Trouver sa voix photographique
Marguerite Bornhauser et Julie Vallon partagent des parcours de formation prestigieux, l’une à l’école de photographie d’Arles après des études de lettres, l’autre aux Gobelins en post-production. Toutes deux racontent la difficulté initiale de trouver leur propre langage photographique. Selon Julie Vallon, c’est même « ce qu’il y a de plus dur ». Pour elle, la solution a été de faire un choix clair en s’orientant vers la nature morte, ce qui lui a permis d’approfondir sa recherche. Marguerite Bornhauser, aidée par ses professeurs et ses premières commandes pour des magazines comme Néon, a développé une double pratique entre photographie plasticienne et travaux de presse.
Elles abordent également la place des femmes dans un univers longtemps masculin. Si elles constatent une forte majorité de femmes dans les écoles d’art, leur représentation dans les foires et les festivals reste un enjeu. Elles soulignent le rôle de commissaires d’exposition comme Simon Baker, qui contribuent à changer la donne en exposant davantage de femmes photographes.
Du concept à l’objet
L’épisode explore en détail deux projets emblématiques de leurs approches. Marguerite Bornhauser explique la genèse de sa série « Moisson Rouge », exposée à la MEP. À la demande de Simon Baker, elle a plongé dans ses archives des cinq dernières années pour construire une narration inspirée du roman noir, créant des liens entre des images de son quotidien, de vacances ou de mises en scène. Ce travail de relecture et d’association est au cœur de sa méthode. « Je pars pas avec un sujet. Le sujet il arrive après », confie-t-elle.
Julie Vallon présente son livre « Flora Synthetica », où elle invente de nouvelles espèces de fleurs. Inspirée par des artistes comme Juan Foncuberta, elle fabrique ses images par greffe, collage et assemblage, utilisant de la colle et des épingles pour créer des hybrides végétaux. Son processus se déroule principalement en studio, un espace qui lui permet de maîtriser chaque composante de l’image. Pour les deux artistes, l’objet final — qu’il s’agisse d’un tirage sur papier Cibachrome ou d’un livre auto-édité — est une étape cruciale qui donne sa matérialité et son sens au projet.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marguerite Bornhauser
- Julie Vallon
- MEP (Maison Européenne de la Photographie)
- Paris Photo
- École nationale supérieure de la photographie d’Arles
- Les Gobelins
- Néon Magazine
- Simon Baker
- Revue Femmes Photographes
- Depardon
- JR
- « Moisson Rouge », série de Marguerite Bornhauser
- Henri Wessel
- « Incident », série de Henri Wessel
- « Flora Synthetica », livre de Julie Vallon
- Éditions H2L2
- Juan Foncuberta
- « Herbarium », projet de Juan Foncuberta
- Blossfeld
- « Plastic Colors », projet de Marguerite Bornhauser
- Papier Cibachrome
- Laboratoire Cadran Seine
Au fil de l’épisode
- Présentation des invitées, Marguerite Bornhauser et Julie Vallon, et de leurs parcours respectifs à Arles et aux Gobelins.
- La difficulté de trouver son identité photographique au début de sa pratique.
- La place des femmes dans le monde de la photographie : une féminisation des écoles mais une représentation encore à conquérir.
- Le projet « Moisson Rouge » de Marguerite Bornhauser : une narration construite à partir de ses archives personnelles, inspirée par le roman noir.
- Le processus créatif de Marguerite : l’importance de l’impression papier pour construire ses séries.
- Le livre « Flora Synthetica » de Julie Vallon : la création de fleurs hybrides par collage et assemblage.
- La méthode de Julie : un travail de fabrication en studio, où l’accident peut devenir le point de départ d’un sujet.
- Le choix des médiums et des supports : du papier Cibachrome à la vidéo iPhone, l’expérimentation comme moteur.
- Le rôle de la couleur et de la texture, qui rapproche la photographie de la peinture dans leur travail.
- L’importance du livre photo comme objet démocratique et outil de narration.
- L’usage des réseaux sociaux : une vitrine et un outil de rencontre, mais pas une condition indispensable pour exister.
- Conseils aux photographes débutants : imprimer ses images, s’investir et prendre du plaisir.
FAQ
Qui sont Marguerite Bornhauser et Julie Vallon ?
Marguerite Bornhauser et Julie Vallon sont deux photographes françaises. Marguerite Bornhauser, formée à Arles, a une pratique qui mêle photographie plasticienne, mode et presse, avec un fort lien à la littérature. Julie Vallon, passée par les Gobelins, se concentre sur la nature morte et la fabrication d’images en studio, explorant les textures et les matières pour créer des univers visuels singuliers.
Qu’est-ce que le projet « Moisson Rouge » de Marguerite Bornhauser ?
« Moisson Rouge » est une série photographique que Marguerite Bornhauser a exposée à la Maison Européenne de la Photographie (MEP). Pour ce projet, elle a puisé dans ses propres archives des cinq dernières années. En assemblant des images de son quotidien, de voyages ou de mises en scène, elle a construit une narration énigmatique inspirée de l’univers du roman noir.
Comment Julie Vallon a-t-elle créé les fleurs de sa série « Flora Synthetica » ?
Pour sa série « Flora Synthetica », publiée aux éditions H2L2, Julie Vallon a inventé des fleurs qui n’existent pas. Son processus est celui de la fabrication : en studio, elle a assemblé des parties de différentes fleurs réelles en utilisant des techniques de greffe, de collage et d’épingles. Le résultat donne l’illusion de véritables spécimens botaniques, brouillant la frontière entre le réel et l’imaginaire.
Quelle est la place des femmes dans la photographie selon les invitées ?
Selon les invitées, les écoles de photographie comptent une majorité de femmes. Cependant, cette présence ne se traduit pas encore par une représentation égale dans les grandes expositions, les foires et les festivals, où les photographes masculins restent dominants. Elles notent toutefois une évolution positive, notamment grâce à l’action de commissaires d’exposition qui choisissent de mettre en avant le travail de femmes photographes.
Pourquoi le livre photo est-il important pour les photographes ?
Pour les deux photographes, le livre est un objet essentiel. Il permet de donner une forme concrète à une série et de construire une narration. C’est un outil qu’elles jugent démocratique, facile à partager et à transporter, contrairement à une exposition. Que ce soit en auto-édition ou avec une maison d’édition, le livre représente une étape clé pour matérialiser sa vision et faire connaître son travail.

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