fuji Film, déclinée aussi en livre où figure État civil.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : présentation de la série et d’Emilie Arfeuil
- 00:00:29 : apprendre le tirage avant la photographie, puis le cinéma et la mode
- 00:01:48 : radicaliser sa pratique vers la trentaine
- 00:02:23 : un projet mythologique et la découverte du papier
- 00:04:58 : la forme découle du fond
- 00:05:52 : le retable et deux ans de tests
- 00:07:45 : le défi relevé avec le laboratoire Picto
- 00:08:50 : État civil, un rituel de réparation avec dix participantes
- 00:10:16 : la gomme pigmentaire sur papier recyclé, 25 tests en un an
- 00:11:31 : maîtrise, surprise et expérimentation
- 00:13:38 : la curiosité du laboratoire et la résidence de création de Picto
- 00:15:07 : une participante devenue « icône ancienne »
FAQ
Qui est Emilie Arfeuil ?
Emilie Arfeuil est une photographe qui a appris le tirage argentique au lycée, avant même de photographier. Après le cinéma et une dizaine d’années dans la mode et la publicité, elle a réorienté sa pratique vers des projets intimes et militants, où le choix du papier et de la technique de tirage porte le sens de l’image.
Qu’est-ce que la série État civil d’Emilie Arfeuil ?
État civil est un projet mené avec dix participantes transgenres. Elles ont déchiré leurs documents administratifs, qu’Emilie Arfeuil a recyclés avec du coton pur pour en faire un nouveau papier. Elle y a tiré leurs portraits à la gomme pigmentaire avec de l’or, après un an de recherche et 25 tests.
Pourquoi Emilie Arfeuil ne fait-elle que des pièces uniques ?
Parce qu’elle choisit pour chaque projet la technique que le sujet appelle, et non celle qu’elle maîtrise. Elle se décrit dans l’expérimentation plutôt que dans la maîtrise, avec beaucoup de tests, d’erreurs et de surprises, et explique qu’elle donne tout pour obtenir une pièce, sans être « une reproductrice ».
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Les Métamorphoses du Laboratoire x Frédéric Jourda
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Les Métamorphoses du Laboratoire x Thomas Paquet
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Les Métamorphoses du Laboratoire x Christophe Batifoulier
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