Un ingénieur dans le spectre
Pierre-Louis Ferrer se présente comme un photographe professionnel de 31 ans, basé en région parisienne. Son parcours est atypique : avant de se consacrer à la photographie, il a suivi une formation d’ingénieur en optique et capteurs numériques, puis a travaillé cinq ans dans l’industrie aéronautique et de la défense sur des systèmes de vision infrarouge. Cette expertise technique est le socle de sa pratique photographique. Il explique que la photographie infrarouge (IR) et ultraviolet (UV) consiste à capturer des longueurs d’onde situées de part et d’autre du spectre visible par l’œil humain. Pour ce faire, il est nécessaire de modifier les appareils photo en retirant le filtre qui bloque ces rayons, puis d’ajouter des filtres sélectifs pour isoler soit l’infrarouge, soit l’ultraviolet.
Ces deux techniques dévoilent des réalités différentes : l’infrarouge est particulièrement sensible à la végétation et à la matière organique, créant des ciels très sombres et des feuillages lumineux, tandis que l’ultraviolet a la capacité de traverser les premières couches de la matière, révélant ce qui se cache en dessous.
L’apprentissage par l’expérimentation
C’est à 18 ans, alors qu’il est en classe préparatoire, que Pierre-Louis Ferrer s’offre son premier reflex, un Canon 400D, pour s’évader d’un quotidien d’études très intense. À une époque où les tutoriels en ligne étaient rares, il apprend la photographie en explorant le manuel de son appareil et en expérimentant. Cette progression lente, basée sur la découverte personnelle, lui a permis de construire des bases solides et de conserver une logique d’expérimentation tout au long de son parcours. S’il a commencé avec le numérique, il pratique également la photographie argentique depuis quelques années, notamment au format moyen 6×6.
Pour lui, l’argentique apporte une approche plus contemplative et calme, où l’observation prime sur la quantité d’images produites. « Je suis plus là pour me promener et observer mon environnement avec un œil à l’affût plutôt que de sortir 40 photos superbes. »
Révéler la matière
Ce qui fascine Pierre-Louis Ferrer dans sa spécialité, c’est la surprise permanente. Même en connaissant la physique de la lumière, il ne peut jamais anticiper à 100 % le rendu final de ses images, ce qui préserve un côté magique. Cette démarche l’a conduit à développer des séries artistiques marquantes, comme Underground, réalisée dans le métro parisien avec un flash infrarouge invisible pour les passagers, afin de surmonter une angoisse des lieux confinés. Une autre série, Brut, explore les visages en lumière ultraviolette, révélant les détails et l’usure de la peau.
C’est d’ailleurs grâce à ses projets artistiques qu’il a été contacté par les secteurs de la dermatologie et de la cosmétique. Son travail, initialement purement créatif, a trouvé une application commerciale pour sensibiliser à l’impact du soleil sur la peau, représentant aujourd’hui une part importante de son activité.
Défendre un regard
Au-delà de sa propre pratique, Pierre-Louis Ferrer est engagé dans une réflexion sur la profession. Face à la dévalorisation du métier due à l’abondance d’images, il défend une photographie de qualité, qui repose sur une maîtrise technique, un regard personnel et un univers propre. Pour lui, la technique est indispensable mais pas suffisante ; la créativité reste la seule limite. C’est dans cet esprit qu’il a co-fondé Label Photographie, un projet visant à créer un espace de confiance pour les clients cherchant des photographes talentueux et pour les photographes souhaitant présenter leur travail de manière qualitative.
L’objectif est de renouer le dialogue entre le client et le photographe. « Faire appel à un photographe, ce n’est pas juste commander des photos, c’est commander un regard. » Cette initiative vise à revaloriser le savoir-faire et l’expertise des professionnels.
Pour aller plus loin
- Le site de Sebastião Salgado
- La page Wikipédia de Don McCullin
- Le projet « Incoming » de Richard Mosse
- La série « Underground » de Pierre-Louis Ferrer
- La série « Brut » de Pierre-Louis Ferrer
- Le projet Label Photographie
Les références de l’épisode
- Personnes : Sebastião Salgado, Don McCullin, Richard Mosse, Victor Lax, Franck Boutonnet, Erika Mann, Isabelle Hattink, Julien Pasternak.
- Marques et entreprises : Canon, Nikon, Leica, Kodak, Walgreen.
- Lieux : Paris, Versailles, Caen, Dordogne, Périgord, Copenhague, New York (Chelsea Market).
- Événements et projets : Rock en Seine, Label Photographie.
- Œuvres et séries : Underground, Brut.
- Concepts et techniques : photographie infrarouge, photographie ultraviolet, sténopé, mirrorless, moyen format 6×6.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Pierre-Louis Ferrer, photographe de l’invisible.
- Son parcours d’ingénieur en optique et son travail dans l’aéronautique et la défense.
- Explication technique de la photographie infrarouge et ultraviolet.
- La nécessité de modifier les appareils photo pour retirer le filtre d’origine.
- Les rendus différents de l’infrarouge (végétation, ciels) et de l’ultraviolet (matière).
- Comment il est venu à la photographie pour s’évader de ses études.
- Ses débuts en 2006 avec un Canon 400D et son apprentissage autodidacte.
- Sa pratique de la photographie argentique en moyen format pour une approche contemplative.
- Ses inspirations : les photographes Sebastião Salgado, Don McCullin et Richard Mosse.
- L’importance de l’œuvre avant l’artiste dans un monde saturé d’images.
- Son usage des focales fixes et des zooms, principalement 16mm, 35mm et 85mm.
- Sa série Underground, réalisée au flash infrarouge dans le métro parisien.
- Sa vision du développement numérique : équilibrer et ajuster, sans retoucher la scène.
- Ses sources d’inspiration hors-photo : la musique et le cinéma.
- Son évolution des moments posés vers la capture de moments réels dans un cadre préparé.
- Sa difficulté à se déconnecter de son regard de photographe dans sa vie personnelle.
- Sa philosophie de l’invisible : offrir une vision alternative et questionner notre perception.
- Le lien entre son travail artistique et ses clients dans la dermatologie et la cosmétique.
- Sa série Brut sur les visages en UV pour montrer l’impact du soleil sur la peau.
- Son expérience de l’exposition de ses œuvres en festivals et galeries.
- L’importance de son blog comme outil de partage et de visibilité.
- Sa vision du partage en photographie : un échange bienveillant pour s’élever mutuellement.
- L’équilibre entre ses projets artistiques à long terme et les demandes commerciales.
- Comment ses séries artistiques lui ont apporté ses premiers clients professionnels.
- Son travail de valorisation du patrimoine culturel et végétal en infrarouge.
- Son expérience de photographe pour le festival Rock en Seine.
- Sa pratique de la photographie d’architecture et de paysage urbain.
- Le pire moment de sa carrière : un reportage à Copenhague aux contraintes difficiles.
- Le meilleur moment de sa carrière : un shooting d’une semaine à New York pour Walgreen.
- Son projet Label Photographie pour revaloriser la profession et renouer le dialogue avec les clients.
FAQ
Qui est Pierre-Louis Ferrer ?
Pierre-Louis Ferrer est un photographe professionnel français spécialisé dans la photographie de l’invisible. Ancien ingénieur en optique et capteurs numériques, il a travaillé dans l’industrie aéronautique avant de se consacrer entièrement à la photographie. Sa pratique artistique et commerciale repose sur l’utilisation des techniques infrarouge et ultraviolet pour révéler des aspects du monde imperceptibles à l’œil nu.
Qu’est-ce que la photographie infrarouge et ultraviolet ?
Ce sont des techniques qui capturent la lumière en dehors du spectre visible humain. La photographie infrarouge (IR) est très sensible à la végétation, qu’elle rend souvent blanche ou lumineuse, et assombrit les ciels. La photographie ultraviolet (UV) peut traverser les premières couches de la matière, comme la peau, pour révéler des détails cachés. Pour pratiquer ces techniques, il faut modifier un appareil photo en retirant son filtre interne et utiliser des filtres externes spécifiques.
Pourquoi se définit-il comme le photographe de l’invisible ?
Pierre-Louis Ferrer utilise ce titre pour décrire sa démarche qui va au-delà de la simple capture du réel. En utilisant les spectres infrarouge et ultraviolet, il cherche à offrir une vision alternative de notre environnement. Son but est de questionner notre perception habituelle et de nous faire prendre du recul sur le monde qui nous entoure, en montrant des détails, des textures et des lumières que nous ne voyons pas au quotidien.
Comment a-t-il commencé la photographie ?
Il a débuté la photographie à 18 ans, en 2006, alors qu’il était en classe préparatoire. Il a acheté son premier appareil reflex, un Canon 400D, comme une échappatoire à des études très exigeantes. À une époque où les ressources en ligne étaient limitées, il a appris par lui-même en lisant le manuel de son appareil et en expérimentant, ce qui a forgé sa méthode de travail basée sur la découverte et l’expérimentation.
Qu’est-ce que le projet Label Photographie ?
Label Photographie est une plateforme co-fondée par Pierre-Louis Ferrer. Son objectif est de revaloriser le métier de photographe en proposant un espace où les clients peuvent trouver des professionnels talentueux et où les photographes peuvent présenter leur travail de manière qualitative. Le projet vise à renouer un dialogue basé sur la confiance et la compréhension entre les clients et les photographes, en mettant en avant le regard et l’univers de l’artiste plutôt que le simple service.

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