Premières impressions du Fujifilm X-T4
De passage pour la deuxième fois en dix épisodes, le photographe Patrick Pilon, désormais installé en Turquie, partage son retour d’expérience sur sa nouvelle acquisition : le Fujifilm X-T4. Pour lui, l’argument principal de ce boîtier est sans conteste la stabilisation du capteur, une fonction qui lui manquait cruellement sur le X-T3, notamment pour la vidéo et pour l’utilisation de ses objectifs à focale fixe non stabilisés. Il a pu tester cette stabilisation en basse lumière, réussissant des clichés nets à main levée à des vitesses très basses, comme 1/6s à 140 mm. Il aborde aussi la nouvelle fonction HDR intégrée, pratique mais sans révolutionner le genre, ainsi que l’écran entièrement orientable, qui divise les utilisateurs mais qu’il juge utile pour se protéger.
Patrick Pilon évoque également la nouvelle batterie, bien plus endurante, et quelques changements ergonomiques qui demandent un temps d’adaptation, comme la sensibilité de l’interrupteur ou la nouvelle disposition de certains boutons. « Si vous faites principalement de la photo, il n’y a pas beaucoup de raisons de passer au X-T4. Mais si vous faites de la vidéo, c’est comme un X-H1 sur les stéroïdes. »
L’art de fausser la perspective
L’équipe discute d’un article montrant comment un photographe à Copenhague a utilisé un téléobjectif pour illustrer la compression des perspectives. En photographiant une file de personnes respectant la distanciation physique avec une longue focale, il a créé une image où tout le monde semble collé, alors qu’une photo prise au grand-angle révèle la distance réelle entre eux. Cet exemple, très d’actualité, démontre l’impact éditorial du choix d’un objectif.
C’est une excellente illustration de la manière dont un photographe, sans retoucher son image, peut influencer la perception d’une scène. « Ça pose la question sur les photos journalistiques qu’on voit, et à quel point le journaliste choisit quand même comment il la prend. Ça peut être un choix très éditorial », souligne Patrick Pilon.
Jacques Nadeau, la naissance d’un regard
L’invité principal de l’épisode est le photojournaliste Jacques Nadeau, qui vient de remporter le prix Antoine-Désilets pour une photo d’arrestation lors d’une manifestation pour l’environnement. Il raconte avoir attendu sept heures pour capturer ce moment précis. Ce prix est une fierté, surtout en tant que photographe francophone reconnu à l’échelle canadienne. Il se remémore ses débuts, où il fut le premier Canadien français à intégrer une grande agence de presse comme Canadian Press. Il évoque avec humour les contraintes de l’époque, se déplaçant à travers le monde avec une chambre noire portative et un transmetteur pesant une vingtaine de kilos chacun.
Cette école de la débrouillardise a forgé son approche : être sur le terrain, trouver ses propres sujets et anticiper l’action. « On m’appelle le snake. Je me déplace, je ne suis pas gros, mais j’anticipe tout. »
Au cœur de l’action
Jacques Nadeau revient sur certains de ses clichés les plus connus, comme celui de René Lévesque nonchalamment assis sur une table de billard, ou celui de Vincent Lacroix avec le mot « Justice » en arrière-plan. Pour lui, la clé d’une bonne photo de manifestation est de réussir à cadrer les deux camps en confrontation dans la même image. Il n’hésite pas à s’impliquer physiquement, comme lors des manifestations étudiantes de 2012 où il a subi deux opérations suite à des incidents avec la police. Il raconte aussi sa transition vers le numérique en 2000, un saut dans l’inconnu qu’il a fait sans hésiter, partant en reportage en Haïti avec un appareil qu’il venait à peine d’apprendre à utiliser.
Pour lui, le numérique était une évidence pour un métier de communication où la rapidité est essentielle. « Nous, on est des communicateurs. On est responsables de la communication qui est la plus rapide, la plus efficace. »
Transmettre une vision
Au-delà du terrain, Jacques Nadeau partage sa passion en enseignant le photojournalisme. Son approche est simple : pousser ses étudiants à sortir et à se concentrer sur leur regard, à exercer leur œil comme un muscle. Il insiste sur l’importance de l’ouverture d’esprit, de l’imagination et de la connexion avec les gens, qu’il ne connaît souvent pas avant de les photographier. Il évoque son travail sur des livres, notamment le succès de « Carré Rouge » sur le printemps étudiant, vendu à 25 000 exemplaires, et « Photo trouvée », né du vol de ses disques durs. Actuellement, il travaille sur un nouveau livre documentant la vie pendant la pandémie.
Sa méthode de travail est intense : il peut prendre jusqu’à 2000 photos par jour pour n’en garder que cinq. « La photo, ça fait partie de la vie. Il faut que ta photo évolue comme toi-même. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Jacques Nadeau, Patrick Pilon, Stéphane Vaillancourt, Christian Jarry, Pierre-Luc Grosleau, Antoine Désilets, René Lévesque, Vincent Lacroix, Elvin Jones, Jean Charest, Jacques Parizeau, Brad Pitt, Dr Fauci, Steven Guilbeault, Francis Gagnon.
- Organisations et événements : SPPQ (Société de la promotion de la photographie du Québec), Canadian Press, Associated Press, Festival de jazz de Montréal, Saturday Night Live, British Museum.
- Œuvres : les livres « Carré Rouge » et « Photo trouvée » de Jacques Nadeau.
- Marques et matériel : Fujifilm (X-T4, X-T3, X-H1, X-Pro 1), Raspberry Pi, Canon, Sony, RED (caméra Komodo), Sigma, Ikea, Peak Design.
- Médias et plateformes : F.Learn, Peter McKinnon, Engadget, La Presse, YouTube, Twitter, Instagram.
- Lieux : Copenhague, Turquie, Haïti, Rome, San Francisco, Israël, Palestine, Algérie, Laval, Charlevoix.
Au fil de l’épisode
- Introduction des sujets de la semaine : le Fujifilm X-T4 et l’entrevue avec Jacques Nadeau.
- Patrick Pilon raconte sa dernière sortie photo dans un parc en Turquie pour tester son nouveau Fujifilm X-T4 en basse lumière.
- Premières impressions sur la stabilisation du boîtier et la fonction HDR.
- Christian Jarry a expérimenté la prise de son et la vidéo en filmant sa conjointe guitariste.
- Pierre-Luc Grosleau a profité du temps disponible pour retravailler d’anciennes photos de voyage avec de nouvelles techniques de retouche.
- Stéphane Vaillancourt a enfin organisé son matériel photo dans une nouvelle penderie et lancé son site web.
- Nouvelle : la fondation Raspberry Pi lance une caméra à objectifs interchangeables basée sur une simple carte mère.
- Discussion sur l’utilisation d’un téléobjectif pour compresser la perspective et donner l’impression que les gens sont proches.
- Pierre-Luc présente la SPPQ (Société de la promotion de la photographie du Québec) et son gala virtuel.
- Nouvelle : la capsule de Brad Pitt pour Saturday Night Live a été filmée avec un prototype de caméra RED Komodo 6K.
- Analyse détaillée du Fujifilm X-T4 par Patrick Pilon : stabilisation, nouvelle batterie, écran orientable, ergonomie et performances vidéo.
- Début de l’entretien avec le photojournaliste Jacques Nadeau.
- Jacques Nadeau parle du prix Antoine-Désilets qu’il a récemment remporté.
- Ses débuts dans une agence de presse et les défis techniques de l’ère argentique.
- Sa philosophie photographique basée sur l’instinct, l’anticipation et le placement.
- L’histoire derrière sa photo de Vincent Lacroix et le mot « Justice ».
- Ses souvenirs des manifestations étudiantes de 2012, une période intense et physiquement éprouvante.
- Son passage au numérique en 2000, une transition radicale mais nécessaire.
- L’anecdote de sa célèbre photo de René Lévesque assis sur une table de billard.
- La rencontre mémorable avec le jazzman Elvin Jones et la création de son portrait.
- Son approche pour entrer en communication avec ses sujets, même inconnus.
- Son projet de livre actuel sur la vie durant la pandémie.
- Sa vision de l’enseignement du photojournalisme.
- Son rythme de travail : jusqu’à 2000 photos par jour pour une poignée d’images retenues.
- La genèse de ses livres « Photo trouvée » et « Carré Rouge ».
- Suggestion de la semaine : le travail du photographe Francis Gagnon.
- Suggestion de la semaine : le British Museum met 1,9 million d’images en ligne.
FAQ
Qui est Jacques Nadeau ?
Jacques Nadeau est un photojournaliste québécois reconnu pour sa couverture des grands événements sociaux et politiques du Québec depuis plusieurs décennies. Récipiendaire du prix Antoine-Désilets 2019, il a commencé sa carrière dans les agences de presse et est connu pour son style immersif, son sens de l’anticipation et sa capacité à capturer des moments humains forts, comme en témoigne son célèbre cliché de René Lévesque.
Quelles sont les nouveautés du Fujifilm X-T4 discutées dans l’épisode ?
Le photographe Patrick Pilon analyse le Fujifilm X-T4 en se concentrant sur ses améliorations clés. La principale est l’ajout de la stabilisation d’image sur 5 axes directement dans le boîtier, un atout majeur pour la vidéo et la photo en basse lumière. Il souligne aussi l’autonomie accrue grâce à une nouvelle batterie plus grosse et l’arrivée d’un écran totalement orientable, pratique pour les vlogueurs.
Pourquoi une longue focale peut-elle fausser la perception des distances ?
L’épisode explique qu’un téléobjectif a pour effet de compresser la perspective. Cela signifie que les différents plans de l’image (premier plan, arrière-plan) semblent écrasés les uns sur les autres. Des sujets qui sont en réalité éloignés peuvent donc paraître très proches. L’exemple d’un photographe montrant des gens distants paraissant agglutinés illustre comment ce choix technique peut influencer la lecture d’une image.
Quelle est la philosophie photographique de Jacques Nadeau ?
La démarche de Jacques Nadeau repose sur l’instinct, l’anticipation et une connexion profonde avec ses sujets. Surnommé « le snake » pour sa capacité à se faufiler au cœur de l’action, il cherche à capturer l’essence d’une situation en étant au plus près des gens. Il croit en l’importance du non-verbal et de l’imagination pour créer des images qui racontent une histoire et révèlent une vérité humaine.
Comment Jacques Nadeau a-t-il vécu la transition vers le numérique ?
Jacques Nadeau a adopté la photographie numérique dès 2000, juste avant un reportage en Haïti. Bien que la technologie fût encore jeune, il a immédiatement perçu l’avantage décisif de la rapidité pour son travail en agence de presse. Cette transition lui a permis de se libérer des contraintes de la chambre noire portative et des longs délais de transmission, embrassant pleinement un outil plus efficace pour communiquer.

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