
La photographe d'art Valentina Benigni consacre cet épisode d'Au cœur du cadre au besoin de validation qui pousse les artistes à lisser leur travail. À force de regarder ce qui plaît à un jury, à une galerie ou sur les réseaux, on finit par retirer ce qui rendait son regard singulier. Elle part d'une image, le sel de l'eau de mer, pour parler de syndrome de l'imposteur, de règles et du courage d'assumer ses choix sans garantie d'être compris.
Garder son sel
Dans cet épisode d’Au cœur du cadre, la photographe d’art Valentina Benigni parle seule au micro d’une contradiction que vivent beaucoup d’artistes : vouloir un regard reconnaissable tout en cherchant à être compris, validés et acceptés. Elle part d’une phrase publiée sur ses réseaux : « si l’eau de mer était douce, on l’aurait probablement déjà mise en bouteille jusqu’à la vider de sa substance. C’est son sel qui la garde libre. » À force de se demander ce qui plaît à un jury, à une galerie ou au public, on négocie avec un regard qui n’est pas encore là : un peu moins sombre, un peu moins étrange, un peu plus facile à vendre. Le syndrome de l’imposteur, nourri chez des photographes souvent autodidactes à qui personne n’a délivré de diplôme d’artiste, pousse à chercher des règles et à rapprocher son travail de ce qui a déjà été validé. Elle ne rejette ni la technique ni la critique, mais distingue connaître une règle et en avoir besoin pour s’autoriser à créer, et propose une question à se poser avant chaque changement : est-ce que cette nouvelle version me correspond davantage, ou est-ce que j’espère qu’elle sera mieux acceptée ? Elle met aussi en garde contre l’excès inverse : chercher l’originalité à tout prix reste une stratégie tournée vers le regard des autres, et « être fidèle à soi-même ne signifie pas rester identique à soi-même ».
Sa conclusion : la singularité n’est pas quelque chose qu’on ajoute, c’est souvent ce qui reste quand on arrête d’enlever ce qui nous appartient.
Pour aller plus loin
Au fil de l’épisode
- La phrase sur l’eau de mer et son sel
- Vouloir être unique et vouloir être aimé : le paradoxe de l’artiste
- Anticiper le regard des autres et retirer peu à peu le sel
- Le syndrome de l’imposteur chez les photographes autodidactes
- Connaître une règle ou avoir besoin d’une règle pour créer
- Changer pour être plus juste ou pour être mieux accepté
- Le piège de l’originalité à tout prix
- Évoluer sans se conformer
- Assumer la responsabilité de son propre regard
FAQ
Qu’est-ce que la singularité d’un photographe selon Valentina Benigni ?
Pour Valentina Benigni, la singularité n’est pas quelque chose qu’on ajoute pour se distinguer. C’est ce qui reste quand on arrête d’effacer ce qui nous appartient : une lumière vers laquelle on revient sans cesse, une façon de cadrer, une proximité avec ses sujets, un thème qui obsède sans qu’on sache encore pourquoi.
Comment savoir si l’on évolue ou si l’on se conforme ?
Valentina Benigni propose de se demander, avant chaque modification, si la nouvelle version correspond davantage à son intention ou si l’on espère simplement qu’elle sera mieux acceptée. Une critique peut rendre plus précis comme plus conforme ; abandonner une manière de faire parce qu’elle ne nous ressemble plus n’est pas la même chose que l’abandonner faute de validation.
Faut-il chercher à être original pour être artiste ?
Non, selon Valentina Benigni. Vouloir être différent à tout prix revient encore à construire son travail en fonction du regard des autres. Après des siècles d’histoire de l’art, inventer ce que personne n’a jamais fait serait paralysant ; mais personne ne regarde exactement depuis l’endroit où chacun regarde, avec son histoire et ses obsessions.
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