
Valentina Benigni, photographe d'art et animatrice du podcast Au cœur du cadre, part d'une phrase qu'elle a publiée sur Instagram : « Je n'ai jamais trouvé ma place, alors je l'ai créée. » Passée par le conseil avant la photographie, longtemps jugée trop artiste ou trop structurée, elle raconte comment elle a cessé d'attendre une case qui lui conviendrait. Elle interroge aussi les excuses qui empêchent tant de photographes de faire exister leur projet d'auteur.
Une place qui n’existait pas encore
Dans cet épisode de la rubrique « Le regard intérieur », Valentina Benigni, photographe d’art, revient sur une phrase publiée sur Instagram : « Je n’ai jamais trouvé ma place, alors je l’ai créée. » Elle raconte avoir travaillé dans le conseil tout en étant attirée par l’art, puis gardé, une fois photographe, ce côté méthodique et presque stratégique, au point de se sentir « trop ou pas assez » : trop artiste pour certains, trop cartésienne pour d’autres. Elle a longtemps cru qu’il existait quelque part une case où elle se sentirait enfin à sa place, avant de comprendre que cette place n’avait jamais été construite. Elle observe que l’on culpabilise de consacrer une heure à un projet qui nous fait vibrer, mais pas de passer du temps sur les réseaux sociaux. Chez les photographes qu’elle accompagne, le talent et les idées ne manquent pas, mais le projet d’auteur reste « pour plus tard ». Elle cite les phrases qu’on lui adresse (« c’est facile pour toi de faire de la photo de danse, t’étais danseuse », « tu n’as pas d’enfant », « tu vis de ta photo ») et y voit surtout une manière de rendre son propre renoncement plus acceptable. Pour elle, la question n’est pas le temps mais la priorité : une heure par semaine peut devenir un projet, puis une exposition.
« Ce n’est pas parce que j’ai trouvé ma place. C’est parce que j’ai arrêté de l’attendre et j’ai commencé à la construire », conclut-elle.
Pour aller plus loin
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : remerciements aux auditeurs
- 00:01:01 : « Je n’ai jamais trouvé ma place, alors je l’ai créée »
- 00:01:36 : entre le conseil et l’art, trop ou pas assez
- 00:02:43 : chercher une case qui n’existe pas
- 00:03:31 : arrêter de chercher et commencer à construire
- 00:04:03 : culpabiliser de donner une heure à ce qui compte
- 00:06:06 : des photographes talentueux qui remettent leur projet à plus tard
- 00:06:38 : « c’est facile pour toi » : les excuses face à la réussite des autres
- 00:07:42 : une question de priorité plutôt que de temps
- 00:09:20 : faire de son projet une priorité
FAQ
Pourquoi tant de photographes repoussent-ils leur projet d’auteur ?
Selon Valentina Benigni, ce n’est ni un manque de talent ni un manque d’idées : les photographes qu’elle accompagne ont des milliers d’images et des années de pratique. Le projet reste « pour plus tard » parce qu’il y a toujours plus urgent, le travail, la famille, ou l’attente du bon moment, et parce qu’on culpabilise de lui consacrer du temps.
Que veut dire créer sa place pour un photographe ?
Pour Valentina Benigni, créer sa place ne signifie ni tout quitter, ni changer de métier, ni partir au bout du monde, ni attendre qu’on nous ouvre une porte. Cela consiste à décider que son projet mérite du temps et de l’attention, même une heure par semaine, qui peut devenir deux, puis un projet, puis une exposition.
Comment répondre à ceux qui disent « c’est facile pour toi » ?
Valentina Benigni entend souvent qu’il lui est facile de photographier la danse parce qu’elle était danseuse, ou d’avoir du temps sans enfant. Elle estime que ces phrases parlent surtout du besoin de rendre la réussite des autres plus simple que la sienne, alors que personne ne voit les sacrifices, les doutes et les années de travail.
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