
L'animatrice de Café Croissant Kodak en a assez d'entendre qu'il faut partir loin pour faire de belles images. Dans cet épisode, elle démonte le mythe du voyage comme condition de la belle photo. De Sylvain Tesson à Ulysse, puis d'Elliott Erwitt à Vivian Maier, la nounou de Chicago devenue l'une des grandes photographes du XXe siècle, elle montre que la lumière et le regard comptent plus que le décor, et propose de photographier sa propre rue.
La belle photo commence au coin de la rue
Dans cet épisode solo de Café Croissant Kodak, l’animatrice du podcast s’attaque à une idée qui l’agace : il faudrait voyager loin pour faire de belles photos. Elle part de la littérature. Sylvain Tesson, l’auteur qui a traversé la Sibérie à pied et vécu six mois dans une cabane au bord du Baïkal, dit lui-même selon elle que l’essentiel est l’attention portée au monde, et que regarder un insecte sur une feuille avec assez de présence vaut une traversée de la Russie. Ulysse, dans l’Odyssée, passe vingt ans à vouloir rentrer chez lui : « l’extraordinaire, c’était le chemin vers le banal ». Elle appelle ensuite deux photographes à la barre. Elliott Erwitt, maître de la photo de rue, a fait ses images les plus célèbres (des chiens dans la rue, des couples dans le métro, des enfants qui jouent) dans des moments anodins et des villes ordinaires : ce qui fait la différence, c’est son œil, son humour et sa tendresse. Vivian Maier, nounou à Chicago des années 1950 aux années 1970, a photographié en secret son quotidien, presque sans rien montrer de son vivant ; morte en 2009 quasi inconnue, elle est révélée quand ses négatifs, achetés aux enchères, sont développés. Pour l’animatrice, le quotidien offre ce que le voyage ne donne pas : la répétition. Revenir au même endroit, le matin, l’après-midi et le soir, apprend que « la lumière change tout, pas le lieu », et oblige à travailler la composition : lignes directrices du trottoir, cadres des portes cochères, reflets des vitrines, rythme des vélos garés.
Elle présente aussi son carnet d’exercices photo, quinze cartes de défis à faire chez soi sur les règles de composition, conçu d’abord pour ses enfants, et termine par un défi : photographier sa propre rue comme si on la voyait pour la première fois.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Sylvain Tesson : écrivain voyageur, cité pour son idée que l’essentiel est l’attention portée au monde.
- L’Odyssée : l’épopée d’Ulysse, qui passe vingt ans à essayer de rentrer chez lui.
- Elliott Erwitt : maître de la photo de rue, connu pour ses images de chiens, de couples et d’enfants saisies dans des moments ordinaires.
- Vivian Maier : nounou à Chicago, devenue après sa mort l’une des grandes photographes du XXe siècle.
- Carnet d’exercices photo : quinze défis de composition (règle des tiers, lignes directrices, espace négatif, mouvement) créés par l’animatrice.
Au fil de l’épisode
- 00:00:03 : faut-il voyager pour faire de belles photos ?
- 00:00:50 : Sylvain Tesson et l’attention portée au monde
- 00:01:13 : Ulysse et le chemin vers le banal
- 00:02:06 : le décor ne fait pas la photo
- 00:02:52 : Elliott Erwitt et la photo de rue ordinaire
- 00:04:04 : l’histoire de Vivian Maier
- 00:05:08 : la répétition, ce que le quotidien offre
- 00:06:12 : la lumière plutôt que le lieu, et la composition
- 00:06:58 : le carnet d’exercices photo
- 00:09:31 : le défi de la semaine, photographier sa rue
FAQ
Faut-il voyager pour faire de belles photos ?
Non, répond l’animatrice de Café Croissant Kodak. Pour elle, ce n’est pas la géographie qui fait une image mais l’attention et la manière de regarder. Le quotidien permet de revenir au même endroit à des heures différentes, de voir comment la lumière transforme un lieu banal, et oblige à progresser en composition faute de décor exotique.
Qui était Vivian Maier ?
Vivian Maier était nounou à Chicago, des années 1950 aux années 1970. Elle photographiait en secret son quotidien, dans la rue, les parcs et les transports, sans presque rien montrer de son vivant. Morte en 2009 quasi inconnue, elle est révélée quand ses négatifs, achetés aux enchères, sont développés ; ses photos sont aujourd’hui exposées dans des musées du monde entier.
Comment progresser en photo sans quitter son quartier ?
L’animatrice conseille de revenir au même endroit le matin, l’après-midi et le soir pour observer la lumière, puis de chercher des compositions dans le décor habituel : lignes directrices d’un trottoir, cadres naturels des portes cochères, reflets dans une vitrine, rythme de vélos garés. Son défi : photographier sa propre rue comme si on la découvrait.
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