Portrait des photographes Vutheara Kham et Jonathan Bertin, invités du podcast Vision(s) sur le thème des influenceurs.

EPISODE #6 – Instagram et le monde des influenceurs

Des débuts sur smartphone à la profession

Vutheara Kham et Jonathan Bertin racontent leurs débuts respectifs dans la photographie. Pour Vutheara, tout commence en 2011 avec un iPhone 4 et la découverte d’Instagram. Normand fraîchement arrivé à Paris, il s’inspire des grands maîtres comme Brassaï ou Henri Cartier-Bresson pour documenter la ville. Jonathan, lui, a le déclic lors d’un voyage en famille à l’adolescence, accumulant des milliers de photos sur son smartphone. Il choisit ensuite de se former via un BTS photographie pour maîtriser tous les aspects du métier, y compris juridiques et techniques. Pour tous les deux, le passage au statut de professionnel se matérialise avec les premières commandes rémunérées, qui impliquent des responsabilités, des livrables et une maîtrise complète du processus créatif, de la prise de vue à la post-production.

Leur parcours illustre une nouvelle voie d’accès au métier de photographe, façonnée par les outils numériques et les réseaux sociaux.

Le paradoxe du photographe influenceur

Le terme « influenceur » est au cœur de la discussion. Vutheara Kham le perçoit avant tout comme une étiquette marketing utilisée par les marques et les agences, liée au poids que représente une large audience. S’il accepte ce statut « par défaut », il ne le considère pas comme sa vocation première. Pour Jonathan Bertin, être influenceur est une spécialité du métier de photographe, axée sur la communication et le partage. Il insiste sur sa volonté de transmettre, d’expliquer les coulisses de son travail, comme il aurait aimé le voir à ses débuts. Les deux photographes s’accordent sur un point : ils se considèrent photographes avant tout. Ils abordent aussi la question de la légitimité artistique, parfois difficile à obtenir lorsque l’on vient d’Instagram, un milieu où l’étiquette « influenceur » peut décrédibiliser une démarche créative aux yeux du monde de l’art traditionnel.

« On se considère photographe avant d’être influenceur », résument-ils, soulignant la primauté de la création sur la communication.

Naviguer entre algorithme et créativité

L’épisode explore la tension entre l’expression personnelle et les codes d’Instagram. Les invités reconnaissent qu’au début, ils ont joué le jeu de l’algorithme en publiant des images « efficaces » : couchers de soleil, lieux touristiques, compositions léchées. Cependant, avec le temps, ils ont ressenti le besoin d’évoluer et de sortir de ce qu’ils appellent le « tunnel Instagram ». Ils mettent en garde contre l’uniformisation du contenu, qui peut tuer la créativité, notamment chez les plus jeunes pour qui Instagram est souvent le premier contact avec la photographie. Ils déplorent que la popularité (le nombre de followers) remplace parfois la connaissance des grands noms de l’histoire de la photo. Pour contrer cette tendance, ils ont ralenti leur rythme de publication et privilégient désormais des séries plus personnelles, cherchant à raconter des histoires et à retrouver leurs « premiers amours » photographiques, loin de la course aux likes.

Leur démarche actuelle vise à utiliser la plateforme comme un outil de partage, tout en encourageant leur communauté à chercher l’inspiration ailleurs, dans les livres et les expositions.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Garry Winogrand, Diane Arbus, Larry Clark, Brassaï, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Jean-Philippe Lebey, Théo Gosselin, André Gunthert.
  • Institutions : Bibliothèque nationale de France (BNF), Jeu de Paume, Opéra de Paris, Réunion des Musées Nationaux (RMN), Ambassade des Émirats Arabes Unis.
  • Lieux : Paris, New York, Taïwan, Iran (Akash, Shiraz, Ispahan), Émirats Arabes Unis, Lofoten (Norvège).
  • Événements : Festival Coachella.
  • Marques et plateformes : Instagram, YouTube, iPhone 4, Canon 5D Mark III, Pixmentor.

Au fil de l’épisode

  • Présentation des invités, Vutheara Kham et Jonathan Bertin, et de leur parcours.
  • Leurs débuts respectifs en photographie, du smartphone à l’appareil professionnel.
  • Les photographes classiques et contemporains qui les ont inspirés.
  • Définition et perception du terme « influenceur » : une étiquette marketing ou un nouveau métier ?
  • Le partage des coulisses : faut-il se mettre en scène sur les réseaux pour exister en tant que photographe ?
  • Le moment où l’on se considère comme un photographe professionnel.
  • La question de la légitimité artistique quand on est devenu connu via Instagram.
  • L’uniformisation des images sur la plateforme et la pression de l’algorithme.
  • Comment leur rythme de publication a évolué, de la frénésie des débuts à une approche plus réfléchie.
  • La place de la photographie mobile dans leur pratique actuelle.
  • L’évolution de leur style, du paysage « Instagram friendly » à une photographie plus personnelle.
  • L’importance de la post-production pour forger une identité visuelle.
  • Leurs projets et voyages à venir, entre les Émirats Arabes Unis, le festival Coachella et la Norvège.

FAQ

Qui sont Vutheara Kham et Jonathan Bertin ?

Vutheara Kham et Jonathan Bertin sont deux photographes français qui se sont fait connaître grâce à la plateforme Instagram. Vutheara a été l’un des pionniers sur le réseau, débutant avec un iPhone en 2011. Jonathan a commencé plus tard et a suivi une formation professionnelle en BTS photographie. Tous deux sont aujourd’hui spécialisés dans la photographie de voyage et collaborent avec de nombreuses marques et offices de tourisme, partageant leur travail avec une large communauté en ligne.

Qu’est-ce qu’un photographe influenceur ?

Selon les invités, un photographe influenceur est un créateur d’images qui utilise les réseaux sociaux, principalement Instagram, comme principal canal de diffusion. Au-delà de la simple publication de photos, il partage les coulisses de son travail, interagit avec sa communauté et transforme sa passion en métier. Ce statut implique souvent des collaborations avec des marques ou des agences, qui voient en lui un moyen de communication efficace en raison de sa large audience.

Instagram uniformise-t-il la création photographique ?

Oui, selon les invités. Ils expliquent que l’algorithme d’Instagram tend à favoriser certains types d’images (comme les couchers de soleil ou les lieux très photogéniques), ce qui crée des « codes » visuels. Cette tendance pousse de nombreux créateurs, surtout les plus jeunes, à reproduire des styles populaires pour gagner en visibilité. Cela peut entraîner une standardisation des contenus et brider la créativité et l’expérimentation personnelle.

Comment les invités sont-ils devenus photographes professionnels ?

Le passage au statut professionnel s’est fait lorsqu’ils ont reçu leurs premières commandes rémunérées. Pour eux, être professionnel ne signifie pas seulement gagner de l’argent avec ses photos, mais aussi maîtriser tous les aspects du métier. Cela inclut la gestion de la relation client, la livraison des fichiers, la post-production et la capacité à répondre à un cahier des charges précis, au-delà de la simple pratique amateur.


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