Portrait de Diamantino Quintas, tireur-filtreur et invité du podcast Vision(s)

FOCUS #6 – Diamantino Quintas (tireur-filtreur)

Un artisan au service de l’image

Diamantino Quintas définit son métier de tireur-filtreur comme la réalisation de tirages photographiques traditionnels, à l’agrandisseur. Le terme « filtreur » renvoie spécifiquement au travail de la couleur, qui nécessite l’usage de filtres. Loin de l’image d’un technicien cantonné à une seule tâche, il pratique son art avec une grande polyvalence, explorant une large variété de formats et de supports. Pour lui, le tirage est une véritable forme d’expression, un moyen de comprendre et de prolonger l’univers d’un artiste. Arrivé du Portugal en France en 1983 à l’âge de 23 ans, il a appris le métier « sur le tas », passant d’un petit laboratoire de développement rapide à des ateliers professionnels où il a progressivement gravi tous les échelons.

« Ce métier, je le vois comme une forme d’expression. C’est comme ça aussi que je le transmets. »

La traversée du numérique

Après avoir fondé son premier laboratoire à Montrouge en 2009, Diamantino Quintas a dû faire face à la vente de son immeuble et à la nécessité de repartir de zéro. Il s’est lancé dans un projet ambitieux : la création d’un nouvel espace à Bagnolet, un investissement de plus de 300 000 euros. Pour y parvenir, il a mobilisé ses fonds propres, des prêts d’amis et de photographes, et a lancé une campagne de financement participatif qui a rassemblé 30 000 euros. Il raconte que l’arrivée du numérique, loin d’être une menace, a été pour lui « la chance de sa vie ». Cette transition a en effet mis fin à l’ère industrielle des laboratoires, qui se consacraient majoritairement à la publicité, pour laisser place à une approche plus artistique et créative, centrée sur le travail avec les photographes et les artistes.

Il a ainsi pu pratiquer son métier comme il l’avait toujours rêvé, en se concentrant sur la dimension sensible et plastique du tirage argentique, qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès de la jeune génération.

Mémoire et transmission

La relation avec le photographe est au cœur de sa pratique. Certains lui donnent une simple direction émotionnelle, lui laissant une grande liberté d’interprétation, tandis que d’autres ont des demandes très précises qu’il s’attache à respecter scrupuleusement. Il raconte une anecdote marquante : alors qu’il préparait un très grand format de Niki de Saint-Phalle, il s’est rendu compte qu’un portrait de Tinguely par Robert Doisneau séchait juste à côté. Sans le savoir, il avait réuni le couple d’artistes dans son atelier. Ce genre de moments, presque mystérieux, nourrit son énergie et sa passion. Conscient de la fragilité de son savoir-faire, son principal objectif est aujourd’hui la transmission. Il forme de jeunes apprentis avec l’espoir qu’ils reprennent un jour le laboratoire, assurant ainsi la pérennité de ce métier d’avenir.

« Mon but principal, c’est de créer vraiment une équipe pour que non seulement le métier perdure, mais aussi pour que ce laboratoire perdure. »

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Agnès Varda, Antoine Dagata, Gilles Caron, Yann Morvan, Robert Doisneau, Niki de Saint-Phalle, Tinguely.
  • Organisations : Magnum, Radio France.
  • Procédés et papiers : papier Cibachrome, procédé R3, daille-transfert.

Au fil de l’épisode

  • Qu’est-ce que le métier de tireur-filtreur ?
  • Son parcours : l’arrivée en France depuis le Portugal et un apprentissage sur le tas.
  • La création du laboratoire à Montrouge en 2009, puis le déménagement forcé.
  • Le projet du nouveau laboratoire à Bagnolet et la campagne de financement participatif.
  • La part de liberté et de créativité dans la collaboration avec les photographes.
  • L’arrivée du numérique : une chance pour se recentrer sur le tirage artistique.
  • La fin de l’argentique comme activité industrielle et sa renaissance en tant que pratique artistique.
  • Le retour de la jeune génération vers la photographie argentique.
  • L’évolution des procédés de tirage couleur, comme le Cibachrome, aujourd’hui presque disparu.
  • Une anecdote marquante réunissant des tirages de Niki de Saint-Phalle et Tinguely.
  • La transmission comme projet d’avenir pour pérenniser son métier et son laboratoire.

FAQ

Qui est Diamantino Quintas ?

Diamantino Quintas est un artisan photographe, spécialiste du tirage argentique. D’origine portugaise, il est arrivé en France en 1983 et a appris son métier de tireur-filtreur directement dans des laboratoires professionnels. Il a fondé son propre atelier, Diamantino Labo Photo, aujourd’hui situé à Bagnolet. Il est reconnu pour son savoir-faire et collabore avec de nombreux photographes et artistes de renom.

Qu’est-ce qu’un tireur-filtreur ?

Un tireur-filtreur est un technicien spécialisé dans la réalisation de tirages photographiques en laboratoire selon des procédés traditionnels, dits argentiques. Le terme « tireur » désigne celui qui réalise les tirages en noir et blanc à l’agrandisseur. Le mot « filtreur » précise sa compétence dans le tirage couleur, qui implique l’utilisation de filtres pour corriger et interpréter les couleurs du négatif.

Pourquoi Diamantino Quintas a-t-il dû déménager son laboratoire photo ?

Son premier laboratoire, créé en 2009, était situé dans un immeuble à Montrouge. Cet immeuble a été vendu, et en tant que sous-locataire en fin de bail, il a été contraint de quitter les lieux sans dédommagement. Cet événement l’a obligé à entreprendre le lourd projet de trouver un nouvel espace et de reconstruire entièrement un laboratoire fonctionnel à Bagnolet.

Comment Diamantino Quintas perçoit-il l’arrivée de la photographie numérique ?

Contrairement à beaucoup, il a perçu l’arrivée du numérique comme une opportunité. Selon lui, le numérique a absorbé les aspects les plus industriels et commerciaux de la photographie (publicité, communication), qui dominaient les laboratoires dans les années 80-90. Cette transition lui a permis de se consacrer pleinement à la dimension artistique et créative du tirage, en travaillant directement pour les photographes et les artistes.

Quelle est l’importance de la transmission pour Diamantino Quintas ?

La transmission est au cœur de son projet actuel. Il considère que son métier est un « métier d’avenir » mais qu’il nécessite un long apprentissage (une dizaine d’années). Il forme activement de jeunes apprentis dans son laboratoire. Son objectif principal est de constituer une équipe solide qui pourra, à terme, reprendre l’activité pour que son savoir-faire et son laboratoire perdurent après lui.


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