Pochette de l'épisode Vision(s) sur la photographie du quotidien avec Joséphine Brueder et Guillaume Blot

EPISODE #7 – La photographie du quotidien

Deux regards sur l’ordinaire

Pour explorer la photographie du quotidien, l’épisode accueille deux jeunes photographes, Joséphine Brueder et Guillaume Blot. Joséphine Brueder raconte son parcours, d’une formation théorique en histoire de l’art à une pratique professionnalisante à l’école de Condé, qui l’a menée à un poste de photographe titulaire à la Mairie de Paris. Lauréate du festival La Gacilly en 2018, elle partage son temps entre les commandes institutionnelles et son travail personnel. Guillaume Blot, lui, vient de l’écriture et des études en médias au CELSA. Il a commencé la photo pour illustrer ses propres reportages avant que l’image ne prenne le dessus, développant une approche singulière qui lui permet aujourd’hui de vivre de ses commandes et de ses projets personnels centrés sur la culture populaire.

« J’ai toujours un appareil photo sur moi. Je shoote instinctivement. Et ensuite, je fais le lien entre mes images dans un second temps », explique Joséphine.

La quête du sujet banal

Pourquoi s’intéresser à ce que l’on voit tous les jours ? Pour Joséphine, la démarche est instinctive, une sorte de journal visuel assemblé comme un puzzle, sans idée préconçue du résultat final. Elle s’intéresse au comportement de l’homme sur son territoire et à la place de l’image dans la ville. Guillaume, de son côté, cherche à s’ancrer dans le local et le présent. La photographie accompagne son quotidien, lui permettant de capturer des détails, des scènes de vie et de rencontrer des gens. Il met en scène ses sujets avec humour et accompagne souvent ses portraits d’un texte, comme dans sa série « Tronches de vie », pour donner du contexte et valoriser ces rencontres.

Tous deux privilégient des appareils photo légers et discrets, comme un Fuji X-T3 ou un Olympus, pour pouvoir dégainer à tout moment et intimider le moins possible.

Sur les traces des maîtres

L’épisode évoque l’influence de photographes comme Stephen Shore, pionnier de l’éloge du banal avec sa série American Surfaces. Joséphine Brueder reconnaît s’en être inspirée pour sa propre série « Nouvelles Frontières », réalisée lors d’un voyage aux États-Unis. Elle y a porté un regard à la fois admiratif et critique sur ce pays où tout semble plus grand et plus coloré. Guillaume Blot, quant à lui, documente des communautés et des espaces de la culture populaire française. Ses projets sur les buvettes de stade, les rades ou les soirées bingo témoignent de sa volonté de s’immerger dans des univers singuliers, souvent fermés, en prenant le temps de discuter avec les gens avant de sortir son appareil.

Sa démarche est celle d’un documentariste qui cherche à « cristalliser » des histoires à travers des images et des mots.

L’humour comme moteur

L’humour et l’ironie sont des composantes essentielles du travail des deux invités, à l’image de Martin Parr. Pour Guillaume, l’humour est une « forme d’essence », un filtre qui guide son regard et s’exprime à travers ses photos et ses légendes pleines de jeux de mots. Joséphine s’intéresse à l’ironie des situations, notamment à travers le thème de « l’image dans l’image », en prenant du recul sur les gens qui se photographient. Techniquement, leur style se caractérise par un usage fréquent du flash, même en plein jour, et une prédilection pour la couleur. Le flash leur permet d’isoler un sujet, de faire ressortir les couleurs et les textures, et de donner un aspect plus aplati et graphique à l’image.

Cette approche technique contribue à créer une signature visuelle forte, loin d’un rendu naturaliste.

Projets et réseaux sociaux

Interrogés sur leur usage des réseaux sociaux, Joséphine et Guillaume font une distinction claire entre leur feed Instagram, vitrine de leur travail professionnel, et leurs stories, plus spontanées et personnelles. Ils y partagent les coulisses de leur travail ou des moments de vie plus intimes. L’épisode se conclut sur leurs projets à venir. Guillaume poursuit sa série sur les jeunes naturistes en France, cherchant à renouveler l’image de cette pratique, et continue de sillonner la France pour ses projets sur les relais routiers et les bistrots. Joséphine, de son côté, prépare l’édition d’un livre sur sa série consacrée aux regards trouvés sur les affiches déchirées du métro, en collaboration avec sa sœur graphiste et sa maison d’édition, La Mousse.

Leurs travaux continuent ainsi d’explorer les multiples facettes du quotidien.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Joséphine Brueder, Guillaume Blot, Stephen Shore, Susan Sontag, William Eggleston, Martin Parr, Marcel Duchamp, Andy Warhol, Anne Hidalgo, Margaret Barnard, Gilles Régoulet, Paul Mougeot, Lucie Crignan, Rebecca Topakian.
  • Lieux et événements : Festival La Gacilly, Rencontres d’Arles, Baden (Autriche), Paris, États-Unis, Nouilly, Bois de Vincennes, Cap d’Agde, Montalivet, Île du Levant.
  • Institutions et marques : Mairie de Paris, École de Condé, CELSA, Brain Magazine, Vice Magazine, Fuji, Olympus, La Mousse (maison d’édition).
  • Œuvres et séries citées : Sur la photographie (recueil de Susan Sontag), American Surfaces (série de Stephen Shore), Nouvelles Frontières (série de Joséphine Brueder), Tronches de vie (série de Guillaume Blot), L’urinoir (œuvre de Marcel Duchamp), Bored Couples (série de Martin Parr), Humans of New York.

Au fil de l’épisode

  • Introduction au thème de la photographie du quotidien, entre banalité et ennui.
  • Présentation du parcours de Joséphine Brueder, de ses études à son poste de photographe à la Mairie de Paris.
  • Présentation du parcours de Guillaume Blot, de l’écriture journalistique à la photographie documentaire.
  • Leur approche respective de l’ordinaire : la démarche instinctive de Joséphine et l’ancrage local de Guillaume.
  • L’influence de Stephen Shore et la série « Nouvelles Frontières » de Joséphine aux États-Unis.
  • Les projets de Guillaume sur la culture populaire : buvettes de stade, rades et soirées bingo.
  • Le travail de photographe à la Mairie de Paris : un équilibre entre reportage institutionnel et regard personnel.
  • Le rapport de Joséphine à Paris, sa ville natale, qu’elle continue de découvrir chaque jour.
  • La place de l’humour et de l’ironie dans leur travail, en écho à Martin Parr.
  • Leurs choix techniques : l’usage du flash en plein jour et la prédominance de la couleur.
  • Leur utilisation des réseaux sociaux, entre vitrine professionnelle (feed) et coulisses (stories).
  • Les projets à venir : une série sur les jeunes naturistes pour Guillaume et un livre pour Joséphine.

FAQ

Qui sont les invités de l’épisode sur la photographie du quotidien ?

Les invités sont Joséphine Brueder et Guillaume Blot, deux photographes français. Joséphine Brueder travaille comme photographe pour la Mairie de Paris tout en développant ses projets personnels. Guillaume Blot est un photographe indépendant qui documente la culture populaire française à travers des séries sur les bistrots, les buvettes de stade ou les bingos. Tous deux partagent un intérêt pour la photographie du quotidien et du banal.

Qu’est-ce que la photographie du quotidien ?

La photographie du quotidien est une approche qui se concentre sur des sujets ordinaires, familiers et banals, par opposition à la recherche de l’extraordinaire. Comme l’explique l’épisode, il s’agit de trouver des manières nouvelles de regarder ce que l’on voit tous les jours. Des photographes comme Stephen Shore, avec sa série American Surfaces, sont des figures majeures de ce courant qui cherche à documenter la vie de tous les jours sans la dramatiser.

Comment Guillaume Blot documente-t-il la culture populaire ?

Guillaume Blot s’immerge dans des univers spécifiques comme les rades, les relais routiers ou les soirées bingo. Sa démarche consiste à passer du temps sur place, à discuter avec les gens pour comprendre leur histoire avant de les photographier. Il utilise l’humour et accompagne souvent ses images de légendes textuelles pour apporter du contexte et une seconde lecture. Son travail vise à valoriser des communautés et des lieux souvent peu représentés.

Quel est le travail de Joséphine Brueder à la Mairie de Paris ?

Joséphine Brueder est photographe à la Direction de la Communication de la Mairie de Paris. Ses missions sont très variées : elle suit les déplacements de la maire, réalise les portraits officiels des élus, et documente les nouveautés et projets de la ville dans tous les domaines (urbanisme, culture, social). Ce travail de reportage institutionnel lui permet aussi de découvrir des lieux inédits de Paris, nourrissant ainsi son regard et sa pratique personnelle.

Pourquoi les photographes utilisent-ils le flash en plein jour ?

Dans l’épisode, les invités expliquent que l’usage du flash en plein jour est un choix esthétique. Il permet d’isoler un sujet de son arrière-plan, de faire ressortir les couleurs, les matières et les textures. Cette technique peut aussi créer une lumière plus crue et un rendu plus aplati, donnant un aspect graphique à l’image. C’est une manière de casser les codes de la lumière naturelle et de créer une signature visuelle distincte.


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