De la paillasse au reportage
Avant de devenir la photographe qu’elle est aujourd’hui, Lea Torrieri a consacré quatorze ans de sa vie à la recherche scientifique. Pharmacienne de formation, puis docteure en immunologie, elle a notamment travaillé sur la vaccination en pleine période de pandémies grippales. Elle raconte que quitter ce milieu a été un déchirement, car elle était passionnée par son métier. Pendant près de deux ans, elle a hésité avant de franchir le pas, craignant de perdre la stimulation intellectuelle de la recherche. « J’avais peur qu’en devenant photographe, je perde cet aspect-là et que ça me manque. Et en fait, je me suis rendue compte que pas du tout, je réfléchis encore plus depuis que je suis photographe. »
Elle a découvert dans la photographie une nouvelle forme de réflexion, analysant en permanence sa pratique, la psychologie de ses sujets et la philosophie derrière chaque image.
L’art de raconter
La photographie est entrée très tôt dans la vie de Lea Torrieri. Dès l’âge de sept ans, elle devient la « photographe de la famille », animée par un besoin viscéral de conserver les souvenirs. Pendant longtemps, la technique et l’esthétique l’intéressaient peu ; seul comptait le fait de raconter ce qui se passait. Cette approche documentaire, centrée sur l’histoire, est restée le pilier de son travail. Elle a commencé par le storytelling bien avant de maîtriser la technique, à l’inverse de nombreux photographes. C’est en couvrant les mariages de ses amis qu’elle a trouvé sa voie. Le jour où il n’y a plus eu de mariages à photographier dans son cercle proche, le manque s’est fait sentir. Elle s’est alors professionnalisée, presque par accident, pour continuer à capturer ces journées si riches en histoires.
Aujourd’hui, bien que spécialisée dans le mariage, elle se définit avant tout comme une photographe de reportage, prête à raconter toute histoire où l’humain est au centre.
Observer les connexions humaines
Longtemps très timide, Lea Torrieri explique que la photographie a été son premier moyen de créer un lien avec les autres sans avoir à parler. Cette réserve l’a conduite à développer un sens de l’observation hors du commun. « J’observais énormément, j’observais tous les gestes, toutes les connexions, toutes les expressions et je suis devenue ultra sensible », confie-t-elle. Cette capacité à déceler les émotions et les interactions les plus subtiles est devenue sa plus grande force. Pour elle, un mariage est un « théâtre d’émotions » où tout est amplifié. Elle ne se contente pas de capturer l’amour évident entre les mariés, mais cherche à débusquer toutes les histoires qui se jouent autour : les relations familiales, les amitiés, les moments de joie partagée.
Même dans les mariages les plus réservés, elle mène un véritable travail d’enquête pour révéler les émotions qui affleurent sous la surface.
Une vision affirmée
Les inspirations de Lea Torrieri puisent leurs racines chez les grands photographes humanistes des années 50, comme Willy Ronis, Robert Doisneau ou Izis. Cette culture du noir et blanc, qui apporte un « supplément d’âme » à l’image, a profondément marqué son style. Techniquement, elle privilégie les focales fixes, principalement un 24 mm et un 50 mm, qui l’obligent à s’adapter à la scène plutôt qu’à la contrôler à distance. Pour elle, une photo réussie est une photo qui atteint son but : toucher ses clients, mais aussi transmettre une émotion universelle. Elle accorde une importance capitale à la narration, que ce soit dans une seule image complexe ou dans la construction d’un album de mariage, qu’elle monte comme un réalisateur monterait son film.
Ce travail de réflexion et d’analyse constante, qu’elle applique à ses propres images comme à celles des autres, est le moteur de sa progression.
Lea Torrieri nous recommande…
- « Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique » — Un livre d’entretiens entre un photographe et une journaliste qui nourrit la réflexion sur la pratique photographique.
Pour aller plus loin
- Le site de Lea Torrieri
- Son compte Instagram
- La formation co-animée par Lea Torrieri, Marine Poron et Annie Gozard
- Le site de la photographe Marine Poron
- Le site de la photographe Annie Gozard
- Le site du photographe Thibault Chappe
- Le site du photographe William Lambellet
- Les masterclasses Rise Up
- Le site du photojournaliste Olivier Laban Mattei
Les références de l’épisode
- Personnes : Ronan Jegaden, Annie Gozard, Marine Poron, Willy Ronis, Robert Doisneau, Izis, Sebastiao Salgado, Thibault Chappe, William Lambellet, Olivier Laban Mattei, Alexis Paoli, Julien Prusès.
- Organisations et événements : FFPMI (Fédération Française de la Photographie et des Métiers de l’Image), Fearless Photographers, Rise Up Masterclasses.
- Livres : « Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique », le livre de Lea Torrieri avec Marine Poron et Annie Gozard, les livres de Sebastiao Salgado et d’Olivier Laban Mattei.
- Matériel : Canon 5D Mark III.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Lea : 14 ans d’études en pharmacie et immunologie.
- La difficile décision de quitter la recherche, une activité qu’elle aimait.
- Comment la photographie est devenue une nouvelle source de stimulation intellectuelle.
- Ses débuts en photo à 7 ans, avec pour seul but de conserver les souvenirs.
- L’approche documentaire et le storytelling, au cœur de sa pratique depuis l’enfance.
- Comment le manque de mariages à photographier l’a poussée à se professionnaliser.
- Sa timidité passée et comment elle a développé son sens de l’observation.
- Le mariage comme un « théâtre d’émotions » et de connexions humaines.
- Sa capacité à déceler les émotions même dans les situations les plus réservées.
- Ses inspirations : les photographes humanistes des années 50 (Willy Ronis, Doisneau, Izis).
- Son attachement au noir et blanc pour sa capacité à aller à l’essentiel.
- Son travail de la couleur, inspiré par le design et la décoration.
- Le choix des focales fixes (24, 50, 85 mm) pour s’adapter à la scène.
- Son utilisation de la lumière : naturelle la plupart du temps, créative au flash en soirée.
- Sa vision du « posé sur le vif » pour les photos de couple.
- La différence entre post-traitement et retouche : sublimer sans altérer.
- Le cinéma, le design et l’observation des gens comme sources d’inspiration.
- Le double rôle du photographe de mariage : garant des souvenirs et accompagnant bienveillant.
- L’importance de s’intégrer à la journée pour devenir invisible et capturer des moments authentiques.
- Sa définition d’une photo réussie : une image qui atteint son but et transmet une émotion.
- La construction d’un album de mariage comme une narration cinématographique.
- L’importance des concours photo pour se challenger et valider son niveau.
- Les difficultés de la communication et de la vente dans le métier de photographe.
- Son implication au sein de la FFPMI pour défendre les intérêts de la profession.
- Ses pires et meilleurs moments de carrière, entre déceptions humaines et fierté du travail accompli.
- Son actualité : les formations qu’elle co-anime et le développement d’un accompagnement personnalisé pour les photographes.
FAQ
Qui est Lea Torrieri ?
Lea Torrieri est une photographe française spécialisée dans le reportage de mariage. Avant de se consacrer à la photographie, elle a eu une carrière de chercheuse scientifique, en tant que pharmacienne et docteure en immunologie. Son approche est marquée par une forte dimension documentaire, centrée sur la capture des émotions et des connexions humaines de manière authentique et spontanée.
Pourquoi a-t-elle quitté la recherche scientifique pour la photographie ?
Bien qu’elle ait été passionnée par son métier de chercheuse, la photographie, qu’elle pratiquait depuis l’enfance, est devenue une passion encore plus forte. La décision a été difficile et a pris deux ans à mûrir. Elle craignait de perdre la stimulation intellectuelle de la science, mais a découvert que la photographie lui offrait un champ de réflexion tout aussi riche, voire plus, en analysant la psychologie, la sociologie et la philosophie de son art.
Quelle est l’approche photographique de Lea Torrieri ?
Son approche est avant tout documentaire et narrative. Elle cherche à raconter l’histoire de la journée de mariage en se concentrant sur les moments réels et les émotions sincères. Très peu interventionniste, elle observe les interactions pour capturer des images qui ont du sens. Son style est également influencé par les photographes humanistes, avec une prédilection pour le noir et blanc qui, selon elle, permet de se concentrer sur l’essentiel.
Quelles sont ses principales inspirations en photographie ?
Lea Torrieri est principalement inspirée par les photographes humanistes français des années 1950, comme Willy Ronis, Robert Doisneau et Izis. Elle admire leur capacité à capturer les petites scènes de la vie quotidienne avec poésie et humanité. Plus largement, elle se nourrit de tout ce qui est visuel, du cinéma au design, mais sa première source d’inspiration reste l’observation des gens et de leurs interactions.
Quel est le rôle d’un photographe de mariage selon elle ?
Pour Lea Torrieri, le photographe a un double rôle. Le premier est d’être le garant des souvenirs de la journée, en créant un patrimoine photographique qui traversera le temps. Le second, tout aussi important, est d’accompagner les mariés pour qu’ils vivent la meilleure expérience possible. En étant proche d’eux, elle les aide à se sentir sereins, ce qui permet de capturer des moments plus authentiques et joyeux.

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