
Dans Café Croissant Kodak, Ange, photographe de mariage installée à Paris, répond à une question reçue d'une photographe qui se lance : qu'apprend-on, au bout de quelques années, en devenant photographe ? Six ans et 170 mariages plus tard, sa réponse dépasse la technique. Elle parle d'entreprise et de responsabilité, d'une manière plus exigeante de composer ses images, d'une timidité qu'il a fallu vaincre et du recul qu'elle a appris à prendre face aux réseaux sociaux.
Une entreprise avant un appareil photo
Dans cet épisode de rentrée de Café Croissant Kodak, l’animatrice, photographe de mariage, répond à une auditrice qui se lance et lui demande ce que le métier lui a appris. Sa première réponse n’est pas la photo mais l’entrepreneuriat : ouvrir une entreprise, même seule, c’est dépendre entièrement de sa motivation et de ses choix, sans patron ni arrêt maladie, et elle dit y avoir gagné en six ans un sens des responsabilités qu’elle n’avait pas. Vient ensuite la photo elle-même. Autodidacte, sans école, elle raconte avoir appris le vocabulaire technique à coups de tutoriels, puis compris qu’un mariage peut se regarder entièrement de façon artistique, et pas seulement sur quelques images réussies par chance. Son travail de reportage pour les armées, où la retouche est interdite, l’a obligée à composer parfaitement à la prise de vue, une exigence qu’elle applique désormais aux mariages avant la post-production. Elle encourage ceux qui débutent à ne pas attendre de maîtriser Lightroom ou tous les boutons de leur appareil.
Son premier mariage payé lui a rapporté 250 euros, train et hôtel compris, soit environ 70 euros de marge.
Sortir de sa coquille, dire non et laisser partir
Sur le plan personnel, elle décrit des débuts éreintants : peu payée, elle enchaînait les mariages chaque week-end, sans vie sociale, en voulant aussi voir ses enfants. L’expérience lui a permis d’augmenter ses tarifs, de travailler moins et d’apprendre à donner un prix à son temps, même si dire non à un ami ou à une famille insistante reste difficile. Introvertie, elle raconte avoir longtemps cherché des excuses pour annuler ses séances et être restée écarlate au bout de l’allée face à deux ou trois cents invités. Il lui a fallu deux ou trois ans pour prendre goût aux échanges, au point de sortir d’un mariage « galvanisée ». Enfin, le passage de son compte Instagram en anglais, pour une clientèle étrangère, lui a valu une dizaine de messages hostiles et le départ de 200 à 300 abonnés sur 57 000 : elle explique avoir appris à ne plus remettre son travail en cause pour un chiffre.
Elle conclut avant de partir pour une séance de couple en bord de plage au Touquet.
Les références de l’épisode
- Café Croissant Kodak : podcast sur les coulisses de la vie de photographe, publié le 15 de chaque mois.
- Lightroom et Photoshop : logiciels de retouche évoqués pour la post-production.
- Instagram : réseau sur lequel elle compte 57 000 abonnés et qu’elle a basculé en anglais.
- Le Touquet : lieu de sa séance photo du jour.
- Palais-Royal : lieu parisien où elle aime photographier la lumière du matin.
Au fil de l’épisode
- 00:00:10 : la question d’une photographe qui se lance
- 00:01:06 : l’entrepreneuriat, première leçon du métier
- 00:03:04 : apprendre la photo sur le tas
- 00:04:21 : écrire avec la lumière et sublimer le simple
- 00:07:10 : rendre artistiques les photos de détails
- 00:08:05 : composer à la prise de vue, la leçon des reportages pour les armées
- 00:10:41 : oser se lancer sans tout maîtriser
- 00:11:28 : les sacrifices des premières années et le premier mariage à 250 euros
- 00:13:04 : augmenter ses tarifs avec l’expérience
- 00:15:16 : apprendre à dire non
- 00:17:03 : une introvertie face aux invités
- 00:20:24 : prendre goût aux interactions sociales
- 00:23:16 : ne pas tout prendre personnellement sur les réseaux sociaux
- 00:26:20 : ce que représentent vraiment les abonnés
- 00:29:37 : départ pour une séance au Touquet
FAQ
Que faut-il savoir avant de devenir photographe de mariage ?
Selon l’animatrice de Café Croissant Kodak, se lancer, c’est d’abord ouvrir une entreprise : déclarations, statut, revenus qui dépendent entièrement de soi, sans patron ni arrêt maladie. Elle prévient aussi que les premières années sont éreintantes, avec des mariages presque tous les week-ends et peu de vie sociale, avant que l’expérience permette d’augmenter ses tarifs.
Pourquoi composer ses photos à la prise de vue plutôt qu’en retouche ?
En reportage pour les armées, explique-t-elle, la retouche est interdite : impossible d’effacer une poubelle au coin de la rue. Cette contrainte l’a obligée à soigner lumière, lignes et placement des personnages au déclenchement. Appliquée aux mariages, elle donne une matière brute déjà nette et composée, que la post-production ne fait que vernir.
Peut-on être photographe de mariage quand on est introverti ?
Oui, répond-elle, en racontant ses propres débuts : elle cherchait des excuses pour annuler ses séances et paniquait devant les photos de groupe. Après deux ou trois ans, elle a pris goût aux échanges et sort aujourd’hui des mariages galvanisée. Elle compare cette évolution à une thérapie faite en photographiant les rues de Paris.
Combien a-t-elle facturé son premier mariage ?
Elle a facturé son tout premier mariage, pour des clients qui n’avaient jamais vu son travail, 250 euros, une somme qui couvrait aussi son train et son hôtel, pour une marge d’environ 70 euros. Six ans et 170 mariages plus tard, elle estime normal que les mariés de 2024 et 2025 paient bien plus cher que ceux de 2018.
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