Une reconversion par la force des choses
Avant de tenir un appareil photo, Ronan Jégaden a eu une toute autre vie professionnelle. Après des études en électronique puis en commerce, il passe quinze ans dans des métiers qui ne le passionnent pas, comme la vente de réseaux téléphoniques. En 2009, une maladie sévère le force à s’arrêter complètement. S’ensuivent deux années de convalescence, rythmées par les opérations et le repos forcé. C’est pendant cette période, en feuilletant par hasard un numéro du magazine Chasseur d’Images, qu’il se prend de passion pour la photographie. Il dévore alors les livres techniques et les monographies, apprenant seul les subtilités de la lumière et de la composition.
Au moment de reprendre une activité, il hésite : retourner à son ancien travail, se lancer dans l’horticulture pour laquelle il a passé un diplôme, ou tenter l’aventure de la photographie. C’est finalement l’image qui l’emporte.
La quête des émotions
Ronan Jégaden explique son choix pour la photographie de mariage par une raison très personnelle : une forme de « carence affective » qu’il cherche à combler. Il se nourrit des émotions intenses vécues par les familles le jour J. Il raconte une anecdote fondatrice : le jour de son propre mariage, dans l’effervescence, ses parents, très occupés, ne sont pas venus l’embrasser après la cérémonie. Ce manque, il le compense un peu plus à chaque mariage qu’il couvre. « Je vais aller chercher les émotions fortes que je peux trouver », confie-t-il.
Pour y parvenir, son approche est immersive. Il ne reste pas à distance mais s’intègre à la famille, discute avec les invités, se fond dans l’événement. Selon lui, plus il est présent et proche, moins on le voit, ce qui permet au naturel et à la spontanéité de s’exprimer pleinement.
L’obsession de la ligne droite
Techniquement, Ronan Jégaden est un adepte quasi exclusif des focales fixes, utilisant principalement un 35 mm pour 80 % de ses images, complété par un 85 mm. Il estime que le zoom limite le mouvement et donc la créativité, tandis que la focale fixe l’oblige à se déplacer, à chercher son cadre et à découvrir de nouvelles perspectives. Il n’hésite pas à utiliser le flash pour sculpter la lumière, même pendant les cérémonies, tout en restant discret. Son post-traitement est sobre, basé sur des réglages personnels qu’il fait évoluer avec le temps.
Une de ses signatures est son obsession pour les lignes droites. Marqué par la remarque d’un formateur lors d’un workshop qui lui avait reproché ses « trucs qui penchouillent », il s’astreint depuis à une rigueur absolue dans ses compositions. Pour lui, une église photographiée de face, avec des lignes parfaitement droites, a une puissance visuelle bien supérieure.
Influences et inspirations
Les inspirations de Ronan Jégaden sont multiples. Il cite de grands noms de la photographie qui l’ont marqué. En couleur, il admire le travail d’Harry Gruyaert, capable de créer une émotion à partir de scènes sans sujet apparent, ainsi qu’Ernst Haas et Alex Webb. En noir et blanc, ce sont les travaux de Joseph Koudelka et Paolo Pellegrin qui le touchent particulièrement. Il avoue être fasciné par la capacité de Koudelka à aligner parfaitement tous les éléments au moment du déclenchement.
Au-delà de la photo, sa plus grande source d’inspiration reste le cinéma, qu’il consomme depuis l’enfance. Les lumières, les cadrages, la narration visuelle des grands réalisateurs nourrissent son propre regard. La peinture, notamment celle de Vermeer, et la musique, comme les textes de Renaud, sont également des arts qui l’émeuvent et influencent sa manière de percevoir et de raconter les histoires.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Brian Peterson, photographe et auteur
- Harry Gruyaert, photographe
- Ernst Haas, photographe
- Alex Webb, photographe
- Joseph Koudelka, photographe
- Paolo Pellegrin, photographe
- Felicia Cisco, photographe
- Le reportage de Ronan Jégaden sur un gantier napolitain
- Le magazine Chasseur d’Images
- L’agence Magnum Photos
- Le centre Pompidou (Beaubourg)
- Vermeer, peintre
- Renaud, chanteur
Au fil de l’épisode
- La prononciation bretonne de son nom de famille.
- Son parcours avant la photo : des études d’électronique et quinze ans dans le commerce.
- La maladie qui l’a contraint à un arrêt professionnel de deux ans, de 2009 à 2011.
- La découverte de la photographie à travers le magazine Chasseur d’Images pendant sa convalescence.
- Son apprentissage en autodidacte, en dévorant les livres sur la technique et les grands photographes.
- L’hésitation entre la photo et une reconversion dans l’horticulture.
- La raison profonde de son choix pour le mariage : combler une « carence affective ».
- L’anecdote de son propre mariage où ses parents ne l’ont pas embrassé après la cérémonie.
- Son approche immersive pour se fondre dans la famille et capter le naturel.
- Son activité complémentaire dans la photo d’entreprise et de chantier.
- Ses inspirations en couleur : Harry Gruyaert, Ernst Haas et Alex Webb.
- Ses inspirations en noir et blanc : Joseph Koudelka et Paolo Pellegrin.
- Sa préférence quasi-exclusive pour les focales fixes, notamment le 35 mm.
- Pourquoi la focale fixe l’oblige à bouger et à trouver de meilleures images.
- Son utilisation du flash, même pendant les cérémonies, pour maîtriser la lumière.
- Son obsession pour les lignes droites, née d’une critique reçue en workshop.
- Ses autres sources d’inspiration : le cinéma, la peinture (Vermeer) et la musique (Renaud).
- L’équilibre difficile entre la vie de famille et les émotions intenses vécues en mariage.
- Ce qui déclenche la prise de vue : l’alignement de l’œil, du cerveau et du cœur.
- La différence entre ses photos préférées et celles choisies par les mariés.
- Sa conception d’un album réussi : une photo forte par page, pour raconter 80 histoires.
- Sa stratégie pour trouver des clients : les réseaux physiques (confrères, partenaires, anciens mariés).
- L’impact des concours et des awards sur sa visibilité.
- Le pire moment de sa carrière : un remplacement qui a tourné au vinaigre.
- Le meilleur moment : la reconnaissance d’un confrère qui a qualifié son travail d’exceptionnel.
- Son projet personnel au long cours sur le dernier gantier artisanal de Naples.
FAQ
Qui est Ronan Jégaden ?
Ronan Jégaden est un photographe français spécialisé dans le reportage de mariage. Ancien commercial, il s’est reconverti à la photographie après une longue période d’arrêt due à la maladie. Autodidacte, il a développé un style profondément humain, centré sur la recherche d’émotions authentiques. Son approche est immersive : il cherche à se fondre parmi les invités pour capturer des moments de vie sincères et poignants. Il réalise également des reportages pour les entreprises, avec un intérêt particulier pour la photo de chantier.
Pourquoi Ronan Jégaden s’est-il spécialisé dans la photo de mariage ?
Il explique son choix par une motivation très personnelle : le besoin de combler ce qu’il appelle une « carence affective ». Les mariages sont pour lui une source d’émotions fortes et authentiques dont il se nourrit. Il raconte que le jour de son propre mariage, il a ressenti un manque affectif. En photographiant les autres, il cherche à capturer et à transmettre ces moments d’intimité et de partage familiaux, vivant une forme de thérapie par procuration à chaque reportage.
Comment Ronan Jégaden a-t-il appris la photographie ?
Ronan Jégaden est un photographe autodidacte. Sa formation s’est faite durant une convalescence de deux ans qui l’a contraint à arrêter son précédent métier. C’est en lisant des magazines comme Chasseur d’Images qu’il a découvert cet univers. Il a ensuite dévoré de très nombreux livres, à la fois techniques pour maîtriser les bases comme le triangle d’exposition, et des monographies de grands photographes pour éduquer son œil et trouver l’inspiration.
Quelles sont les principales inspirations de Ronan Jégaden ?
Ses inspirations photographiques sont variées. Il admire des maîtres de la couleur comme Harry Gruyaert, Ernst Haas et Alex Webb, ainsi que des figures du noir et blanc telles que Joseph Koudelka et Paolo Pellegrin. Au-delà de la photographie, il puise son inspiration dans le cinéma, dont il est un grand amateur depuis l’enfance, mais aussi dans la peinture, citant notamment Vermeer, et dans la musique, avec une affection particulière pour les textes du chanteur Renaud.

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