
Robert Nzaou est artiste-photographe à Pointe-Noire, en République du Congo, et il s'est donné une mission : montrer sa ville, son pays, sa rue. Venu de la musique et du rap avant de découvrir la photographie, il transforme les flaques d'eau, une scène masquée ou un simple matelas posé sur la plage en récits poétiques. Dans cet épisode enregistré sur place, il raconte son parcours entre l'Afrique du Sud et le Congo, son choix de l'auto-édition pour son premier livre, et la façon dont la photographie africaine s'impose aujourd'hui, du Congo jusqu'aux cimaises d'Arles.
Du rap français à l’appareil photo
Robert Nzaou raconte être venu tard à la photographie : c’est, dit-il, « la rue qui m’emmène dans la photographie ». Avant l’appareil, il y a eu la musique — le rap américain de Public Enemy et De La Soul, puis le rap français de NTM et de Solaar, dont il aime « les jeux de mots, les rimes ». Il explique être « tombé amoureux de cette poésie dans les images » en découvrant Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Robert Frank. Né en 1976 à Pointe-Noire dans une famille où l’art n’avait pas sa place — un père enseignant très strict —, il part en Afrique du Sud après une guerre civile et des années blanches, y étudie le marketing management à l’université du Cap et y reste près de douze ans. C’est là, dit-il, qu’il comprend vraiment la lumière.
Mais son corps, confie-t-il, était « toujours au pays » : « il faut que je rentre ».
La rue de Pointe-Noire, sans jamais se cacher
De retour au Congo, Robert Nzaou se heurte à une ville qui n’aime pas être photographiée : pas de tradition touristique, et des passants qui redoutent la « magie noire ». Sa réponse est de ne jamais se dissimuler : il photographie à visage découvert et, quand quelqu’un se fâche, il va vers lui pour s’expliquer. Il transforme le quotidien en récits : la série « L’amour au féminin », avec ce matelas posé au bord de la mer, tirée vers le surréalisme ; et surtout sa série sur les flaques d’eau, née après la pluie, où « tout ce monde qui défile dans une flaque d’eau, c’est magique ». Il attribue cette inspiration à un grand photographe congolais de Kinshasa, disparu très jeune, qui avait fait des flaques d’eau sa signature.
Même les visages masqués de la pandémie, en mars 2021, deviennent matière : « la vie continue, c’était différent, mais elle continue ».
L’auto-édition comme un label indépendant
Photographe de rue, Robert Nzaou se retrouve avec des centaines d’images dont il n’expose qu’une vingtaine. Son constat est simple : « la seule façon de donner vie à ces images, c’est de les mettre dans un livre ». Faute d’imprimeur sur place et devant des devis à 500 exemplaires jugés trop chers, il choisit l’impression à la demande et l’auto-édition — une philosophie héritée, dit-il, des labels indépendants qu’il fréquentait dans le rap : enregistrer, vendre et diffuser soi-même. Son premier livre, « Dans ma Rue, street photography from Congo », paraît en tirage limité à trente-cinq exemplaires. En parallèle, sa reconnaissance grandit : sélectionné par World Press Photo et exposé en Allemagne, à New York et au Ghana, il est représenté à Paris par la galerie Art-Z d’Olivier Sultan et expose au Festival d’Arles.
Son message aux jeunes photographes tient en une phrase : « on doit raconter nos histoires nous mêmes », car « il y a des émotions qui parlent plus que la netteté ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Henri Cartier-Bresson
- Robert Doisneau
- Robert Frank
- Malick Sidibé
- Kiripi Katembo
- Baudouin Mouanda
- Galerie Art-Z (Olivier Sultan), Paris
- World Press Photo
- Festival d’Arles (Rencontres d’Arles)
- Institut français du Congo
- Public Enemy
- De La Soul
- Suprême NTM
- MC Solaar
- « Dans ma Rue, street photography from Congo » (livre de Robert Nzaou)
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Introduction à Pointe-Noire et présentation de Robert Nzaou
- 00:01:32 — Les influences de la rue : Cartier-Bresson, Doisneau, Frank
- 00:03:18 — Du rap américain au rap français : Public Enemy, NTM, Solaar
- 00:08:54 — Le parcours en Afrique du Sud et les études à l’université du Cap
- 00:11:47 — Apprendre la lumière au Cap
- 00:12:35 — Les mises en scène et la série « L’amour au féminin »
- 00:15:16 — La série des flaques d’eau, inspirée d’un photographe de Kinshasa
- 00:19:04 — Photographier dans la rue sans se cacher
- 00:24:21 — Le devoir de documenter et l’idée d’un livre
- 00:27:10 — Choisir l’auto-édition et l’impression à la demande
- 00:38:13 — Exposer à l’international : World Press Photo, Arles, galerie Art-Z
- 00:43:53 — La série des visages masqués pendant la pandémie
- 00:54:11 — La première image marquante, « Johnny Walker »
- 00:59:27 — Le message final : raconter nos histoires nous-mêmes
FAQ
Qui est Robert Nzaou ?
Robert Nzaou est un artiste-photographe né en 1976 à Pointe-Noire, en République du Congo. Venu de la musique et du rap, il pratique surtout la photographie de rue et la mise en scène. Il documente sa ville et son pays, expose à l’international et a publié en auto-édition son premier livre, « Dans ma Rue ».
Quel est le livre de Robert Nzaou ?
Son premier livre s’intitule « Dans ma Rue, street photography from Congo ». Il rassemble ses photographies de rue prises à Pointe-Noire. Faute d’imprimeur sur place et de gros budget, Robert Nzaou l’a publié en auto-édition et en impression à la demande, dans un tirage limité à trente-cinq exemplaires.
Où Robert Nzaou a-t-il appris la photographie ?
Robert Nzaou est venu tard à la photographie, vers trente-neuf ans. Il situe son véritable apprentissage en Afrique du Sud, où il a vécu près de douze ans et étudié le marketing management à l’université du Cap. C’est là, dit-il, qu’il a compris le fonctionnement de la lumière, des ombres et des couleurs.
Qu’est-ce que la série des flaques d’eau de Robert Nzaou ?
C’est une série où Robert Nzaou photographie la vie de Pointe-Noire reflétée dans les flaques laissées par la pluie. Les reflets et les déchets y composent un monde qu’il juge magique. Il dit s’être inspiré d’un photographe congolais de Kinshasa, Kiripi Katembo, connu pour un travail similaire et disparu très jeune.
Où Robert Nzaou a-t-il exposé son travail ?
Robert Nzaou a d’abord été repéré via les réseaux sociaux et World Press Photo, avec des expositions en Allemagne, à New York et au Ghana. Il est ensuite représenté à Paris par la galerie Art-Z d’Olivier Sultan, spécialisée dans la photographie africaine, et a exposé au Festival d’Arles.
Pourquoi Robert Nzaou a-t-il choisi l’auto-édition ?
Robert Nzaou n’a pas trouvé d’imprimeur au Congo et jugeait trop chers les tirages minimum de 500 exemplaires. Il a préféré l’impression à la demande, qui lui permet de commander peu de livres à la fois. Cette indépendance rappelle, dit-il, les labels de musique autoproduits qu’il a connus dans le rap.
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