
Ancien professeur de mathématiques venu à la photographie à 20 ans, Pierre Sage a bâti un univers à part : la mise en scène de la sensualité et de la séduction. À Lyon, il transforme bars et restaurants en décors, réunit une quinzaine de mannequins, stylistes et maquilleurs, et orchestre des scènes où l'imprévu humain fait la photo. De cinq années de tournages est né « Night Call Lyon — Les Fleurs du Mâle », un beau-livre auto-édité sur Ulule. Un épisode sur la scénographie, la direction d'équipe et l'aventure de l'auto-édition.
Du prof de maths à la photographie de la sensualité
Le parcours de Pierre Sage est, de son propre aveu, atypique : il a été professeur de mathématiques il y a environ vingt-cinq ans, loin de ses aspirations photographiques. C’est vers 20 ans qu’il prend goût à l’image, à une époque où le numérique n’existe pas : ses tout premiers essais se font à l’appareil jetable, avec sa femme, sur des jeux autour de l’érotisme et de la sensualité — pellicules développées au labo du supermarché du coin, non sans une pointe de gêne assumée. Puis vient le premier boîtier numérique, et l’envie, intacte, de traduire sa vision de la femme et de la sensualité. Il ne se cherche pas vraiment : dès le départ, il sait ce qu’il veut exprimer, et va même se faire photographier par d’autres pour comprendre ce que, lui, avait envie de retranscrire et qu’il ne trouvait pas ailleurs.
La photographie, chez lui, n’est pas une pratique quotidienne : c’est un moyen d’exprimer quelque chose d’intime, qui glissera peu à peu de la femme seule vers de véritables mises en scène collectives.
La mise en scène, en chef d’orchestre
Une image de Pierre Sage, c’est d’abord un mois de préparation : moodboard, storyboard, échanges avec les mannequins, le styliste, les maquilleurs. Le lieu — souvent un bar ou un restaurant lyonnais, avec sa propre histoire — détermine le nombre de mannequins et la composition de l’équipe, jusqu’à une quinzaine de personnes. Le jour du tournage, de 7 h à 20 h, tout est déjà scénarisé : les scènes sont repérées, les éclairages placés virtuellement, entre cinq et quinze sources de lumière. Reste l’essentiel, l’imprévisible : l’humain. Pierre Sage se voit en chef d’orchestre, donnant le tempo puis laissant les mannequins interagir, jouant de leurs caractères et de leurs ego pour les pousser hors de leur cadre. Le « grain de sable » — un mannequin qui ne se sent pas à sa place — ne bloque jamais la machine : il la relance, créant des tableaux non prévus. Son meilleur souvenir, invariablement, c’est la synergie : rentrer à 20 h en se disant qu’une équipe qui ne se connaissait pas a créé quelque chose ensemble.
Un travail où la réussite d’une image tient autant à la lumière qu’à la manière de mettre chacun à l’aise.
« Night Call Lyon », le livre et l’après
De cinq années de tournages (2013-2018), dans une treizaine d’établissements et près de soixante scènes, naît « Night Call Lyon — Les Fleurs du Mâle », dont le titre fait écho au recueil de Baudelaire. Pierre Sage n’avait jamais imaginé faire un livre : le projet s’est « imposé ». Il le lance sur Ulule, en avançant « de manière agile », étape par étape. L’auto-édition et le financement participatif lui offrent deux garanties : mesurer l’adhésion du public et s’assurer d’un équilibre financier avant même d’imprimer. Il fabrique le livre pour l’essentiel seul, en étroite collaboration avec son imprimeur, dans un délai serré de trois à quatre mois. Le plus dur ? Se vendre : « je me suis détesté », avoue-t-il, épuisé de parler de lui. Le tirage, quelques centaines d’exemplaires, s’écoule lentement ; l’après-livre est marqué par un burn out d’un an et demi, loin des réseaux et de la photo, avant que le travail ne reprenne — y compris à l’international, après avoir été repéré à Arles et invité à exposer et photographier en Chine.
Son conseil pour se lancer en auto-édition : le faire avec le cœur, être honnête, expliquer le pourquoi du comment, et accepter que ça marche ou non — avec le crowdfunding, si le projet échoue, chacun repart avec sa mise.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Charles Baudelaire — poète dont le recueil « Les Fleurs du mal » inspire le titre du livre, « Les Fleurs du Mâle »
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation : Pierre Sage et « Night Call Lyon »
- 00:00:40 — Un parcours atypique : du prof de maths à la photo
- 00:01:53 — Les débuts à l’appareil jetable, avec sa femme
- 00:03:20 — Trouver son univers : la sensualité, la femme
- 00:05:14 — Des femmes seules aux mises en scène collectives
- 00:05:50 — Un mois de préparation par shooting
- 00:06:30 — Une journée de tournage, de 7 h à 20 h
- 00:07:53 — Diriger les ego et jouer de l’imprévu
- 00:20:19 — Le meilleur souvenir : la synergie de l’équipe
- 00:28:16 — Vers l’édition d’un livre
- 00:29:10 — Découvrir la plateforme Ulule
- 00:33:09 — Auto-édition et communication : parler de soi
- 00:35:00 — Tirage, équilibre financier et ventes
- 00:35:40 — Le burn out d’après-livre
- 00:39:19 — Les expositions et le périple en Chine
- 00:47:12 — Un conseil pour se lancer en auto-édition
FAQ
Qui est Pierre Sage ?
Pierre Sage est un photographe installé à Villeurbanne, près de Lyon. Ancien professeur de mathématiques, il vient à la photographie à 20 ans et développe un univers artistique tourné vers la sensualité, la séduction et la mise en scène. Il est l’auteur du beau-livre « Night Call Lyon — Les Fleurs du Mâle ».
Quel est le livre de Pierre Sage ?
Son livre s’intitule « Night Call Lyon — Les Fleurs du Mâle ». Fruit de cinq années de tournages (2013-2018) dans les bars et restaurants de Lyon, il réunit des scènes mises en scène autour de la nuit, du désir et de la séduction. L’ouvrage a été auto-édité et financé par une campagne de crowdfunding sur Ulule.
Comment Pierre Sage travaille-t-il ses mises en scène ?
Chaque image demande environ un mois de préparation (moodboard, storyboard, casting) et mobilise jusqu’à une quinzaine de personnes : mannequins, styliste, maquilleurs. Le jour du tournage, tout est scénarisé et éclairé en amont ; Pierre Sage dirige alors les interactions entre mannequins comme un chef d’orchestre, en laissant une large place à l’imprévu.
Comment a-t-il édité son livre ?
Il a choisi l’auto-édition et lancé une campagne de financement participatif sur Ulule, qui lui a permis de valider l’intérêt du public et d’assurer l’équilibre financier du projet avant impression. Il a conçu le livre pour l’essentiel seul, en collaboration étroite avec son imprimeur, dans un délai très court.
Quel conseil donne-t-il pour l’auto-édition ?
Il conseille de se lancer avec le cœur et d’être honnête : expliquer le pourquoi du comment de sa démarche, se livrer avec justesse plutôt que survendre. Il rappelle aussi qu’avec le crowdfunding, le risque est limité : si la campagne échoue, chacun récupère sa contribution.
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