Un métier au carrefour de la technique et de l’émotion
Directrice de la photographie, ou cheffe opératrice, Elodie Tahtane définit son métier comme une occasion de « raconter des histoires par le biais de l’image ». Loin d’être un travail solitaire, elle coordonne trois corps de métier essentiels sur un plateau : l’équipe caméra pour le cadre et les optiques, l’équipe électrique pour la lumière, et la machinerie pour les mouvements de caméra. Son rôle s’étend jusqu’à la post-production avec la supervision de l’étalonnage, où elle ajuste les couleurs et les contrastes. Son parcours est celui d’une progression méthodique, débutant comme stagiaire chez des loueurs de matériel, puis assistante caméra, avant de devenir elle-même cheffe opératrice. Une ascension qui lui a permis de maîtriser chaque aspect technique de la chaîne de l’image.
Pour elle, la technique doit toujours rester au service du récit et de l’émotion, et non devenir une fin en soi. « Le but, ce n’est pas de faire l’image la plus belle, c’est de faire l’image la plus juste. »
Au service de l’histoire
Elodie Tahtane se méfie des théories rigides, comme celles qui associent une couleur à une émotion unique. Elle estime que l’émotion naît de la réunion de multiples facteurs : le jeu des acteurs, le décor, un mouvement de caméra, et bien sûr la lumière. L’essentiel, selon elle, est de savoir justifier chaque choix artistique en accord avec le réalisateur. Elle raconte avoir été émue aux larmes sur le tournage d’un documentaire d’Olivier Babinet, face au témoignage d’un pensionnaire de maison de retraite. Un moment où l’humain prend le pas sur toute considération technique. « Il y a des moments où la lumière, on s’en fout un peu », confie-t-elle.
Cette philosophie l’amène à se considérer comme une « partie d’un puzzle », où le son, le décor et le jeu sont tout aussi cruciaux que l’image pour la réussite d’un film. L’important est de ne jamais tomber dans la démonstration de force.
Collaboration avec Cédric Clapiche
Sa rencontre avec le réalisateur Cédric Clapiche s’est faite sur le tournage d’une publicité, avant de mener à son premier long-métrage, « Deux moi ». Pour ce film qui aborde la solitude à Paris, le défi était de créer une image à la fois réaliste et légèrement stylisée, sans tomber dans une atmosphère grise et plombante. Ensemble, ils ont opté pour une image colorée et douce. Elodie Tahtane a travaillé sur des palettes de couleurs distinctes pour les appartements des deux personnages principaux et a fait le choix d’ajouter du grain en post-production. Inspirée par le film « Lady Bird », cette texture visait à adoucir l’image numérique, très définie, pour lui donner un cachet particulier sans pour autant imiter la pellicule.
Elle souligne également l’importance capitale de la préparation et des repérages, qui permettent d’anticiper tous les besoins techniques et de laisser le réalisateur se concentrer pleinement sur la direction des acteurs pendant le tournage.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram d’Elodie Tahtane
- Le compte Twitter « One Perfect Shot »
- Le compte Instagram du podcast Vision(s)
Les références de l’épisode
- Personnes : Cédric Clapiche (réalisateur), Olivier Babinet (réalisateur), Anna Girardot (actrice), François Civil (acteur), Andréa Arnault (réalisatrice), Sam Levy (chef opérateur).
- Œuvres : « Deux moi » (film), « Swagger » (film), « Le Chant du Loup » (film), « Tchernobyl » (série), « Lady Bird » (film), « Fish Tank » (film).
- Marques et plateformes : PIXMENTOR, One Perfect Shot (compte Twitter).
Au fil de l’épisode
- Le métier de directrice de la photographie : raconter des histoires par l’image.
- Les trois corps de métier supervisés : caméra, lumière et machinerie.
- L’étalonnage, une étape cruciale en post-production.
- Son parcours : de stagiaire chez des loueurs à première assistante, puis cheffe opératrice.
- La technique doit toujours être au service de l’histoire et de l’émotion.
- Sa vision de la couleur au cinéma : une approche multifactorielle plutôt qu’une science exacte.
- L’importance de la préparation pour libérer la créativité sur le tournage.
- Souvenir d’un tournage émouvant avec le réalisateur Olivier Babinet.
- L’image comme une partie d’un puzzle, au même titre que le son ou le décor.
- Sa rencontre et sa collaboration avec le réalisateur Cédric Clapiche.
- Les intentions visuelles pour le film « Deux moi » : une image colorée, douce et légèrement stylisée.
- Le choix d’ajouter du grain pour adoucir la définition de l’image numérique.
- Le rôle essentiel des repérages en amont du tournage.
- Le lien entre photographie et cinéma, et l’utilisation de photos pour préparer un film.
- Le film « Fish Tank » d’Andréa Arnault, une de ses inspirations.
- Conseils aux jeunes qui souhaitent se lancer : travailler, être patient et cultiver son imaginaire.
FAQ
Qui est Elodie Tahtane ?
Elodie Tahtane est une directrice de la photographie, aussi appelée cheffe opératrice. Elle travaille sur des films, des publicités et des clips musicaux. Son métier consiste à superviser tous les aspects techniques et artistiques de l’image sur un tournage, notamment le cadre, la lumière et les mouvements de caméra. Elle a notamment travaillé sur le film « Deux moi » du réalisateur Cédric Clapiche.
Qu’est-ce qu’un directeur de la photographie ?
Un directeur ou une directrice de la photographie est responsable de la qualité visuelle d’un film ou d’un projet audiovisuel. Selon Elodie Tahtane, cette personne collabore étroitement avec le réalisateur pour traduire une histoire en images. Elle dirige les équipes techniques liées à la caméra, à la lumière et à la machinerie, et supervise également l’étalonnage, l’étape finale de traitement des couleurs de l’image.
Comment Elodie Tahtane a-t-elle travaillé sur le film « Deux moi » de Cédric Clapiche ?
Pour « Deux moi », Elodie Tahtane a cherché à créer une image à la fois douce et colorée pour accompagner un sujet sur la solitude. En accord avec le réalisateur, elle a évité une esthétique grise et a défini des palettes de couleurs spécifiques pour les décors. Elle a également fait le choix d’ajouter du grain en post-production pour adoucir l’image numérique et lui donner un cachet particulier.
Quelle est la philosophie d’Elodie Tahtane sur l’image au cinéma ?
Pour Elodie Tahtane, la technique doit toujours être au service de l’histoire et de l’émotion. Elle pense que l’objectif n’est pas de créer la plus belle image possible, mais l’image la plus juste par rapport au récit. Elle considère que l’émotion naît de la combinaison de nombreux éléments (jeu d’acteur, décor, son, lumière) et que le chef opérateur n’est qu’une pièce du puzzle qui constitue un film.
Quels conseils Elodie Tahtane donne-t-elle aux aspirants chefs opérateurs ?
Elodie Tahtane conseille aux jeunes qui veulent se lancer dans ce métier de beaucoup travailler et d’être patients. Elle insiste sur le fait que le talent n’est pas inné et que la persévérance finit par payer. Elle recommande de progresser étape par étape, de ne pas se décourager face aux difficultés, et de constamment se cultiver, lire et voir des choses pour enrichir son propre imaginaire.

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