Portrait du photographe de mode Jean-François Verganti pour le podcast Dans l'œil du Photographe.

025 – Se faire remarquer sans se faire remarquer – Jean-François Verganti

Un photographe de la « grande époque » ?

Jean-François Verganti exerce depuis 25 ans dans la photographie de mode et de beauté. Recommandé par le photographe Malo comme un témoin de « la grande époque », il nuance avec humour, persuadé que chaque génération a l’impression d’avoir manqué le véritable âge d’or. Il revient sur ses débuts, un apprentissage en solitaire, loin des écoles. Adolescent, il empruntait en secret l’appareil de son père avant que celui-ci, découvrant le pot aux roses, ne lui en offre un. Cette formation sur le tas a forgé son caractère et sa vision : « J’aime bien pas faire comme les autres », confie-t-il. Une philosophie qu’il applique très tôt, comme lors d’un safari où, à contre-courant des téléobjectifs, il choisit de tout photographier au grand-angle.

Cette singularité se retrouve dans ses choix techniques, avec une prédilection pour les focales fixes, notamment le 85 mm, et une préférence marquée pour la lumière naturelle, même s’il travaille beaucoup en studio.

L’éloge de l’inattendu

Au cœur du travail de Jean-François Verganti se trouve le plaisir de l’inattendu. C’est ce qui le fait déclencher. S’il prépare minutieusement ses séances, surtout lorsqu’une équipe l’entoure, son plus grand plaisir est de capturer un moment qui n’était pas prévu. « Je me surprends en train de déclencher en me disant : j’ai hâte de voir qu’est-ce que ça va donner cette image », explique-t-il. Il ne cherche pas la pose figée, mais une direction qui laisse place à la spontanéité du modèle. Pour lui, c’est le modèle qui « fait la photo », le vêtement n’étant qu’un élément mis en valeur par la personne qui l’habite. Cette approche est parfaitement illustrée par une photo d’un shooting de bijoux : alors que le cahier des charges est précis, il est fasciné par les grains de beauté dans le dos d’un mannequin et décide d’en faire une image forte, totalement imprévue, qui deviendra l’une des plus marquantes de la série.

Cette recherche de l’instant se prolonge dans ses travaux personnels, qu’il qualifie de plus « bruts », où il capture des scènes de vie au gré de ses voyages, comme une photo du drapeau sénégalais prise depuis un bateau, fruit d’une conjonction d’éléments impossible à anticiper.

Se détacher pour mieux créer

Avec le temps, Jean-François Verganti a appris à prendre de la distance avec ses propres images. Il évoque ce sentiment d’overdose qui peut suivre un shooting et une session de retouche intensive, au point de ne plus aimer une photo. « Il faut l’abandonner un petit peu pour la retrouver un peu plus tard », conseille-t-il. Cette capacité à se détacher se reflète dans sa philosophie de communication : il est très mauvais pour se vendre, préférant que son travail parle de lui-même. « J’aime bien qu’on me remarque, mais je n’aime pas me faire remarquer », résume-t-il. Il n’a jamais ressenti le besoin de signer ses photos, considérant qu’elles existent au-delà de lui.

Sur le plan professionnel, il constate l’évolution du métier : la fin des éditoriaux bien payés, la montée en puissance des contenus pour les réseaux sociaux qui exigent du volume, et l’importance cruciale du réseau. Le pire moment de sa carrière, la perte d’un gros client, s’est finalement transformé en une opportunité qui l’a poussé à se réorienter vers la mode et la beauté, prouvant que les coups durs sont souvent des tremplins.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Malo, Steve Jobs, Jeanloup Sieff, Peter Lindbergh, Cindy Crawford, Benoît Ferron, Cartier-Bresson, Antoine Delage, Anaïs Novembre.
  • Marques et médias : Hermès, Max Magazine, L’Officiel, Condé Nast, Air France Madame, Apple.
  • Outils : Photoshop.
  • Lieux : Sénégal.

Au fil de l’épisode

  • Son parcours de 25 ans dans la photo de mode, de beauté et la nature morte.
  • La notion de « grande époque » : le sentiment que c’était toujours mieux avant.
  • Ses travaux personnels, plus bruts que ses commandes.
  • Ses débuts en photographie : l’emprunt secret de l’appareil de son père.
  • Son apprentissage en autodidacte, à l’aide d’un livre.
  • Sa préférence pour les focales fixes, en particulier le 85 mm.
  • Son principe de ne pas faire comme tout le monde, illustré par un safari photo au 24 mm.
  • Son choix pour la lumière naturelle plutôt que le flash.
  • Sa manière de diriger les modèles : donner une direction sans imposer de pose.
  • L’importance de l’imprévu, qui est son principal moteur pour déclencher.
  • Son rapport à la retouche : d’un usage ludique à ses débuts avec Photoshop à une approche très naturelle aujourd’hui.
  • Ses inspirations initiales : Jeanloup Sieff et Peter Lindbergh.
  • L’influence de la peinture et des Beaux-Arts sur son œil.
  • Son temps libre : une tentative de déconnexion pour éviter l’overdose d’images.
  • Sa définition du photographe de mode : celui qui s’intéresse à la personne qui porte le vêtement.
  • Le déclin de la presse papier et son attachement au tirage.
  • Ce qui le différencie aujourd’hui : l’expérience et le professionnalisme.
  • L’histoire de la photo du drapeau du Sénégal, une image totalement spontanée.
  • L’anecdote de la photo du dos d’un mannequin couvert de grains de beauté, une image imprévue devenue iconique de la série.
  • La difficulté de trier ses photos pour un portfolio.
  • Le besoin de s’éloigner de ses images pour les redécouvrir et mieux les apprécier.
  • L’évolution du métier avec le numérique et la nécessité d’aller toujours plus vite.
  • Sa source de revenus principale : la création de contenu pour les réseaux sociaux de marques de cosmétiques.
  • La fin des éditoriaux bien rémunérés et la généralisation du travail gratuit.
  • L’importance du relationnel pour trouver des contrats en France.
  • Sa difficulté à se vendre et à communiquer sur son travail.
  • Le temps nécessaire pour commencer à vivre de la photographie.
  • Le pire moment de sa carrière : la perte d’un client majeur qui l’a forcé à se réinventer.
  • Le meilleur moment de sa carrière : l’époque où les clients le choisissaient pour son style unique.
  • Ses recommandations pour un prochain épisode : Antoine Delage et Anaïs Novembre.

FAQ

Qui est Jean-François Verganti ?

Jean-François Verganti est un photographe français spécialisé dans la mode et la beauté, avec plus de 25 ans d’expérience. Autodidacte, il est reconnu pour son style épuré et sa capacité à capturer des moments spontanés. Son travail se partage entre des commandes pour de grandes marques, notamment dans les cosmétiques, et des projets personnels plus bruts, souvent issus de ses voyages.

Quelle est la philosophie photographique de Jean-François Verganti ?

Sa philosophie repose sur la recherche de l’inattendu. Même dans un shooting très préparé, il cherche à créer des images qui le surprennent. Il préfère donner une direction aux modèles plutôt que d’imposer des poses figées, afin de laisser émerger la spontanéité. Pour lui, une bonne photo naît souvent d’un imprévu, d’un instant de grâce qui n’était pas dans le plan initial.

Pourquoi Jean-François Verganti pense-t-il être arrivé « juste après la grande époque » ?

Il exprime avec modestie un sentiment partagé par de nombreux créatifs : celui que l’âge d’or de leur discipline est juste derrière eux. Pour la photographie de mode, il situe cette « grande époque » dans les années 90, une période faste pour les grands mannequins et les magazines papier. Il considère que chaque nouvelle génération a cette même impression d’avoir manqué le meilleur.

Comment Jean-François Verganti a-t-il appris la photographie ?

Jean-François Verganti est entièrement autodidacte. Il n’a pas fait d’école de photo. Adolescent, il a appris les bases seul, en lisant des livres et en s’exerçant avec l’appareil photo de son père, qu’il empruntait en cachette. Cette formation sur le terrain lui a permis de développer très tôt un regard personnel et une approche singulière, loin des conventions.

Que pense-t-il de la retouche photo ?

Il a connu les débuts de Photoshop et a traversé une période où il retouchait beaucoup ses images. Aujourd’hui, il a une approche beaucoup plus naturelle. Il utilise la retouche avec parcimonie, principalement pour améliorer une image en corrigeant un détail qui la dessert, mais jamais pour la transformer ou la rendre artificielle. Il privilégie l’authenticité du cliché.


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