
Dans « Au cœur du cadre », la photographe d'art Valentina Benigni consacre une série de trois épisodes au droit d'auteur. Ce deuxième volet part d'une phrase familière : « Je ne suis qu'un amateur. » Elle montre que ce statut n'empêche pas d'être auteur de ses images, mais qu'il ne dispense pas non plus de connaître les règles : autorisations pour une exposition, respect du travail des autres, conditions de diffusion. Une réflexion sur la cohérence entre les droits que l'on revendique et la responsabilité que l'on assume.
Amateur, mais auteur à part entière
Dans ce deuxième volet de sa série sur le droit d’auteur, la photographe d’art Valentina Benigni retourne la question : après avoir parlé des droits des photographes, elle s’intéresse à leurs responsabilités. Son point de départ est une phrase que beaucoup ont entendue ou prononcée : « Oui, mais moi, je ne suis qu’un amateur. » Elle précise d’emblée qu’être amateur n’a rien de péjoratif, et qu’à l’inverse exercer la photographie comme métier ne suffit pas à faire de quelqu’un un artiste. Ce qui l’interpelle, c’est l’usage de ce statut comme excuse : on revendique ses droits sur ses images, puis on se dit dispensé de connaître les règles dès qu’il s’agit d’autorisations ou de précautions. Elle distingue la qualité d’auteur, qui relève du droit et ne dépend ni d’un jury, ni d’une exposition, ni d’une rémunération (l’originalité de l’œuvre restant la condition essentielle), de la posture d’auteur, qui se construit dans les choix : ce que l’on veut exprimer, ce que l’on montre, la conscience que les images circulent dans le monde. Pour l’illustrer, elle prend l’exemple d’une première exposition : peut-on utiliser telle photographie sur l’affiche, que prévoit l’accord avec le lieu, qui peut reproduire les images, sur quel support, pendant combien de temps, peut-on les transmettre à la presse ? Pas besoin d’être juriste pour se poser ces questions, mais il faut savoir qu’elles existent. Selon elle, connaître les règles ne bride pas la liberté : cela permet d’autoriser une utilisation gratuite, de proposer une licence, de limiter une diffusion ou de refuser un usage en connaissance de cause. Elle rappelle aussi que nous sommes souvent utilisateurs du travail des autres (une musique dans une vidéo, une image pour illustrer une publication) et que les arguments du type « je l’ai trouvé sur Internet » ou « j’ai mis le nom de l’auteur » sont ceux que l’on conteste quand ils visent nos propres photos : « créditer un auteur ne remplace pas automatiquement son autorisation ». Elle précise qu’elle n’est pas juriste et que l’épisode n’est pas un cours de droit, mais une réflexion tirée de son parcours.
Sa conclusion tient en une phrase : « Nous n’avons pas besoin de tout savoir, mais nous pouvons décider de ne plus tout ignorer. » Pour elle, la posture d’auteur a une dimension collective : chaque autorisation clarifiée contribue à une culture du respect réciproque.
Pour aller plus loin
- www.valentina-benigni.com, site de Valentina Benigni (ressources, guides et articles)
Au fil de l’épisode
- 00:00:14 : Rappel du premier épisode de la série, consacré à la reconnaissance, et annonce du thème : les responsabilités du photographe
- 00:01:13 : « Je ne suis qu’un amateur » : amateur et professionnel, deux questions distinctes de la démarche artistique
- 00:02:29 : Revendiquer ses droits sans s’intéresser à ses obligations
- 00:03:48 : La qualité d’auteur ne dépend ni d’un concours, ni d’une galerie, ni d’une rémunération
- 00:04:54 : La posture d’auteur se construit dans les choix
- 00:05:28 : L’exemple d’une première exposition et les questions à se poser
- 00:06:55 : Connaître les règles pour faire des choix éclairés et gagner en autonomie
- 00:07:30 : La comparaison avec l’achat d’une maison et le rôle des professionnels
- 00:09:11 : Être autodidacte ne signifie pas être incapable d’apprendre
- 00:09:45 : Utiliser le travail des autres : musique, images, textes
- 00:11:23 : Créditer ne remplace pas l’autorisation, non commercial ne veut pas dire libre de droit
- 00:11:55 : Offrir une photo ou laisser croire qu’elle n’a pas de valeur
- 00:13:04 : Une culture du respect réciproque
- 00:15:08 : Question aux auditeurs sur leur légitimité à parler de leurs droits
- 00:15:41 : Annonce du troisième épisode : droit à l’image et droit d’auteur
FAQ
Un photographe amateur est-il auteur de ses photographies ?
Oui. Selon Valentina Benigni, la qualité d’auteur d’une œuvre originale ne dépend pas d’un prix, d’une exposition, d’un livre ou d’une vente, ni du fait d’être rémunéré. Elle rappelle toutefois que toute photographie n’est pas protégée dans les mêmes conditions : l’originalité de l’image reste la question essentielle.
Qu’est-ce que la posture d’auteur pour un photographe ?
Pour Valentina Benigni, la qualité d’auteur relève du droit, la posture d’auteur se construit dans les choix : réfléchir à ce que l’on veut exprimer, développer une démarche cohérente, décider des images que l’on montre, et tenir compte des droits des autres et des conditions de diffusion de son travail.
Créditer l’auteur d’une image suffit-il pour l’utiliser ?
Non. Dans cet épisode, Valentina Benigni souligne que créditer un auteur ne remplace pas automatiquement son autorisation et qu’une utilisation non commerciale n’est pas nécessairement libre de droit. Il existe des licences, des autorisations et des exceptions légales, qu’il faut apprendre à distinguer.
Quelles questions se poser avant une première exposition photo ?
Valentina Benigni cite plusieurs questions : peut-on utiliser telle photographie sur l’affiche, quelles autorisations sont nécessaires, que prévoit l’accord avec le lieu, qui peut reproduire les images, sur quel support et pendant combien de temps, et peut-on les transmettre à la presse. Il n’est pas nécessaire d’être juriste, mais il faut savoir que ces questions existent.
Retrouver également dans le podcast
Tous les épisodes ›
Série : Droit d’auteur & posture d’artiste — Épisode 1/3
25 Oct
Pourquoi est-il si difficile de décider que notre projet est prêt ?
18 Oct
Rêver à 44 ans : croire sans tout contrôler
11 Oct
Et si tu n’avais pas besoin de plus de réponses ? Pourquoi j’ai créé L’Exploration F.O.C.U.S.®
4 Oct
Et si vous laissiez votre projet vous surprendre ?
27 Sep
Et si vous arrêtiez de diluer ce qui vous rend unique ?
20 Sep
Du fichier à l’exposition : où s’arrête notre travail d’artiste ?
13 Sep
Galerie, collectionneur, public : trois regards, trois besoins | 4/4
6 Sep
Ce qui rend un projet lisible et défendable face à une galerie | 3/4
30 Août
Un projet cohérent ne s’arrête pas aux photographies | 2/4
23 Août
Série photographique ou projet d’auteur : où commence réellement la démarche de l’artiste ? 1/4
16 Août
Suivre ce qui nous traverse : intuition, émotion et langage artistique
9 Août
S1307 – AU COIN DU FEU : CONVERSATIONS AVEC KALEL KOVEN
29 Oct
E39 – On QUESTIONNE l’ia !
15 Oct
Léna Rochoux et Margaux Buisson Bisou Bouche – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°5/5
3 Oct
Les Métamorphoses du Laboratoire x Grégoire Eloy
2 Oct
Anne-Lise Broyer – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°4/5
2 Oct
Harry Gruyaert – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°3/5
1 Oct
Les Métamorphoses du Laboratoire x Frédéric Jourda
30 Sep
EP 16: L’humanitaire en Afghanistan – Aina
29 Sep
Jean-Benoît Roubinet – 54 600 €/an de ventes en photographiant vrai
28 Sep
Pierre&Florent photographes – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°2/5
22 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Thomas Paquet
18 Sep
E38 – L’INTELLIGENCE ARTIFICIEL en PHOTO…..encore
16 Sep
