Portrait de la photographe Valérie Jardin, invitée du podcast Dans l'œil du Photographe

029 – Vivre de la Street Photography – Valérie Jardin

Devenir une amatrice heureuse

Installée aux États-Unis depuis plus de la moitié de sa vie, Valérie Jardin a d’abord mené une carrière de photographe commerciale, touchant à l’architecture, au culinaire et même au mariage. Mais c’est en travaillant sur ses projets personnels qu’elle a trouvé sa véritable voie. Elle raconte comment le passage de la photographie de commande à la photographie pour soi a été une libération. Elle se définit aujourd’hui comme une « amatrice heureuse », distinguant le professionnel, qui travaille pour les autres, de l’amateur, qui travaille pour lui-même. Pour elle, c’est la clé du bonheur et de l’épanouissement créatif.

Cette transition l’a menée à l’enseignement, une vocation qu’elle a embrassée avec un succès immédiat, son tout premier stage d’une semaine à Paris affichant complet. « Il n’y a rien de mieux que de travailler pour soi. C’est du bonheur. »

La cape d’invisibilité

Reconnue pour sa photographie de rue, un terme qu’elle n’apprécie que modérément, lui préférant celui de « photographie documentaire », Valérie Jardin cherche avant tout à capturer la beauté et l’émotion des moments du quotidien. Sa démarche est guidée par une règle d’or : le respect. Loin des approches frontales, elle ne cherche ni le ridicule ni la confrontation, mais plutôt des scènes intemporelles qui racontent une histoire. Pour y parvenir, elle a développé une technique pour devenir invisible, tel un personnage de Harry Potter, afin de ne pas perturber l’instant qu’elle souhaite immortaliser.

Cette discrétion passe par une connaissance parfaite de son matériel, un Fujifilm X100V, qu’elle utilise comme une extension de sa vision. Elle explique être capable de déclencher sans même porter l’appareil à son œil, se fiant à son instinct et à sa maîtrise de la focale pour composer ses images. C’est ainsi qu’elle capture des scènes intimes et spontanées, où les sujets ignorent le plus souvent sa présence.

Transmettre la vision

Le cœur de l’activité de Valérie Jardin est aujourd’hui la transmission. À travers des stages qu’elle anime dans le monde entier, de New York à Paris en passant par la Normandie de son enfance, elle n’enseigne pas seulement la technique, mais surtout une manière de voir. Son but est d’apprendre à ses stagiaires à « déclencher avec leur cœur et pas avec leur tête », à réagir spontanément à l’émotion d’une scène. Elle insiste sur l’importance de se fixer des limites créatives, comme utiliser une seule focale, pour mieux se dépasser.

Pour vivre de sa passion, elle a su diversifier ses activités. En plus des workshops, elle est l’autrice de plusieurs livres et anime un podcast. Elle souligne l’importance d’avoir plusieurs sources de revenus, notamment des revenus passifs, une nécessité pour tout artiste souhaitant pérenniser son activité. C’est cette structure qui lui a permis de traverser la crise sanitaire, malgré l’annulation de tous ses stages pendant plus d’un an.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Robert Doisneau, Elliott Erwitt, Harry Potter, Steve Jobs, Marcel Proust, Bjorn Moerman, David Deluca, Joël Verbrugge.
  • Lieux : Minneapolis, Paris, Normandie, Cabourg (Grand Hôtel), Rome, New York, Australie, Dubaï.
  • Marques et outils : Fujifilm (X100V), Instagram, Facebook, Amazon, Google Maps.
  • Œuvres et médias : le podcast « Hit the Streets », le livre « Photographie de rue, développer un regard créatif derrière l’objectif », le livre « 75 exercices pour photographe de rue ».

Au fil de l’épisode

  • L’elevator pitch de Valérie Jardin : inspirer et enseigner la vision.
  • Sa spécialité : la photographie documentaire, ou « photo de rue ».
  • Pourquoi une photographe française travaille et produit principalement en anglais.
  • Ses inspirations : la vie de tous les jours plutôt que des photographes célèbres, même si elle a grandi avec les images de Doisneau.
  • La différence entre un photographe professionnel (qui travaille pour les autres) et un amateur (qui travaille pour soi).
  • Son parcours de la photographie commerciale (architecture, culinaire) à l’enseignement.
  • L’histoire de son premier stage à Paris, un succès immédiat qui a lancé sa nouvelle carrière.
  • L’importance des projets personnels pour ne pas perdre la passion quand elle devient un métier.
  • Comment une photo « loupée » est en réalité une leçon apprise sur la vision.
  • Sa philosophie en photo de rue : la recherche de la beauté, le respect du sujet et l’adaptation à son humeur du jour.
  • Pourquoi elle préfère le terme « photographie documentaire ».
  • La recherche de l’intemporalité dans ses images, en évitant par exemple les smartphones.
  • Sa série sur les chiens et la comparaison avec le travail d’Elliott Erwitt.
  • L’importance de partir sans idée préconçue pour laisser la rue surprendre.
  • Sa technique pour devenir invisible et ne pas altérer le moment photographié.
  • L’histoire derrière une photo d’un couple s’embrassant sur la plage.
  • L’intérêt de se fixer des limites, comme n’utiliser qu’une seule focale, pour être plus créatif.
  • Le récit de sa photo préférée, prise dans une station de métro à New York.
  • Son modèle économique basé sur les workshops, la vente de livres et les revenus passifs.
  • Le soulagement ressenti en abandonnant la photographie de commande pour vivre de son rêve.
  • Ce que les workshops lui apportent sur le plan humain : partage et camaraderie.
  • Son podcast, « Hit the Streets », une aventure lancée par plaisir et non par stratégie marketing.
  • Le pire moment de sa carrière : l’annulation de ses stages à cause de la pandémie.
  • Le meilleur moment de sa carrière : chaque stage, et en particulier celui qu’elle organise en Normandie, sur les terres de son enfance.
  • Sa recommandation pour un futur invité : le photographe aérien Bjorn Moerman.
  • Son actualité : la sortie de son livre « Photographie de rue » traduit en français.

FAQ

Qui est Valérie Jardin ?

Valérie Jardin est une photographe française qui vit à Minneapolis, aux États-Unis. Spécialiste reconnue de la photographie de rue et documentaire, elle est également formatrice et autrice. Après une première carrière en photographie commerciale, elle se consacre aujourd’hui à l’enseignement de sa passion à travers des stages organisés dans le monde entier, des livres et un podcast. Son travail se caractérise par une approche humaniste et une quête de l’intemporalité.

Quelle est la philosophie de Valérie Jardin en photographie de rue ?

Sa philosophie repose sur le respect absolu du sujet. Elle ne cherche pas à provoquer ou à capturer des scènes ridicules, mais plutôt la beauté et l’émotion dans les moments du quotidien. Elle privilégie une approche discrète, cherchant à devenir « invisible » pour ne pas perturber l’authenticité de la scène. Pour elle, une bonne photo documentaire doit déclencher une émotion plutôt que de viser une perfection technique.

Pourquoi Valérie Jardin préfère-t-elle le terme « photographie documentaire » ?

Elle trouve le terme « photographie de rue » trop restrictif. Pour elle, ce genre photographique ne se limite pas aux scènes urbaines mais peut se pratiquer partout où il y a de la vie et de l’humanité, que ce soit sur une plage, dans un parc ou un marché. Le terme « photographie documentaire » lui semble plus juste pour décrire sa démarche, qui consiste à documenter des instants de vie, où qu’ils se déroulent.

Comment Valérie Jardin gagne-t-elle sa vie ?

Sa principale source de revenus provient des stages et workshops de photographie qu’elle anime à l’international. Elle a complété cette activité en développant ce qu’elle appelle des « revenus passifs » : la vente de ses livres (imprimés et e-books) et de cours en ligne. Cette diversification lui offre une sécurité financière et lui permet de se consacrer pleinement à sa passion pour la transmission, sans dépendre d’une seule activité.

Quel matériel photo Valérie Jardin utilise-t-elle ?

Valérie Jardin utilise principalement un appareil photo Fujifilm X100V. C’est un appareil compact avec un objectif fixe équivalent à un 35 mm. Elle explique que le fait de toujours utiliser la même focale lui a permis de la maîtriser parfaitement, au point de pouvoir composer et photographier instinctivement, parfois même sans regarder dans le viseur. Pour elle, l’appareil doit devenir une extension de l’œil et non une barrière technique.


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