
Valentina Benigni, photographe d'art et animatrice du podcast Au cœur du cadre, se demande pourquoi il est si difficile de reconnaître ce qui rend son propre travail unique. Elle distingue le style, visible et reproductible, de l'empreinte, qui ne se révèle qu'avec le temps, et s'appuie sur l'expérience de photographes qu'elle accompagne pour inviter chacun à regarder autrement les images qu'il n'ose pas montrer.
Le style n’est qu’une partie de l’empreinte
Dans cet épisode d’Au cœur du cadre, rubrique « Dans la tête de l’artiste », la photographe d’art Valentina Benigni s’interroge sur ce qu’on appelle l’identité artistique et sur la difficulté à la voir dans son propre travail. Pour elle, on confond souvent l’identité avec le style : un noir et blanc reconnaissable, une palette, une manière de cadrer. Elle prend l’image d’une chemise blanche portée par deux personnes : le vêtement dit quelque chose de chacune, mais ne raconte jamais toute la personne. Elle propose une définition : l’identité artistique est « l’empreinte unique qu’une personne laisse à travers son travail artistique ». Le style est la partie la plus visible, donc la plus facile à décrire, à comparer et à reproduire ; l’empreinte, elle, n’apparaît qu’au fil d’une série et des années. Si l’on a tant de mal à la percevoir chez soi, avance-t-elle, c’est que parler de focale ou de papier d’impression est confortable, alors que regarder ce que nos images disent de nous expose davantage. D’où la tentation de copier, non par manque de créativité, mais parce que c’est rassurant. Elle cite deux personnes qu’elle a accompagnées : l’une lui a confié avoir l’impression d’avoir toujours photographié la même chose sans jamais s’en rendre compte, l’autre a cessé de choisir ses photographies selon ce que les autres allaient penser, pour constater que les plus personnelles touchaient le plus.
Sa conclusion déplace la question : on ne construit pas son identité artistique, on la révèle, en se demandant « qu’est-ce que mes photographies savent déjà de moi que je n’ai pas encore vues ? ».
Pour aller plus loin
Au fil de l’épisode
- L’identité artistique réduite au style
- L’image de la chemise portée par deux personnes
- Une définition : l’empreinte laissée par le travail
- Pourquoi on parle surtout de style
- La photographie comme protection contre soi-même
- Copier les autres pour se rassurer
- Deux témoignages de photographes accompagnés
- Choisir les images qui sonnent juste plutôt que celles qui rassurent
- Révéler plutôt que construire son identité artistique
FAQ
Qu’est-ce que l’identité artistique en photographie ?
Pour Valentina Benigni, c’est l’empreinte unique qu’une personne laisse à travers son travail artistique. Le style (noir et blanc, palette de couleurs, cadrage) en fait partie mais ne la définit pas : l’empreinte se reconnaît dans une manière de regarder le monde, au fil d’une série et des années, plus que dans une seule image.
Pourquoi est-il difficile de voir son identité artistique dans ses propres photos ?
Selon Valentina Benigni, nous sommes trop proches de nos images et ce qui nous est le plus personnel nous paraît ordinaire. Parler de technique est aussi plus confortable que d’examiner ce que nos photographies révèlent de nous. Il suffit parfois qu’une autre personne fasse un lien pour que tout un travail apparaisse autrement.
Pourquoi les photographes copient-ils le travail des autres ?
Valentina Benigni estime que l’on copie rarement par manque de créativité, mais parce que c’est rassurant : on espère retrouver l’émotion ressentie devant le travail d’un artiste admiré. S’inspirer fait partie de toute évolution artistique ; le risque commence quand on cherche chez les autres ce qu’on n’arrive plus à voir chez soi.
Retrouver également dans le podcast
Tous les épisodes ›
Rêver à 44 ans : croire sans tout contrôler
11 Oct
Et si tu n’avais pas besoin de plus de réponses ? Pourquoi j’ai créé L’Exploration F.O.C.U.S.®
4 Oct
Et si vous laissiez votre projet vous surprendre ?
27 Sep
Et si vous arrêtiez de diluer ce qui vous rend unique ?
20 Sep
Du fichier à l’exposition : où s’arrête notre travail d’artiste ?
13 Sep
Galerie, collectionneur, public : trois regards, trois besoins | 4/4
6 Sep
Ce qui rend un projet lisible et défendable face à une galerie | 3/4
30 Août
Un projet cohérent ne s’arrête pas aux photographies | 2/4
23 Août
Série photographique ou projet d’auteur : où commence réellement la démarche de l’artiste ? 1/4
16 Août
Suivre ce qui nous traverse : intuition, émotion et langage artistique
9 Août
Ma vision de l’accompagnement n’a rien à voir avec le contrôle
26 Juil
Créer sa place quand on ne rentre dans aucune case
19 Juil
Léna Rochoux et Margaux Buisson Bisou Bouche – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°5/5
3 Oct
Les Métamorphoses du Laboratoire x Grégoire Eloy
2 Oct
Anne-Lise Broyer – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°4/5
2 Oct
Harry Gruyaert – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°3/5
1 Oct
Les Métamorphoses du Laboratoire x Frédéric Jourda
30 Sep
Jean-Benoît Roubinet – 54 600 €/an de ventes en photographiant vrai
28 Sep
Pierre&Florent photographes – Hors série Rencontres d’Arles 2026 n°2/5
22 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Thomas Paquet
18 Sep
E38 – L’INTELLIGENCE ARTIFICIEL en PHOTO…..encore
16 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Christophe Batifoulier
16 Sep
Les Métamorphoses du Laboratoire x Emilie Arfeuil
9 Sep
Les métamorphoses du Laboratoire x Thomas Consani
9 Sep
